Terre Humaine – Libération du regard

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’en 1955, ce nouveau regard qu’apportait Terre Humaine a paru osé. Il a été reçu avec un silence glacé par nombre d’universitaires. Bien rares ont été les revues spécialisées qui ont étudié Terre Humaine en tant que collection. Mais pour les jeunes chercheurs, cet élargissement du regard universitaire, cette libération ont été compris comme un événement. Terre Humaine a incontestablement joué un rôle décisif dans l’oxygénation de notre pensée. Cette querelle apparaîtra au lecteur de 2017 comme d’un autre âge. qui ne reconnaît aujourd’hui que Braudel ou Duby n’ont jamais été grands historiens que quand leurs idées engagées exprimaient, en dehors de leurs travaux universitaires, toute leur personnalité. Et de surcroît, querelle surannée ! Ce courant n’est-il pas dans la ligne de nos grands anciens : Tacite, Hérodote, Montaigne, et plus récemment Michelet. Oh ! je le sais bien. Cette volonté positiviste de l’Université est une réaction contre les excès de géopoètes du XIXe siècle et des dérives d’une science humaine encore mal assise. Mais la volonté du « scientisme », relayée par le marxisme est sans nul doute une perversion de la recherche en sciences sociales, l’expression de récents complexes, et que l’on retrouve jusque dans l’impasse qu’a été le nouveau roman. J’en parlais avec Roland Barthes, qui est mort trop tôt pour achever ce livre pour Terre Humaine auquel il songeait.

Terre d’Ellesmere, Nord-Est Canada. 19 août 1995. Jean Malaurie visite un de ses Cairns construits lors de son expédition cartographique et géo-morphologique en trois traineaux à 42 chiens en 3 juin 1951. Il est à bord du brise-glace Kapitan Klebnikov et dépose un nouveau message.

Avec plus d’une centaine de livres publiés, Terre Humaine se veut être un carrefour universel de la pensée contemporaine sur les sociétés et les civilisations, dans leur confrontation le plus souvent malheureuse avec le progrès et le développement.