Un disciple inspiré

Préface de Jean Malaurie - L'Appel de l'Arctique de Jean-Marc HUGUET - édition L'Harmattan. Paris 2010.

Il m’est arrivé à diverses reprises de préfacer des ouvrages dont le contenu avait un rapport avec ma spécialité ou le thème de mes recherches. L’introduction que m’a demandée Jean-Marc Huguet a une connotation particulière pour moi : il s’agit en effet, entre lui et moi-même, d’une rencontre tout à fait singulière qui paraît venir des brumes du Nord, par-delà les landes de Courlande, et qui est pourtant très spécifique. Une des joies les plus secrètes d’un maître est de découvrir, au fil des années, l’attention, voire l’estime, que lui porte un de ses élèves. Il se trouve qu’elle me touche d’autant plus que Jean-Marc Huguet n’a jamais reçu de moi un particulier appui et qu’il a eu l’immense grâce de ne jamais rien me demander. En outre, il a fait bénéficier, en raison de ses relations privilégiées, d’un concours inestimable au Fonds Polaire Jean Malaurie, seule bibliothèque polaire française, installée à la bibliothèque centrale du Muséum national d’Histoire naturelle de Paris, avec 40 000 volumes.

Il y a environ 30 ans, j’ai remarqué à mon séminaire, à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS), la présence à la fois discrète et constante d’un homme attentif et solitaire, qui, un jour, m’a fait part de sa volonté de faire un mémoire d’études supérieures sur mon film Les derniers rois de Thulé, réalisé en avril-mai 1969 dans l’urgence, compte tenu d’un crash dramatique d’un bombardier américain chargé de quatre bombes H.

Au séminaire arctique de l’EHESS, certains de mes étudiants m’interrogeaient parfois sur sa personnalité énigmatique qui ne paraissait se rattacher à aucune discipline particulière. C’est ce que nous appelons, dans notre parler universitaire qui au fil du temps devient un club de style oxfordien assez fermé, un Auditeur libre. Et cette liberté d’être accusait en quelque sorte le mystère autour de sa personnalité attachante et de sa présence. Son étude sur ce film – le premier de mes quatorze films et auquel je porte un attachement affectif – que j’ai réalisé avec mes compagnons inughuit de Thulé, au nord du Groenland, est subtile et va loin. C’est beaucoup plus qu’un mémoire de filmologie. C’est alors que j’ai fait sa connaissance et j’ai appris que régulièrement, depuis qu’il suivait mes cours, et sans qu’il ne soit jamais vanté auprès de moi, il allait régulièrement en solitaire au Groenland et en Terre de Baffin canadienne, comme pour y puiser dans les montagnes, les toundras et les fjords, une source d’inspiration ; se vouloir être un homme nature par ce grand Nord énigmatique. Au cours des rencontres, j’ai découvert qu’il était apprécié de nombreuses personnalités inuit et relevait de ce monde singulier qu’évoque Jørn Riel dans ses Racontars arctiques. Je m’en ouvrais auprès de lui et il m’a confié qu’il voulait découvrir de ses yeux, avec sa propre sensibilité, cet émerveillement que j’avais fait vivre à mon auditoire en évoquant mon Geboren  dans une société anarchocommunaliste, libre et forte de sa généalogie hybride.

C’est peu à peu que j’ai compris combien mon parcours, mes réflexions, bref le sens que je donne à ma vie et à mes recherches avait laissé une empreinte sur la sienne. Ce livre évoque avec pertinence et émotion la vie intense que le Centre d’Études Arctiques a fait vivre à ses chercheurs français et étrangers pendant 50 ans ; le Centre d’Études Arctiques était en effet devenu, après tant d’années, presque mythique pour les chercheurs y ayant effectué leur thèse d’état en géomorphologie et en ethnologie, selon la méthode antrhopo-géographique que j’ai enseignée, ou ayant suivi quelques-uns de ces quatorze congrès internationaux, dont le premier congrès de l’histoire sur les Inuit enfin rassemblés et le premier congrès sur le pétrole arctique (Le Havre).

Si je viens de rappeler l’intérêt constant, et qui ne s’est jamais démenti pendant toutes ces années, pour ce que j’ai nommé « l’Appel du Nord », je n’oublie pas non plus le vif intérêt, pour ne pas dire la passion, qu’il porte parallèlement à la collection Terre Humaine que j’ai fondée aux éditions Plon, il y a 50 ans. Et j’évoque en particulier, à travers tous ces grands ouvrages : Sascho, ce terrible témoignage de l’Amicale d’Oranienburg Saschsenhausen. Et je pense à mon cher ami disparu Charles Désirat, illustre résistant et président de l’Amicale internationale des déportés de ce camp ; un des tout premiers camps de concentration créés par le pouvoir nazi en 1933, aux portes de Berlin. Il se trouve que Jean-Marc Huguet a une connaissance personnelle de ces camps, où il se rend comme en méditation et je songe en particulier à son dernier voyage à Buchenwald et à Dora, dont la durée de vie est de 3-4 semaines, qui, par-delà l’horreur que nous avons tous deux pour ces régimes concentrationnaires, fait réfléchir, dans un esprit dostoïevskien, sur la perversité de l’âme humaine.

J’insisterai enfin sur la preuve tangible que l’auteur, que je tiens à remercier ici encore et publiquement, a tenu à donner de l’attention fidèle et active qu’il porte à mon oeuvre d’homme de sciences et d’humaniste, en soutenant concrètement par un don généreux pluriannuel le Fonds Polaire Jean Malaurie, au Muséum national d’Histoire naturelle de Paris.

Je souhaite vivement que ce témoignage qui, cela va sans dire, me va droit à la pensée et au coeur, touche de nombreux lecteurs qui le liront. Il s’agit là de vérité d’un homme qui a su « transformer » heureusement ses inspirations et sa pensée, et faire un choix de réflexion et de méditation aussi passionnant qu’original.

Jean Malaurie

 

Hommage à Jean Malaurie à l’Université Catholique de Milan – Giulia Bogliolo Bruna


Hommage à Jean Malaurie à l’Université Catholique de Milan, à l’occasion de la parution de l’ouvrage Equilibri Artici. L’umanesimo ecologico di Jean Malaurie
Equilibri artici. L’umanesimo ecologico di Jean Malaurie. 2016

L’essai Jean Malaurie : une énergie créatrice (Paris, Armand Colin, 2012) de l’ethnohistorienne Giulia Bogliolo Bruna vient de paraître en traduction italienne, sous le titre Equilibri Artici. L’umanesimo ecologico di Jean Malaurie, dans la collection « Ethnografie americane » chez CISU (Roma, Centro Informazione Stampa Universitaria, 2016).

Préfacée par la prof. Anna Casella Paltrinieri et postfacée par la prof. Luisa Faldini, l’édition transalpine, traduite, actualisée et annotée par l’Auteure elle-même, est enrichie d’une annexe iconographique et d’un index des noms.

A l’occasion de la présentation de cet ouvrage, qui s’est déroulée le 3 février dernier dans la prestigieuse Università Cattolica del Sacro Cuore di Milano, les professeurs Davide Bigalli  (Università degli Studi di Milano), Luisa Faldini (Università degli Studi di Genova), Anna Casella Paltrinieri (Università Cattolica del Sacro Cuore di Milano) et Maria Pia Casarini (Directrice, Istituto Polare « Silvio Zavatti » di Fermo) ont salué unanimes l’approche épistémologique rigoureuse et novatrice de l’Auteure qui s’est attachée à restituer, avec une intelligence emphatique et une finesse d’analyse, la biographie intellectuelle de cet illustre Savant qui a parcouru le XXème siècle en rétro-futuriste.

Par un jeu de regards croisés, les Intervenants ont décliné, en dialogue avec Giulia Bogliolo Bruna, les principaux apports de la démarche malaurienne :

  • la mobilisation d’une déontologie du regard, reposant sur une éthique de l’altérité et l’exercice pratique de la responsabilité qui s’incarne dans l’œuvre anthropologique malarienne autant que dans la collection « Terre Humaine » et rejoint l’humanisme de l’Autre-Homme cher à Emmanuel Levinas ;
  • l’adoption malaurienne de l’empathie en tant que vecteur privilégié d’accès à la connaissance (processus en « inuitisation » qui initie Jean Malaurie, en osmose sensorielle avec l’écosystème, au chamanisme boréal et à l’Intelligence de la Nature). A l’encontre du mythe de la neutralité de l’observateur, il s’agit là d’entrer en résonnance avec ses interlocuteurs pour comprendre, par observation participante et participation observante, les patrimoines de mythes, rites et croyances qui inspirent et façonnent un système social. Malaurie invite ainsi à assumer la subjectivité du chercheur pour mieux la maîtriser, rejoignant la démarche bourdieusienne (objectiver la subjectivité) ;
  • l’invention d’une nouvelle méthode accueillante et omni-compréhensive, l’anthropogéographie arctique, et l’élaboration, dans ce cadre, d’une démarche originale, la prescience inspirée. Cette approche insuffle une pensée “questionneuse” qui reconnaît la primauté de l’intuition (intuitionnisme mémoriel de double ascendance bergsonienne et inuit) et brasse rigueur épistémologique, revalorisation de la sensorialité et réévaluation de la sensibilité ;
  • la conduite d’une démarche comparatiste, d’empreinte humaniste, dans la filiation du grand résistant Boris Vildé, appelée à démontrer les passerelles entre le chamanisme inuit, les mysticismes et les pensées ésotériques occidentales. Ce qui conduit à la reconnaissance de l’égale dignité entre les pensées sauvages et les pensées occidentales ;
  • le dépassement d’une conception dialectique du devenir historique au profit d’une célébration de la métamorphose et donc de la fluence, chères aux philosophies unitaristes (d’Héraclite aux philosophes ésotériques de la Renaissance, jusqu’au naturalisme dynamique diderotien) ;
  • une interrogation profonde autour de l’universalité de la condition humaine et donc le refus de tout ethnocentrisme ou de toute hiérarchisation entre les peuples et les cultures. Cet esprit s’incarne notamment dans la collection d’anthropologie narrative Terre Humaine ;
  • une investigation originale de la morphologie sociale des communautés inughuit traditionnelles comme étant anarco-communalistes, sous un prisme d’inspiration maussienne, faisant du système-don (à l’échelle écosystémique) un fait social total. Ce qui constitue l’un des apports majeurs de la recherche malaurienne ;
  • l’élaboration par Jean Malaurie d’un humanisme écologique, d’une écosophie inspirée qui naît de la rencontre entre la philosophie naturelle des Inuit et de complexes systèmes de pensée occidentale : des Présocratiques aux Philosophes naturalistes de la Renaissance, des Philosophes des Lumières à la Naturalphilosophie allemande. A l’heure du dérèglement climatique, avec ses corollaires désastreux au plan écologique, social et économique (de la fonte des glaces à la paupérisation des zones côtières, de la fragilisation de la banquise à l’élévation du niveau des océans, jusqu’à l’intensification des flux de réfugiés climatiques), la parole malaurienne est verbe engagé qui, depuis un demi-siècle, alerte et éveille les consciences à respecter les lois de la Nature et à sauvegarder les équilibres entre l’homme et son écosystème.

Comme l’ont rappelé les Orateurs, le paradigme poly-dimensionnel et interdisciplinaire mobilisé par Giulia Bogliolo Bruna a permis d’embrasser l’heuristique malaurienne dans son organique unité et son caractère novateur.

Le public, composé de professeurs universitaires et d’étudiants de second et troisième cycle, a questionné les Intervenants sur l’originalité (au plan épistémologique) du processus en inuitisation (apprécié comme expérience de vie et vecteur de connaissance) ainsi que sur la force éclairante de la pensée malaurienne au-delà même de la recherche polaire, comme outil de compréhension d’autres systèmes de pensée.

Giulia Bogliolo Bruna

La vitrine de la librairie “Vita e Pensiero” de l’Università Cattolica del Sacro Cuore qui a selectionné parmi les nouveautés Equilibri artici : l’umanesimo ecologico di Jean Malaurie (Roma, CISU, 2016). Sur la photo, Giulia Bogliolo Bruna.
Sur la photo, de gauche à droite : Giulia Bogliolo Bruna et Davide Bigalli.

L’HOMME DU THÉORÈME ET L’HOMME DU POÈME. POUR JEAN MALAURIE – Par YVAN ETIEMBRE

Texte de Yvan ETIEMBRE – Anthropologue

Il avait  moins de 30 ans,  lorsqu’il débarqua sur les côtes groenlandaises, en juin 1948 ; il est maintenant âgé, comme on dit, mais fait montre d’une intense activité multipliant les interventions, les articles, préfaces et projets de livres. Explorateur, résistant, écrivain, anthropogéographe, fondateur de la collection « Terre Humaine », Jean Malaurie est présent à notre mémoire par ses découvertes souvent solitaires ou accompagnées de quelques Inuit. Il fut ainsi le premier à découvrir, le 29 mai 1951, le pôle géomagnétique et plus tard à nous faire connaître L’allée Des Baleines, mystérieux site préhistorique des peuples arctiques. Il est présent par ses combats en faveur du peuple inuit qu’il nous a rendu familier par ses livres dont Les Derniers Rois De Thulé ou Hummocks, plus récemment sa Lettre à un Inuit de 2022, comme par sa dénonciation d’une base américaine secrète au Groenland. Il a œuvré et œuvre toujours pour nous faire connaitre la richesse culturelle de ces peuples « racines » dont il partage la spiritualité chamanique et le sens de l’espace. Enfin, il est désormais au cœur des préoccupations écologiques et des luttes contre les menaces  qui pèsent sur l’environnement et le réchauffement climatique.

Jean Malaurie, comme le montre encore son activité, poursuivra toujours  une approche du réel , qu’il résumera par « de la pierre à l’homme et de l’homme au cosmos » à la recherche d’un ordre caché de la nature. Ses engagements divers trouveront toujours leur cohérence, dans l’homme et sa pensée.

Il a  toujours, pour sa part,  existé « contre », comme il le dit dans Hummocks, au sens de se construire contre son milieu et les préjugés de celui-ci, ainsi que l’éducation universitaire. Il s’est voulu à l’école des Inuits qui lui enjoignaient de cesser d’être  « le blanc » au cours d’une rude rééducation : sa rencontre avec l’Autre s’avéra pour lui processus déconstructeur de conventions sociales et d’un psychisme occidental amputé de son versant sensoriel et imaginaire qui bridait la créativité. Il y a gagné ce qu’il appelle son caractère double, métis, hybride ou coexistent « pensées sauvages et pensées blanches ». Mais il dut aller pour cela, jusqu’au bout de la solitude identitaire pour « renaître » et retrouver ce qu’il appelle sa « primitivité », d’autres affects.

A la science désincarnée,  il substitue les notions de connaturalité, d’écosystème social, notions complexes qui nécessitent la pluridisciplinarité. On ne saurait étudier l’homme boréal autrement que dans son environnement : telle est son intime conviction, confirmée à la fois par ses propres recherches géomorphologiques, la pensée chamanique des peuples premiers et la  « philosophie de la Nature » héritage de la pensée allemande. L’anthropogéographie arctique demeurera « contextuelle et situationnelle » ; le milieu (ainsi le rôle du climat) exerçant un impact significatif sur la morphologie sociale du groupe. Les éléments fondamentaux comme la terre et l’eau, la faune et la flore conditionnent les structures sociales et les structures mentales. Pour en saisir la complexité, le scientifique doit se faire aussi Inuit, parce que se situer dans le milieu boréal, c’est devoir faire appel à tous ses sens.

En ce sens, Jean  Malaurie  n’est pas un anthropologue classique attaché à décrire simplement la culture matérielle de ce peuple : l’anthropogéographie est plutôt une science carrefour entre géographie, histoire, psychologie, anthropologie religieuse et art (il a dirigé L’art Du Grand Nord dans la collection Citadelles). Il s’agit de cerner la psychologie profonde de ces chasseurs, leur « philosophie » animiste (il a ainsi utilisé pour ce faire des batteries de tests dont le Rorschach ou analysé des dessins d’enfants).

Il va, pour ces raisons, mettre en œuvre toute une épistémologie complexe. Deux êtres vont coexister en lui : l’un rationnel, méthodique, rigoureux dans l’expérimentation, dont le géomorphologue témoignera ; l’autre intuitif, imaginatif, rêveur, un moi « sauvage », primitif comme il aime à le dire. Comme Bachelard,  dont il s’inspire et qu’il aurait aimé publier dans Terre Humaine ,il y a ainsi chez lui une pensée du Jour, scientifique, et une de la Nuit « animiste ». Comme le philosophe de Bar-sur-Aube, il va en faire vivre la dialectique. Celle-ci prendra la forme d’un itinéraire, d’une trajectoire, dont la pierre est le repère essentiel : parti de la géocryologie, de la géomorphologie des éboulis, le parcours du chercheur le mènera à L’allée Des Baleines, en 1990, en Tchoukotka sibérienne ;un parcours en fait initiatique, comme est chez lui la découverte de l’Arctique, qu’il vivra comme une nouvelle naissance.

Céder à L’Appel Du Nord, partir dans l’Arctique, c’est remonter le temps en marchant sur les traces des chasseurs paléolithiques qui avaient franchi le détroit de Behring ; (L’homme hyperboréal, étant apparu il y a 10 000 ans sur les bords du détroit, et il y a 4 000 ans, dans l’Arctique nord-américain et au Groenland). Ce sera aussi sortir des voies de l’académisme universitaire en se mettant à l’écoute des rudes Inuits et de leur « pensée sauvage ». L’homme nomade marche et en marchant, il pense l’espace. Penser l’espace c’est- dire que d’une part nous l’habitons et aussi que nous nous y orientons et le parcourons. Les chasseurs cueilleurs (Inuits, Aborigènes australiens, Bushmen) parcouraient l’espace en le reconnaissant par une perception dynamique et y mettaient de l’ordre en le nommant par des récits et des mythologies axées sur le trajet et les itinéraires.

On retrouve ici ce qu’on a pu appeler un imaginaire « cosmophore » ,  une perception originaire, préréflexive, d’où sont expulsées toutes les frontières, et les différences substantielles ; un imaginaire qui sera, chez nous, celui de Bachelard ou d’Artaud, où cosmos et sujet ne font . Mais la sagesse inuit est justement  de garder  la «  bonne distance » pour ne pas troubler l’ordre cosmique ou social. Les mythes regorgent de bébés géants/ nains, des êtres mi- animaux, mi- humains, des procréations monstrueuses et donc insistent sur cette « bonne distance » : le soleil et la lune mythiques qui sont censés pratiquer l’inceste prohibé, provoquent par exemple la peur inuit lors des éclipses. Seul le chaman, être lui-même intermédiaire, peut ainsi assurer le passage d’un plan à l’autre, au profit de la communauté. Il est « passeur de sens » comme l’est bien sûr, J.Malaurie.

On peut  donc noter que deux systèmes de pensées vont se rencontrer, dans une confrontation féconde, dans l’esprit du géoanthropologue qu’est Jean Malaurie, deux pensées qui pourtant d’une certaine façon disent la même chose. Ainsi la pensée « sauvage » de l’inuit dans son imaginaire mythique et sa « préscience » qui dit que la terre et donc la pierre « os de la terre » est vivante ,qu’elle est animée par des esprits invisibles qui lui donnent sa cohérence interne. La pensée du scientifique qui dans ses travaux sur la gélification parle « d’énergie cinétique supplémentaire » qu’il établit par la mesure,  et qui fait que les pierres se déplacent non seulement du fait de la gravité mais de cette énergie produite par le gel de l’eau et son augmentation de volume qui brisent ou meuvent la pierre.

Peut-être cette confrontation de deux pensées, voire leur complémentarité est-elle justement la voie de la sagesse et aboutit à l’éthique qu’avait défini Bachelard respecter l’homme dans son intégralité et donc le retrouver dans les divers fragments de l’humanité. Pour ce faire il y aurait essentiellement deux voies de l’esprit : la voie diurne et la voie nocturne, la science et la poétique, l’homme du théorème et l’homme du poème.

De la même façon, il y a chez Malaurie d’abord un homme de sciences, un « homme du théorème » qui dans la lignée de Bachelard, cherchera  surmonter l’opposition entre empirisme et rationalisme, pour les unir dans une synthèse qui n’existerait pas encore. La première conséquence qu’il en tira c’est que le dogmatisme académique, l’esprit de système, les divers réductionnismes, doivent céder le pas à une pensée questionneuse, disant non à tout acquis, parce que toute connaissance est nécessairement partielle et donc partiale (« toute science a obligation d’errer » disait  Bachelard). Ainsi dans ses travaux du Hoggar et du Groenland, mettra-t-il d’entrée en question la pensée établie sur l’érosion qui tirait une loi générale de ce qui n’était qu’observation des pays tempérés  La première approche sera donc empirique dès ses études des structures cristallines au microscope puis surtout dans son travail de terrain (il est minutieux dans la notation et la rédaction de ses carnets). La primauté revient à l’induction qui entraîne des hypothèses et le rôle du terrain est de les valider en même temps qu’il est épreuve de soi. La totalité ne sera plus que le résultat d’une reconstruction synthétique après coup.

Pourtant, à côté de l’homme de science il y a aussi chez Malaurie, le « nocturne », le rêveur, nourri des Philosophes De La Nature et Romantiques allemands, qu’il retrouve dans la pensée des Inuits.  Ainsi voyant J.Malaurie « parler avec les pierres », , les mesurant, les dessinant, les Inuits retrouvaient leur intuition d’une pierre vivante mémoire des esprits. Elle renvoyait à Uummaa, l’énergie issue du cosmos, aux atomes de vie qu’ils appellent des Inuat et qui réguleraient l’équilibre universel. Les initiés en percevraient le murmure par leur sensorialité aiguisée, alors que le chaman y puisait les vibrations source de transe, et ce après une période de préparation ascétique, en s’asseyant sur certaines pierres. C’est sans doute pourquoi enfin les Inuits suivaient si volontiers l’explorateur « qui parlait avec les pierres », nom qu’il lui donnait, d’une autre manière qu’eux, l’aidant sur les éboulis, lui conseillant certains secteurs d’étude, lui apportant des pierres qui présentaient pour leur sens ce murmure particulier.

La recherche de Jean Malaurie , tout en restant un travail scientifique, va alors  se doubler d’un itinéraire spirituel, initiatique, dont on peut maintenant retracer les étapes. L’année 1950 sera celle de sa rencontre avec les Esquimaux polaires de Thulé, les Inughuit .

23 juillet 1950, Jean Malaurie parvient à Thulé et décide de se rendre à 150 kms plus au nord, à Siorapaluk, pour hiverner avec les Inuits. L’endroit comprend six igloos et trente-deux Inuits. Il sera le premier Blanc à hiverner seul parmi ces derniers et va dresser, la première généalogie des Inuits de Thulé. Il recueille aussi, auprès de l’un d’entre eux, ses premiers mythes et les récits des anciens chamans, s’initie au maniement du traîneau et à la chasse au morse. Il au sentiment d’être l’ultime témoin d’un peuple et d’un mode de vie millénaire et en voie d’extinction. En février, il effectue un raid de 500 kmS qui le mène à Savigssivik, accompagné d’un seul compagnon, Kutsititsoq, pendant quinze jours, dans la nuit polaire. Le mois de mars le voit tenter d’explorer les terres inhabitées d’Inglefield, Washington et d’Ellesmere, soit 1 500 km en traîneau, accompagnées de deux couples inuit lesquels chassent pour se nourrir. Le manque de provisions conduit pourtant le groupe à se séparer. Malaurie prend alors, au péril de sa vie, la décision « folle » de rester seul sans traîneau, sans radio, durant quinze jours pour effectuer se recherches. Le trois juin il atteint l’ile d’Ellesmere et est donc le seul français à avoir accompli la « traversée Groenland-Canada.

Le 14 juin 1951 il rentrera vers Thulé pour y découvrir la base américaine. Son édification, sans l’accord des Inuits, fut sa première grande lute et une des causes de la fondation de « Terre Humaine » avec Les Derniers Rois De Thulé

La quête de notre chercheur, à la fois extérieure dans la saisie d’une pensée sauvage, et intérieure (pour lui, elle dépouille le vieil homme) culminera en 1990 par la découverte de l’Allée des Baleines en Toutochka, sur l’île d’Yttigran dans le détroit de Behring, Un site grandiose qui s’étend sur 400 mètres environ et se trouve sur un chemin de migration important des baleines.: trente-quatre poteaux de 5 mètres de haut faits avec les mâchoires inférieures de la baleine mysticète. Il servait sans doute tout à la fois de lieu où l’on dépeçait les baleines et de lieu de culte où avaient lieu des initiations.

Si l’on veut maintenant  saisir le sens de ce parcours, il faut voir que cette géopoétique trouva d’abord, on l’a dit précédemment, sa naissance à Thulé. Ce ne peut être un hasard, puisque le nom évoque justement un lieu qui fit à la fois l’objet de recherches incessantes de la part de navigateurs, depuis l’antiquité grecque, de débat acharné des géographes sur son existence réelle  et sa situation exacte ,suite au voyage de Pytheas et à son récit  en partie perdu , de légendes qui rejoignirent le mythe de l’Atlantide ;avant de devenir un modeste comptoir destinés aux Inuits par la volonté de Knud Rasmussen. « … ou bien deviendras-tu dieu de la mer immense, les marins révéreront ils ta seule divinité, et Thulé l’Ultime te sera-t-elle soumise? » VIRGILE, GEORGIQUES,

Ainsi de Virgile et Sénèque à Knud Rasmussen et Jean Malaurie en passant par Goethe, il suffit, pour susciter l’enchantement, d’écouter le nom magique tel que l’évoque le premier vers d’une ballade. « Il était un roi de THULE……». Ce mythe de Thulé, sera repris dans toutes les littératures, au Moyen Âge dans le cycle de la Table ronde, et à l’époque romantique par Goethe dans sa lyrique Ballade du roi de Thulé.

Il y eut donc  un moment décisif dans la vie de Jean Malaurie : celui de 1950 où bascula sa vie et donna l’impulsion définitive à sa pensée   ; moment  qu’il raconte dans les premières pages de son livre, Les Derniers Rois De Thulé.

« Retour vers l’Age de pierre ou plus précisément du phoque, faisons route vers Thulé…. »

« Faisons donc route vers Thulé…Avec quelques jours d’avance :
Bon Anniversaire, Jean Malaurie.

Yvan Etiembre

site internet REGARD ELOIGNE : http://agoras.typepad.fr/regard_eloigne

ARCTICA I : Ecosystème arctique en haute latitude – Par Dominique SEWANE

Commentaires de Dominique Sewane – Maître de Conférence à Sciences Po Paris

Que signifie « commercer avec la nature, si nous n’avons affaire, par la voie analytique, qu’à ses parties matérielles, si nous ne percevons pas la respiration de l’esprit qui donne un sens à chaque partie et corrige ou sanctionne chaque écart par une voie tout intérieure » ? Goethe

L’interrogation de Goethe donne sa tonalité au très beau Arctica 1 de Jean Malaurie. Soulignons tout de suite la somptueuse publication que lui ont réservée les éditions du CNRS : qualité du papier et de l’impression, splendides illustrations, en particulier la cartographie. Une présentation amplement méritée par l’œuvre géologique et anthropologique d’un chercheur associant  rigueur scientifique – plus de cinquante missions dans les régions du Grand Nord – et engagement à l’égard des peuples autochtones vivant en isolat. Parmi ces peuples vulnérables, victimes des actions délétères de multinationales aveuglées par leur course  au profit immédiat, celui, emblématique des Inuit du nord du Groenland. Depuis la fonte des glaces due au réchauffement climatique, le tourisme et les compagnies pétrolières pillent leurs territoires. Le suicide des jeunes, en nombre croissant, devrait nous alerter, insiste Jean Malaurie, soulignant que si l’Occident est avancé sur le plan technique, il n’a plus de pensée. «  Nos sociétés n’ont rien à dire ou proposer aux nouvelles générations, hormis toujours développer et produire davantage. et les jeunes Inuit déculturés ne se reconnaissent pas dans nos modèles de société ».

Sur ce point, sa position est claire : les errements auxquels nous assistons sont dus principalement à une crise spirituelle de l’Occident. Une crise sans précédent. «La terre est outragée et les premières victimes sont les plus faibles ». L’accaparement des ressources vitales par les multinationales et l’absence d’un projet élevé qui mobiliserait les énergies, conduisent au désespoir des populations entières tandis que, dans l’indifférence générale, espèces végétales et animales disparaissent massivement. Nous le constatons chaque jour : la raréfaction des ressources entraîne conflits, tensions, mouvements massifs de migration climatique.

Or, rappelle Jean Malaurie, la relation à la nature des « sentinelles de notre planète » que sont ces  petits peuples, fondée sur une éthique visant à préserver les ressources, devrait s’imposer comme un modèle pour l’Occident. La « Déclaration sur les droits des peuples autochtones » de 2007 ne tient pas un autre discours : « le respect des savoirs, des cultures et des pratiques autochtones contribue à une mise en valeur durable et équitable de l’environnement et à sa bonne gestion ».

De nos jours, l’enjeu est pourtant rien moins que la survie de l’espèce humaine, avertit l’astrophysicien Stephen Hawkins. Il prévoit qu’elle disparaîtra  d‘ici mille ans si aucune mesure n’est prise pour réduire l’effet de serre du aux actions délétères des multinationales. « L’augmentation de la température et le dégel  sont la conséquence de l’excès d’énergie dans le monde, d’une part produit par la communauté humaine, et d’autre part, qui ne peut pas s’échapper ans l’espace à cause de l’effet de serre que l’humanité a créé. » rappelle Jaime, pour qui la fonte totale des glaces due à l’émission d’une énergie qui ne peut plus s’évaporer provoquerait une brutale augmentation de température, bien supérieure aux deux ou trois degrés Celsius prévus généralement, fatale aux humains, entre autres. A moins que l’exploration spatiale ne nous permette d’emménager sur une autre planète ! C’est avec le plus grand sérieux que Stephen Hawkins conseille de « continuer à explorer l’espace pour le futur de l’humanité ». Nous suivons avec admiration le voyage intersidéral de Thomas Pesquet qui restera six mois dans l’espace avec ses compagnons.

Récemment, Laurent Fabius s’est décidé à lancer l’alarme. Au mois de novembre 2016, des décisions ont été  – difficilement – votées au Maroc pendant la COP 22, faisant suite  aux engagements pris à Paris pendant la COP 21, notamment celui de renoncer à exploiter les ressources gazières, pétrolifères et carbonifères, tout au moins de prévoir un plan visant à les réduire dans les prochaines années, pour les remplacer par d’autres sources d’énergie non polluantes.  Seraient-ils déjà caducs depuis l’élection du nouveau président des Etats Unis ? Il est à craindre que ce « climato-sceptique », se désolidarise d’un projet qui inciterait les USA à organiser son économie sur des bases totalement nouvelles.  Autant dire que le combat pour des conditions viables à  long terme, c’est à dire pour les générations futures, est loin d’être gagné.  Quoiqu’il en soit, déclare pour sa part Valérie Cabanès, il nous revient de  « faire confiance aux meilleures sciences internationales et interdisciplinaires pour nous rappeler les limites à nos ambitions sur Terre ».

C’est à un tel savoir que nous invite Arctica I, dont les recherches concernent principalement les adaptations de la pierre et de la glace aux changements de climat, dont l’accélération est due à un ensemble de causes associées à l’effet de serre, dont la responsabilité incombe aux activités humaines. Les mot « adaptation », « malléabilité », « évolution », sont récurrents dans Arctica I.  Si « rien n’est fait » d’ici dix ans, l’impact de la fonte des glaces sur l’existence de l’homme, de l’animal et du règne végétal, risque d’être dramatique à brève échéance

Ordre de la Nature

« La nature n’est pas l’expression d’un chaos mais d’un ordre visant à l’organisation conservatoire d’un tout, chacune des partie étant fonction de ce tout.  De ce principe, le chasseur boréal est convaincu après 10 000 ans d’expérience » écrit Jean Malaurie,  ajoutant que «  sa pensée est inspirée par la crainte que les principes régulateurs de l’ordre des choses ne soient pas respectés ».  D’où alersuit ou tabous des Inuit devant être compris à la fois comme des règles de survie et des règles sociales : ratio des naissance (maintenu grâce à des structures parentales interdisant les alliances jusqu’à la sixième génération), coutumes  diététiques visant à protéger certaines espèces animales. Tels étaient les fiers Utkuhikhalingmiut de Back River que Jean Malaurie rencontra en 1963 dans l’Arctique central canadien : ils s’interdisaient, eux, hommes du continent,  de chasser le phoque, animal de la mer, alors qu’ils vivaient dans un dénuement quasi absolu. « Ces règles avaient pour but de s’aligner sur les complexes lois d’équilibre de la nature qui régentent la vie minérale des plantes et de la faune, et que nous, Occidentaux appelons écosystème ».

Cependant, loin d’être statique,  l’ordre de la nature est en constante évolution et les règles  des Inuit, précise Jean Malaurie, sont associées à une surprenante adaptation aux périodes caractérisées par un écart climatique. C’est à de telles périodes que sont liés des interdits spécifiques. Fait étonnant : ils étaient adoptés  plusieurs années avant l’apparition d’un changement de climat, par conséquent en prévision de la pénurie qu’il allait générer. Comment expliquer un phénomène aussi étrange ? A partir d’observations conduites sur quatre générations a partir de 1951, Jean Malaurie formule l’hypothèse suivante : il ne s’agirait pas d’adaptation au milieu, mais d’adaptation à reconnaître des mouvements globaux grâce à une acuité sensorielle développée dès l’enfance. « Les signes perçus seraient transmis et appris à chaque génération. La sociologie de la chasse a déterminé une psychologie du comportement, par  les observations aigues qu’elle suscite  et une exceptionnelle faculté de mémorisation sensorielle due à l’acuité des cinq sens. » lls sont aptes à réagir rapidement au moindre signe annonciateur d’une catastrophe, et à s’y préparer, bien que dans leur dénuement, ils paraissent d’une vulnérabilité extrême. «Désormais leur savoir est pris en compte et respecté ».

En même temps, insiste-t-il, les Inuit, et plus largement les sociétés de culture chamanique ou animiste, ont pris bien avant nous une conscience aigue de la précarité de l’espèce humaine, qui les maintient en état de constant éveil. La hantise de l’Inuit est de retourner à l’état d’animal humain « homme non erectus ». Les récits effrayants à propos du monstrueux tupilak exprimeraient l’angoisse sourde, ressentie depuis des millénaires, de la disparition de l’espèce humaine.

 Réchauffement climatique

Si les chasseurs boréals ont appris à s’adapter aux changements de la planète, cette faculté d’adaptation est partagée par un élément qui, à priori, peut nous sembler d’une stabilité immuable : la pierre. Elle est vivante, en constante évolution, affirme Jean Malaurie, résumant des recherches géomorphologiques de plusieurs décennies sur les éboulis, sa spécialité. « J’ai cherché les limites  dans les univers minéraux des déserts froids et chauds  les limites tendancielles  de fragmentation des pierres au cours de leur chute de la falaise  jusqu’en bas des éboulis, à mieux dire les seuls d’érosion des pierres lors de leur fragmentation. »

Dès 1969, au deuxième congrès international de Rouen, Jean Malaurie s’alignait sur les prévisions les plus sombres des experts internationaux : élévation de la température de la planète et ses conséquences tragiques, entre autres, des mouvements sismiques d’ampleur démesurée, auxquels nous assistons depuis l’an 2000.

Plusieurs articles d’Arctica I, écrits par des géologues et physiciens – notamment le regretté Jean Marie Pelt – analysent en détail les conséquences d’un réchauffement climatique intensifié par l’effet de serre, et leurs conséquences sur notre planète. La notion d’énergie, concluent-ils, est l’élément premier à prendre compte. Il est antérieur à l’augmentation de température, car, ayant provoqué la fonte des glaces, il donne libre cours à une drastique augmentation de la température. Ainsi l’analyse de Jaime Aguirre-Puente :

« Si la température météorologique augmente, cela signifie que la température de l’atmosphère et de son voisinage augmente, mais pas seulement  car en même temps,  l’eau à l’état solide, c’est adire la glace, disparaît également… J‘affirme que c’est grâce à la glace que la température n’a pas augmenté  plus rapidement. Autrement dit, la glace « fait tampon », de manière cruciale, à la montée de la température météorologique adoptée comme paramètre de contrôle. Or, la quantité de glace n’est pas infinie. Tôt ou tard, elle disparaîtra, si nous ne changeons pas de comportement. La glace disparaissant, la température, adoptée comme paramètre de contrôle,  augmentera plus dizaine de fois plus rapidement. »  Glaçant. Dans le contexte actuel, il nous est difficile de concevoir une augmentation de température de 10 à 20 degrés. C’est donc avec ce paramètre fondamental, le concept d’énergie,  que nous devons réfléchir, c’est à dire l’énergie calorifique reçue par le soleil et augmentée par le confinement due à l’effet de serre : « Si elle est  excédentaire, elle se dirige prioritairement vers les régions de basse température : les pôles, le grand Nord. Résultat : dégel,  écoulement d’eau, ensuite : augmentation de la température… quand toute la glace aura fondue, on atteindra très rapidement des températures élevées, des dizaines de fois plus rapidement que lorsque la glace n’avait pas fondu. »

Actuellement, 100km3 par an de fonte des glaces ! Notre terre est en train de transformer sa glace en eau.  Que faire ? Aborder ce problème avec courage, conclut Arctica I.

Pour accéder au savoir concernant notre planète, la pluralité des disciplines est indispensable, insiste Jean Malaurie. Parallèlement à ses recherches géologiques, il a encouragé et fait connaître les témoignages et analyses de spécialistes de toutes disciplines et de tous horizons : d’une part, à son Centre d’Etudes Arctiques (CNRS), d’autre part, au travers de la prestigieuses collections Terre Humaine, dont il est le fondateur et le directeur aux éditions Plon.

Le choix, pour une société, de ses orientation, tant économiques qu’intellectuelles, lui apparaît comme une urgence.  En nous avertissant de l’immense menace pour la paix que représente la destruction des écosystèmes de notre planète – détruits à une échelle sans précédent – Arctica I nous invite à nous mobiliser « ensemble », c’est à dire à taire nos haine et ressentiments pour faire preuve, enfin, de solidarité : il y va de notre survie.  En tant qu’Ambassadeur de bonne volonté pour les régions polaires depuis 2007, l’œuvre scientifique de Jean Malaurie, dont rend compte Arctica I, est désormais inséparable des  combats qu’il mène sous l’égide de l’Unesco.

Dominique SEWANE
Maître de Conférence à Sciences Po Paris
Titulaire de la Chaire Unesco « Rayonnement de la pensée africaine – Préservation du patrimoine culturel africain »  (Université de Lomé, Togo)