Hommage à Jean Malaurie à l’Université Catholique de Milan – Giulia Bogliolo Bruna


Hommage à Jean Malaurie à l’Université Catholique de Milan, à l’occasion de la parution de l’ouvrage Equilibri Artici. L’umanesimo ecologico di Jean Malaurie
Equilibri artici. L’umanesimo ecologico di Jean Malaurie. 2016

L’essai Jean Malaurie : une énergie créatrice (Paris, Armand Colin, 2012) de l’ethnohistorienne Giulia Bogliolo Bruna vient de paraître en traduction italienne, sous le titre Equilibri Artici. L’umanesimo ecologico di Jean Malaurie, dans la collection « Ethnografie americane » chez CISU (Roma, Centro Informazione Stampa Universitaria, 2016).

Préfacée par la prof. Anna Casella Paltrinieri et postfacée par la prof. Luisa Faldini, l’édition transalpine, traduite, actualisée et annotée par l’Auteure elle-même, est enrichie d’une annexe iconographique et d’un index des noms.

A l’occasion de la présentation de cet ouvrage, qui s’est déroulée le 3 février dernier dans la prestigieuse Università Cattolica del Sacro Cuore di Milano, les professeurs Davide Bigalli  (Università degli Studi di Milano), Luisa Faldini (Università degli Studi di Genova), Anna Casella Paltrinieri (Università Cattolica del Sacro Cuore di Milano) et Maria Pia Casarini (Directrice, Istituto Polare « Silvio Zavatti » di Fermo) ont salué unanimes l’approche épistémologique rigoureuse et novatrice de l’Auteure qui s’est attachée à restituer, avec une intelligence emphatique et une finesse d’analyse, la biographie intellectuelle de cet illustre Savant qui a parcouru le XXème siècle en rétro-futuriste.

Par un jeu de regards croisés, les Intervenants ont décliné, en dialogue avec Giulia Bogliolo Bruna, les principaux apports de la démarche malaurienne :

  • la mobilisation d’une déontologie du regard, reposant sur une éthique de l’altérité et l’exercice pratique de la responsabilité qui s’incarne dans l’œuvre anthropologique malarienne autant que dans la collection « Terre Humaine » et rejoint l’humanisme de l’Autre-Homme cher à Emmanuel Levinas ;
  • l’adoption malaurienne de l’empathie en tant que vecteur privilégié d’accès à la connaissance (processus en « inuitisation » qui initie Jean Malaurie, en osmose sensorielle avec l’écosystème, au chamanisme boréal et à l’Intelligence de la Nature). A l’encontre du mythe de la neutralité de l’observateur, il s’agit là d’entrer en résonnance avec ses interlocuteurs pour comprendre, par observation participante et participation observante, les patrimoines de mythes, rites et croyances qui inspirent et façonnent un système social. Malaurie invite ainsi à assumer la subjectivité du chercheur pour mieux la maîtriser, rejoignant la démarche bourdieusienne (objectiver la subjectivité) ;
  • l’invention d’une nouvelle méthode accueillante et omni-compréhensive, l’anthropogéographie arctique, et l’élaboration, dans ce cadre, d’une démarche originale, la prescience inspirée. Cette approche insuffle une pensée “questionneuse” qui reconnaît la primauté de l’intuition (intuitionnisme mémoriel de double ascendance bergsonienne et inuit) et brasse rigueur épistémologique, revalorisation de la sensorialité et réévaluation de la sensibilité ;
  • la conduite d’une démarche comparatiste, d’empreinte humaniste, dans la filiation du grand résistant Boris Vildé, appelée à démontrer les passerelles entre le chamanisme inuit, les mysticismes et les pensées ésotériques occidentales. Ce qui conduit à la reconnaissance de l’égale dignité entre les pensées sauvages et les pensées occidentales ;
  • le dépassement d’une conception dialectique du devenir historique au profit d’une célébration de la métamorphose et donc de la fluence, chères aux philosophies unitaristes (d’Héraclite aux philosophes ésotériques de la Renaissance, jusqu’au naturalisme dynamique diderotien) ;
  • une interrogation profonde autour de l’universalité de la condition humaine et donc le refus de tout ethnocentrisme ou de toute hiérarchisation entre les peuples et les cultures. Cet esprit s’incarne notamment dans la collection d’anthropologie narrative Terre Humaine ;
  • une investigation originale de la morphologie sociale des communautés inughuit traditionnelles comme étant anarco-communalistes, sous un prisme d’inspiration maussienne, faisant du système-don (à l’échelle écosystémique) un fait social total. Ce qui constitue l’un des apports majeurs de la recherche malaurienne ;
  • l’élaboration par Jean Malaurie d’un humanisme écologique, d’une écosophie inspirée qui naît de la rencontre entre la philosophie naturelle des Inuit et de complexes systèmes de pensée occidentale : des Présocratiques aux Philosophes naturalistes de la Renaissance, des Philosophes des Lumières à la Naturalphilosophie allemande. A l’heure du dérèglement climatique, avec ses corollaires désastreux au plan écologique, social et économique (de la fonte des glaces à la paupérisation des zones côtières, de la fragilisation de la banquise à l’élévation du niveau des océans, jusqu’à l’intensification des flux de réfugiés climatiques), la parole malaurienne est verbe engagé qui, depuis un demi-siècle, alerte et éveille les consciences à respecter les lois de la Nature et à sauvegarder les équilibres entre l’homme et son écosystème.

Comme l’ont rappelé les Orateurs, le paradigme poly-dimensionnel et interdisciplinaire mobilisé par Giulia Bogliolo Bruna a permis d’embrasser l’heuristique malaurienne dans son organique unité et son caractère novateur.

Le public, composé de professeurs universitaires et d’étudiants de second et troisième cycle, a questionné les Intervenants sur l’originalité (au plan épistémologique) du processus en inuitisation (apprécié comme expérience de vie et vecteur de connaissance) ainsi que sur la force éclairante de la pensée malaurienne au-delà même de la recherche polaire, comme outil de compréhension d’autres systèmes de pensée.

Giulia Bogliolo Bruna

La vitrine de la librairie “Vita e Pensiero” de l’Università Cattolica del Sacro Cuore qui a selectionné parmi les nouveautés Equilibri artici : l’umanesimo ecologico di Jean Malaurie (Roma, CISU, 2016). Sur la photo, Giulia Bogliolo Bruna.
Sur la photo, de gauche à droite : Giulia Bogliolo Bruna et Davide Bigalli.

Greenland’s receding icecap to expose top-secret US nuclear project – The Guardian

Je souhaite publier in extenso ce document exceptionnel du journal The Guardian. Dans une note précédente, je présentais le scandale du Camp Century. Cet article vient appuyer  mon combat pour les peuples Inuit.

Je vous rappelle qu’en tant qu’Ambassadeur de bonne volonté, j’ai demandé que l’UNESCO intervienne au titre de la défense de l’environnement et de la population groenlandaise. Ma demande est en cours d’instruction.

Jean Malaurie

Camp Century – part of Project Iceworm – is an underground cold war network that was thought to have been buried forever (Tuesday 27 September by Jon Henley)
The lid of Camp Century’s unsealed nuclear fuel vessel, pictured in 1962. Photograph: W Robert Moore/National Geographic/Getty Images

A top-secret US military project from the cold war and the toxic waste it conceals, thought to have been buried forever beneath the Greenland icecap, are likely to be uncovered by rising temperatures within decades, scientists have said.

The US army engineering corps excavated Camp Century in 1959 around 200km (124 miles) from the coast of Greenland, which was then a county of Denmark.

Powered, remarkably, by the world’s first mobile nuclear generator and known as “the city under the ice”, the camp’s three-kilometre network of tunnels, eight metres beneath the ice, housed laboratories, a shop, a hospital, a cinema, a chapel and accommodation for as many as 200 soldiers.

Its personnel were officially stationed there to test Arctic construction methods and carry out research. Scientists based at the camp did, indeed, drill the first ice core samples ever used to study the earth’s climate, obtaining data still cited today, according to William Colgan, a climate and glacier scientist from the Lassonde school of engineering at Toronto’s York University, and the lead author of the study.

A crane positions Camp Century’s nuclear waste tank. Photograph: W Robert Moore/National Geographic/Getty Images

In reality, the camp served as cover for something altogether different – a project so immense and so secret that not even the Danish government was informed of its existence.

“They thought it would never be exposed,” said Colgan. “Back then, in the 60s, the term global warming had not even been coined. But the climate is changing, and the question now is whether what’s down there is going to stay down there.”

The study suggests it is not.

Project Iceworm, presented to the US chiefs of staff in 1960, aimed to use Camp Century’s frozen tunnels to test the feasibility of a huge launch site under the ice, close enough to fire nuclear missiles directly at the Soviet Union.

At the height of the cold war, as the US and the USSR were engaged in a terrifying standoff over the deployment of Soviet missiles in Cuba, the US army was considering the construction of a vast subterranean extension of Camp Century.

A system of about 4,000 kilometres of icy underground tunnels and chambers extending over an area around three times the size of Denmark were to have housed 600 ballistic missiles in clusters six kilometres apart, trained on Moscow and its satellites.

Eventually the engineers realised Iceworm would not work. The constantly moving ice was too unstable and would have deformed and perhaps even collapsed the tunnels.

From 1964 Camp Century was used only intermittently, and three years later it was abandoned altogether, the departing soldiers taking the reaction chamber of the nuclear generator with them.

They left the rest of the camp’s infrastructure – and its biological, chemical and radioactive waste – where it was, on the assumption it would be “preserved for eternity” by the perpetually accumulating snow and ice.

Thus far their assumption has proven correct. Up to 12 metres deep at the time it was abandoned, the ice covering Camp Century has since thickened to around 35 metres and will continue to deepen for a while yet.

Climate change, however, looks certain to reverse that process, Colgan and his six-strong team from Canadian, US and European universities said in their report, which was published last month in Geophysical Research Letters.

Camp Century graphic

Greenland’s temperatures broke new records this spring and summer, hitting 24C (75F) in the capital, Nuuk, in June – a figure that shocked meteorologists so much they had to recheck their measurements.

Between 2003 and 2010, the ice that covers much of the island melted twice as fast as during the whole of the 20th century. This year it began melting a month earlier than usual.

The researchers studied US army documents and drawings to work out how deep the camp and its waste – estimated to include 200,000 litres of diesel fuel, similar quantities of waste water and unknown amounts of radioactive coolant and toxic organic pollutants such as PCBs – were buried.

Then they ran regional and global climate change simulations to work out how much longer they would remain interred. Based on the “business as usual” climate change scenario, Colgan said, snowfall would continue to be greater than ice melt for a few more decades. “But after that, melt will be greater than snow. Every year, another layer of ice will be removed. Our estimate is that by 2090, the exposure will be irreversible. It could happen sooner if the magnitude of climate change accelerates.”

Once that starts to happen, the question of who is responsible for the clear-up – already the subject of discussion – will become more pressing, the report said, presenting “an entirely new form of political dispute resulting from climate change”.

With no established agreement on the question, the report says the “multinational, multi-generational” problem posed by Camp Century and its waste could become a source of tension between the US, Greenland and Denmark.

Denmark allowed the US to build Camp Century and other bases on Greenland in a 1951 agreement, but it is not clear how much it was told about the work being done there or the waste left behind. Complicating matters further, Greenland became largely self-governing in 1979.

Vittus Qujaukitsoq, Greenland’s foreign minister, said he was concerned about the camp’s future and determined to establish responsibility. His Danish counterpart, Kristian Jensen, has said the issue was being examined in close contact with Greenland.

The Pentagon has said it “acknowledges the reality of climate change and the risk it poses” for Greenland, adding that the US government has pledged to “work with the Danish government and the Greenland authorities to settle questions of mutual security”.

Jon Henley