Le réveil de Terre Humaine dans la Presse

Terre Humaine, les 120 livres de la collection dont douze classiques sont publiés dans la collection Bibliothèque Terre Humaine PLON – CNRS éditions, ont le grand mérite de mettre au même niveau les écrivains et les « oraliens » ; la dite élite et ce que l’on appelle plus communément le peuple. « Le Cheval d’orgueil, mémoire d’un paysan bigouden » de Pierre-Jakez HELIAS, et son million d’exemplaires, a rappelé à la France politique et universitaire que le peuple réfléchit, souffre et poursuit une vie secrète. N’oublions pas que la Révolution française ne vient pas d’en haut, mais d’en bas. Le peuple pense autrement en parlant sa langue, nous rappelant ainsi le clivage entre les Jacobins de Paris et les Girondins de la Province.

Terre Humaine publie des personnalités méconnues de nos campagnes et nos usines, mais aussi de notre vie citadine. Je tiens à vous partager ces quelques titres :

Les clochards ! Nous les côtoyons tous les jours. Souvent ils sont soûls et peinent à mendier. Ils sentent mauvais, vocifèrent et font un peu peur. Nos regards se détournent. Qui sont ces marginaux aux visages ravagés ? Ce sont les clochards. Fous d’exclusion. Fous de pauvreté. Fous d’alcool. Et victimes surtout. De la société et de ses lois. Du marché du travail et de ses contraintes. Mais au-delà, c’est contre la vie même qu’ils se révoltent. Hallucinés, ivres, malades, c’est un autre et impossible ailleurs dont ils s’obstinent à rêver furieusement. Ce livre montre toute l’ambiguïté de ces hommes écrasés, qui avec une sombre dignité, se détourne de la société, pour mieux se détruire sous nos yeux.

Le grand métier est d’abord la mémoire d’une des professions les plus dures dans les mers les plus cruelles celles de l’Arctique : Terre-Neuve, Groenland, île aux Ours, mer de Barents. Terre Humaine donne la parole à des hommes obscurs qui n’osent — ou ne peuvent — la prendre. Le mérite extrême de Jean Recher, Capitaine de pêche à Fécamp de père en fils est d’avoir voulu écrire lui-même, coûte que coûte. 

« En ce temps-là, la France était le plus riche pays de la terre. Elle produisait trop de vin, trop de blé. Par milliards, les banques « pompaient » un excédent de ressources qu’elles dispersaient dans toute l’Europe et par-delà les océans. » En ce temps-là, quelque part dans le Livradois, en Auvergne, le Jean, métayer, et la Marie, nourrice à Lyon, lièrent une existence « que la nécessité d’acheter le pain et de se vêtir tant bien que mal empoisonna jusqu’à la mort ». C’est la fin du XIX° siècle, « la belle époque ». Toinou. va naître parmi les plus pauvres de la campagne puis grandir dans le « prolétariat insolvable » de la Ville. Ce cri d’enfant, – « un enfant de curé » —, très rare, Sinon exceptionnel dans l’histoire rurale française, et dont l’écho se poursuit jusqu’au cœur de la Légion, est digne des plus grands : Hugo, Zola. Il en a la force de conviction et l’émouvante pudeur.

Des livres que chacun devraient lire et méditer.

Jean MALAURIE

OSER,RESISTER – le nouveau livre de Jean MALAURIE

 

A PARAITRE le 14 juin 2018 aux CNRS éditions

Ne pas devenir un peuple de fourmis, manipulé par le verbe, l’image et l’informatique.

Oser, résister et s’aventurer ! C’est la philosophie de vie que Jean MALAURIE poursuit depuis les années 1950 et son inoubliable combat pour les légendaires Inuit de Thulé, menacés par une scandaleuse base nucléaire au coeur de son territoire.

Réfractaire-résistant à l’ordre nazi, Jean MALAURIE est un grand scientifique, géomorphologue devenu géophilosophe, et un  défenseur résolu de l’alliance des sciences humaines et naturelles.

Le père fondateur de la collection Terre Humaine réunit ici des réflexions rares et précieuses sur son parcours intellectuel, sur l’écologie humaine ou l’enseignement supérieur. Il nous découvre aussi des pans plus intimes de sa personnalité singulière.

Directeur émérite  au CNRS et à l’EHESS, Ambassadeur de bonne volonté pour l’Arctique à l’UNESCO, défenseur des minorités boréales, Jean MALAURIE a fondé l’Académie polaire d’Etat de Saint-Pétersbourg, unique école des cadres pour les jeunes élites autochtones nord sibériennes dont il est le Président d’honneur.

 

Uutaaq, le grand chaman nord-groenlandais, maître en animisme de Jean Malaurie.  Face à la base américaine de Thulé, juillet 1951. la Trahison, selon Uutaaq, les explorateurs américains qu’il avait aidé au pôle nord, ont trompé les Inuit.
Novo-Chaplino (Tchoukotka), au cours de la première expédition internationale franco-sociétique que dirige Jean Malaurie. Avec l’ancien chaman, commissaire politique  dans les années staliniennes, et un de mes élèves favoris, août 1990.

 

La Corse entre dans la collection « Terre Humaine »

Journal LE MONDE - Vendredi 25 mai 2018 - Article d'Ariane CHEMIN
Histoire d’un livre. L’île fait sa première apparition dans la prestigieuse collection avec « Une famille corse », où Robert Colonna d’Istria retrace l’immémoriale histoire des siens.
Marchandes de marrons en Corse, carte postale du début du XXe siècle. COLLECTION DUPONDT/AKG-IMAGES

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Son projet atterrit chez Plon un jour de 2016. Il y a plus d’un demi-siècle, en 1955, Jean Malaurie y a créé la mythique collection « Terre humaine ». Jean-Christophe Rufin, écrivain, alpiniste et académicien, a repris la collection il y a trois ans. Il raconte : « Il fallait sortir de la pure anthropologie en vivifiant les deux autres composantes de la collection : la littérature, hier Segalen, aujourd’hui Blas de Roblès, mais aussi la proximité », qui a fait le succès de certains des titres phares, notamment Le Cheval d’orgueil, de Pierre-Jakez Hélias (1975), best-seller d’un prof en pays bigouden. « Le tout sans oublier cette dimension de résistance chère à Jean Malaurie », qui, à 95 ans, continue de veiller sur la collection : « Ces voix offertes aux lecteurs, en rupture avec l’Université, à la fois sujets et objets de leurs livres. »

Jamais « Terre humaine » n’avait goûté à la Corse. Alors, quand Rufin et l’éditeur Grégory Berthier-Gabrièle reçoivent le « mémo » d’un certain Colonna d’Istria, soucieux de n’écrire « ni exactement un livre de sociologue, ni de parfait anthropologue, mais un livre des souvenirs »autour d’un patronyme, ils disent « banco ! »

[…]

Ariane CHEMIN

Retrouvez la suite de l’interview sur lemonde.fr :
https://www.lemonde.fr/livres/article/2018/05/26/la-corse-entre-dans-la-collection-terre-humaine_5304969_3260.html

Réunion de travail entre l’Ambassadrice des pôles, Ségolène ROYAL, et son excellence l’Ambassadeur de Russie en France, Alexeï MECHKOV

Suite à la première mission internationale dans ces régions éloignées dans la Tchoukotka (Sibérie nord-orientale), en aout-septembre 1990, sous la direction du Professeur Jean MALAURIE, une expédition franco-soviétique qualifiée par les spécialistes russes « d’historique » (notamment, analyse animiste de l’Allée des Baleines dans un esprit Yi-king, et études ethno-sociologique des esquimaux d’Asie), a été créée l’Académie Polaire d’Etat (1994) actée par le Président Boris ELTSINE et avec accord écrit du Président Jacques CHIRAC lors de sa visite officielle en Russie (Septembre 1997). Cette Académie Polaire d’Etat, école des cadres des 26 peuples autochtones, sous contrat avec l’EHESS, est une des premières universités francophones de Russie. Elle vise à mieux préparer les forces culturelles et ethniques de ces peuples, face à l’industrialisation et la crise écologique. Elle est  soutenue par l’esprit fédératif de l’état russe. L’Académie Polaire d’Etat est unique dans le monde circumpolaire. Vingt années ont passé et cet organisme puissant forme 1600 élèves au sein d’un complexe de 25 000m2. J’en suis le Président d’honneur à vie, Fondateur.

St Pétersbourg, voyage officiel du Président de la République, Jacques Chirac, en Russie. Signature à l’Académie Polaire d’État, du premier accord de coopération franco-russe avec l’Académie. Le Français est la première langue étrangère obligatoire. À Gauche du Professeur Jean Malaurie, le Ministre de la recherche de la Fédération de Russie. Septembre 1997.

Aussi, il est apparu nécessaire aux autorités russes, qu’au bénéfice de ces générations d’élèves autochtones diplômés de Masters d’écologie, de l’administration, de droit, etc., qu’il y ait une autre structure les confortant dans leur culture, leur pensée traditionnelle, et leur avenir ; les préparant à ce 3ème millénaire dont ils seront les acteurs dans l’Arctique.

C’est pourquoi, le Gouverneur de Saint-Péterbourg, Georgui POLTAVTCHENKO, m’a offert personnellement un très beau bâtiment en bordure de la Fontanka ; les Champs Élysées (canal maritime) de St.Pétersbourg. L’Académie Polaire d’Etat aura donc un deuxième souffle grâce à cette donation et c’est la raison pour laquelle la structure de tutelle, l’Université d’hydrométéorologie russe de Saint-Pétersbourg, dont j’ai été nommé Président d’honneur (2016), a décidé la création d’un nouveau Centre de Recherches Arctiques qu’ils m’ont proposé de nommer Centre Arctique franco-russe Arthur TCHILINGAROV – Jean MALAURIE. J’ai donné mon accord, ainsi que mon ami le Professeur TCHILINGAROV, éminent Océanographe polaire russe et Conseiller scientifique du Président.

Le Professeur Jan BORM, a été désigné par moi, comme mon successeur, en tant que Directeur du Centre d’Études Arctiques de l’Université de Versailles (Yvelines). Je l’ai nommé Directeur de la revue INTERNORD, seule revue arctique française publiée par le CNRS, que j’ai fondé avec le Président BRAUDEL, en 1959.  Jan BORM est un éminent spécialiste de l’histoire de l’exploration et des idées dans le Nord.

Je suis en rapport avec les autorités académiques afin de définir les programmes de recherche qui y seront poursuivis. Les propositions en cours de discussion sont les suivantes :
-> Premier programme : Sibérie septentrionale contemporaine. Géographie physique et COP 21 / Histoire et explorations sibériennes ;
-> Second programme : ethnologie, art et mythologie, tradition d’art et de danse / bibliothèque et cinémathèque arctiques ;
-> Troisième programme : préparation du premier congrès arctique international, changement de climat, conséquences sur les glaces de l’océan arctique, effets biologiques sur la Toundra (notamment anthrax)
-> Quatrième programme : archéologie franco-russe avec des programmes de fouilles ; la formation de jeunes élites nord-sibériennes à ce programme.

A ces quatre programmes, participeront des personnalités de premier plan qui m’ont déjà donné leur accord. Le Professeur Jan BORM est chargé des négociations avec le recteur Valériy L. MIKHEEV.

Compte Twitter de Madame Ségolène ROYAL – 7 mai 2018

Le 7 mai dernier (2018), Madame Ségolène ROYAL, Ambassadrice française des pôles Arctique et Antarctique a rencontré son Excellence l’Ambassadeur de Russie en France, Alexeï MECHKOV, pour échanger et travailler sur ce beau projet.

Projet Centre Arctique franco-russe Arthur TCHILINGAROV – Jean MALAURIE dans ce palais de Saint-Péterbourg en cours de réfection.

En tant que Président d’honneur de cette université, je suis en constante relation avec le recteur Valériy L. MIKHEEV, qui je le rappelle a autorité sur ce futur projet. Il est envisagé avec mon ami le recteur, la signature officielle du premier article du lancement du Centre Arctique franco-russe Arthur TCHILINGAROV – Jean MALAURIE à l’Univervité de Versailles (Yvelines) en juin ou septembre 2018.

Jean MALAURIE

Jean Malaurie : roi de Thulé

Géographe et ethnologue, il connaît mieux que personne les Inuits du Groenland. Il rédige aujourd’hui ses Mémoires et vient de remettre ses documents aux Archives nationales.
photo prise le 03 mai 2001 à Paris de l’anthropogéographe et écrivain français Jean Malaurie, fondateur et directeur de la collection anthropologique « Terre Humaine » (PLon). AFP PHOTO PIERRE ANDRIEU

Je vous épargne les détails… » Mon Dieu, mais qu’est-ce que ce serait dans le cas contraire ! Le fait est que l’âge n’a pas entamé chez cet homme d’un charme fou le goût irrépressible de raconter en s’autorisant toutes les digressions. Et comme il sait jouer de sa voix chaleureuse, de sa prodigieuse mémoire et de sa puissance d’évocation, on se résout à rater le rendez-vous suivant, surtout lorsqu’il prévient : « Il faut toujours garder la part des ombres et il y en a encore chez moi… »

Explorons donc le passé de l’explorateur. Famille bourgeoise de la droite catholique normande tendance janséniste (« pour tous la prière tous les soirs à genoux »), père professeur agrégé d’histoire (« malgré l’hostilité d’Albert Mathiez ! »), hypokhâgne au lycée Henri-IV dans une classe dominée par le doux magistère d’Alain, le STO qui pousse au refus et à l’entrée dans la Résistance ponctuée par une prudente injonction de sa mère (« Ne reviens jamais, tu as des frères et soeurs »).

De la guerre, il a tiré une morale après avoir vu les grandes institutions se coucher. Libre du jour où il s’est lui-même libéré, il ne tarde pas à obéir à sa passion : comprendre l’origine de l’univers, en choisissant la géographie dans un milieu où tant d’historiens l’appelaient « la géo » non sans mépris. Jean Malaurie préfère se souvenir de l’éblouissement que provoqua en lui la rencontre de Lucien Febvre, « un génie ! ». Mais sa discipline, dès le début, c’est la géographie physique dont il s’éprend rapidement. Ce qui ne l’empêche pas, aujourd’hui encore, d’être aussi présenté comme ethno-historien.

De là lui vient une certaine exigence doublée d’une puissante détermination. Deux choses essentielles lui arrivent. La première, il est investi par le CNRS en 1950 d’une mission, « en solitaire, c’est le plus important », à Thulé (Groenland). Il y établit, sur quatre générations, une généalogie inédite d’un groupe de 302 Inughuits, peuple le plus septentrional de la Terre, et met au jour une planification tendancielle afin d’éviter les risques de consanguinité. La seconde « chose essentielle » est un cadeau de la nature. Un don de prescience sauvage qui fait probablement de lui le seul directeur de recherche au CNRS à fonctionner avec des appels depuis qu’en l’accueillant à Thulé le grand chaman lui a dit : « Je t’attendais. » Cela peut aller loin puisqu’il a choisi son épouse à l’écoute du seul son de sa voix. Quand il y croit, il y croit.

En 1955, il crée « Terre Humaine » chez Plon. Rarement une collection aura à ce point mérité ses lauriers : « Une comédie humaine à l’échelle du monde ! »lance-t-il non sans fierté. Des anthropologues, des ethnologues et de grands voyageurs – mais aussi des ouvriers et des paysans fiers de leur tradition orale – osent écrire à la première personne, contre l’esprit dominant de la vieille Sorbonne, emmenés par un agitateur animé du désir que l’histoire soit « non une addition de ghettos, mais de rencontres ». Ainsi, il impose les souvenirs de paysan bigouden de Pierre-Jakez Hélias dont il maintient le titre Le Cheval d’orgueil contre la volonté du patron de la maison d’édition, Sven Nielsen, qui voulait les rebaptiser « Mémoires d’un plouc ».

La maquette du navire de Charcot

Chaque lecteur fidèle de la collection a ses titres préférés : aux uns Tristes tropiques de Lévi-Strauss et Les Derniers Rois de Thulé. Avec les Esquimaux polaires, face à leur destin de Jean Malaurie, aux autres Louons maintenant les grands hommes de James Agee, avec l’inoubliable reportage photo du grand Walker Evans, une enquête effroyable sur la misère en Alabama à travers le destin de trois familles de métayers, parue aux États-Unis en 1939 ou les Carnets d’enquêtes de Zola que tous les gens de cinéma devraient considérer comme un bréviaire du repérage… Tant de « déjà classiques » parmi eux ! Un titre manque à l’appel dans un catalogue dont Jean Malaurie peut s’enorgueillir car il est son oeuvre : Les Esprits des feuilles jaunes (1955) de Hugo Adolf Bernatzik, annoté par Georges Condominas, ethnologue spécialiste de l’Asie du Sud-Est. Le livre avait été définitivement exclu du catalogue quand Jean Malaurie avait appris le passé nazi de l’ethnographe autrichien. Longtemps après, le directeur de collection regrette encore amèrement de ne pas s’être mieux renseigné sur son auteur.

« Terre humaine », on pourrait en parler pendant des heures. D’ailleurs, le voilà qui s’empare du catalogue, s’enfonce dans son fauteuil et détaille voluptueusement chacun des titres. En 2015, l’emblématique couverture ornée d’une photo noir et blanc s’est métamorphosée au moment du passage de relais à l’académicien Jean-Christophe Rufin.

Jean Malaurie est couvert de médailles, distinctions, décorations, titres universitaires ; innombrables sont les instituts et institutions qui portent son nom. Rien n’en transparaît dans le décor de son appartement parisien : une maquette du Pourquoi pas ?, le navire explorateur du commandant Charcot, au-dessus d’une armoire ; l’affiche de l’appel du 18 Juin ; sur un mur des dessins et des masques. Les étagères de sa bibliothèque « polaire » ploient sous le poids de ses livres et de ses contributions à des revues savantes. D’autres y trouveraient matière à se reposer. Pas lui qui bouillonne d’idées, de projets et d’indignations contre ses collègues qui « partent en proclamant faire leur terrain avec une morgue coloniale ! ». Au seul mot de « mondialisation » le voilà qui bondit et s’enflamme, la mèche en bataille. A la seule évocation du nom du géographe Emmanuel de Martonne, son maître, le fil de mille et un souvenirs est tiré mais il peut très bien mener à l’éloge de Pietr-le-Letton, son Simenon préféré. Ou à celui de son ami Paul-Émile Victor, « un homme habile dans le genre de Nicolas Hulot, quelqu’un qui savait où trouver de l’argent » contrairement à lui qui, question argent, aurait plutôt pour héroïne la philosophe Simone Weil à l’usine.

Il met la dernière main à ses Mémoires à paraître en 2019. Infatigable, inarrêtable, intarissable, il ne lâche pas pour autant son combat de toujours : « Si on ne réforme pas l’enseignement supérieur, la France est infidèle à son génie créateur ! » Plaignons les ministres qu’il croisera. Tout en demeurant hors politique il ne s’est jamais empêché de murmurer à l’oreille des chefs d’État et ne se cache pas d’être manoeuvrier quand il faut l’être. Pour sonner le tocsin : le réchauffement climatique, la catastrophe écologique… Tant qu’Emmanuel Macron sera à l’Élysée, Jean Malaurie ne cessera de l’exhorter à s’appuyer là-bas dans le Grand Nord, sur les peuples autochtones dont il a lui-même formé les élites : « Je vais lui conseiller de prendre leur tête ! » Et si le président insiste, il lui parlera de sa foi animiste, de sa manière de courtiser la nature, d’être fidèle à ses lois spirituelles sans oublier qu’elle n’est pas bonne et que Lucifer n’est jamais loin. Il lui transmettra la grande leçon qu’il a tirée de ses années passées avec les Inuits : à l’intérieur de l’igloo, c’est l’exubérance, mais dehors, c’est l’inverse. Là on pense et on s’imprègne jusqu’à en être absorbé. Et de cet état-là aussi Jean Malaurie parle très bien : le silence.

Pierre Assouline dans mensuel 445 daté mars 2018

http://www.lhistoire.fr/portrait/jean-malaurie-dernier-roi-de-thulé

Terre Humaine – La voix du peuple

Parmi les courants privilégiés de la collection, il en est un qui constitue une des composantes essentielles. Terre Humaine a tenté de sortir l’ethnologie du ghetto des structures muséologiques et classificatoires.

Au-delà des classiques (Pierre Clastres, Robert Jaulin, Georges Condominas, Laurence Caillet, Philippe Descola), j’ai souhaité, dès les années de fondation, faire entendre, ainsi que je l’ai déjà dit, la voix sourde du peuple dont la parole, trop souvent dans l’histoire, a été comme confisquée ou étouffée dans des collections de folklore. Je me suis, à cet égard, voulu explorateur de terres inconnues qui ont inspiré les plus humbles, les accompagnant avec respect et patience pendant parfois plus de dix ans. Le passage de l’oral à l’écrit est malaisé… Et j’ai eu le bonheur d’y entendre certains cris et voix exceptionnels, qui en entrant dans Terre  Humaine, ont boulversé l’opinion. Il en a été ainsi des témoignages de Margit Gari, la paysanne hongroise d’une si grande ferveur chrétienne, de Jean Recher, le capitaine de pêche morutière dans les mers froides, de Toinou, le fils d’un paysan auvergnat, de Bernard Alexandre, curé de campagne normand, d’Adélaïde Blasquez (la vie d’un artisan serrurier), d’Augustin Viseux, mineur de fond, de l’industrielle japonaise, fille de cultivateurs, Madame Yamazaki ; la voix d’une paria tamoul et les Mémoires d’un meunier du Languedoc. Tous ces livres sont les amers d’une histoire patrimoniale, particulièrement de la France, et ils seront à jamais des classiques. Parmi ceux-ci, Pierre Jakez Hélias a écrit, c’est ma conviction, un livre précurseur de l’ethnologie française. Pierre Jakez Hélias est le miracle rare. Tapi dans son lit clos de Breton bigouden, il a entendu son grand-père Alain Le Goff, le conteur des brumes et rêves celtiques. Un pied dans les deux cultures, bretonne et française, Hélias a écrit, en 1975, à ma requête, cette autobiographie inoubliable, Le Cheval d’orgueil, qui a remué toute la France, celle-ci retrouvant ses racines dans un éveil régionaliste.

Hélias symbolise ce que tout ethnologue souhaite ou devrait souhaiter : qu’il soit remplacé ou accompagné par le peuple lui-même, devenu ethnographe de sa propre histoire, et au moment même, temps très court, où il vit les deux cultures vivantes en interfaces.

Jean Malaurie

ARCHIVE – « Résister »

Trois mille soldats de l’ombre, cent postes émetteurs, une liaison aérienne tous les mois avec Londres, l’Arche de Noé a sans doute été le plus important réseau de renseignement de la guerre à l’Ouest. Marie-Madeleine Fourcade, qui l’a dirigé, était présidente du Comité d’Action de la Résistance. Jean Malaurie, connaissant son attachement pour Terre Humaine l’a interviewé pour le bulletin Terre Humaine n°7 publié en 1983.

Jean Malaurie : Jean Moulin était le chef de la Résistance française. Il incarnait la volonté de quelques-uns de ne jamais céder devant l’occupant. Pouvez-vous me dire votre sentiment sur ce procès tardif de Klaus Barbie, l’officier SS tortionnaire, le « boucher » de Lyon ?

Marie-Madeleine Fourcade : C’est le Général de Gaulle qui était le chef de la Résistance. Jean Moulin était chargé de coordonner les différents groupes de résistants, jusqu’alors très divisés. Il a été arrêté avant d’avoir pu achever sa mission. Dès que le Comité d’Action de la Résistance que je préside [mai 1983] a connu la présence en Bolivie de Klaus Barbie, nous avons demandé son extradition. Elle nous a toujours été refusée. Ce procès historique pourrait être l’occasion d’apprendre aux jeunes Français nés après la guerre le combat de la Résistance dont, pour la plupart, ils ignorent tout. L’enseignement est particulièrement déficient à cet égard, à l’école primaire, au lycée et en faculté. Ce procès sera, peut-être, une leçon pour la jeunesse de France qui prendra enfin conscience de ce qu’elle a évité grâce au sacrifice de ses aînés. Malheureusement, de grosses difficultés juridiques se font jour, dont la moindre n’est pas la prescription des crimes de guerre ; pourrons-nous en venir à bout ?

J.M. : Pourriez-vous me donner votre définition du nazisme ?

M.-M.F. : Le nazisme est un régime de mensonge, de faussaires et d’assassins. Les nazis ont commencé par mentir avec l’incendie fabriqué du Reichtag leur permettant de frapper d’interdiction les partis qui leur étaient opposés, et ce, au nom du salut national ! La déclaration de guerre à la Pologne, par laquelle a débuté la Seconde Guerre mondiale, est le résultat d’une odieuse mise en scène : l’agression simulée de « faux polonais ».
Les nazis ont été jusqu’à voler le travail des concentrationnaires qu’ils vouaient à la mort, après les avoir odieusement exploités. Si le procès est bien conduit, un univers de perversion et d’horreur sera, par la voix d’un tribunal français, révélé solennellement à la nation.

J.M. : Qu’appelez-vous « Résistance » ? La Résistance paraît devoir se limiter à une période de notre histoire très précise. Pourriez-vous nous dire quelle valeur ce mot a pour notre génération ?

M.-M.F. : La Résistance a eu plusieurs aspects. Après une guerre sans objectif, le but essentiel était le rejet de l’occupant.
C’est après la défaite, en me battant contre l’ennemi, que j’ai appris avec mes camarades à mépriser le nazisme.
De nos jours, résister demeure à jamais nécessaire. Une fracture tellurique est en voie de séparer la planète en différentes îles.  Résister ? Voyez donc la Pologne, le Sud-Est asiatique et le dramatique Cambodge, l’Amérique centrale et du Sud, l’Afghanistan et le Liban… L’espace de liberté ne cesse de rétrécir. Nous autres, Français, lorsque nous avons été occupés en 1940, nos mouvements de résistance ont été aussitôt puissamment aidés par l’Angleterre. A part la vertueuse et stérile indignation des journaux, des politiciens, de l’O.N.U., on ne fait rien, vraiment rien, pour aider les peuples opprimés, et je songe toujours au mot de Soljenitsyne : « J’ai quitté un système où on ne peut rien dire pour un système où on ne peut tout dire, mais où ça ne sert à rien. »
J’ai la conviction que la collection Terre Humaine, que j’admire profondément, est dans le droit fil du combat que j’ai commencé en 1940 ; je le répète : dans le droit fil. Par ses témoignages qui, pour la plupart, sont des constats, par sa volonté permanente de prise de consciences, en toute liberté, à l’écart de toute idéologie, elle suscite un état d’esprit conduisant inéluctablement à un engagement, et par là même à la résistance.
Je pense à des livres comme Les Veines ouvertes de l’Amérique latine de Galeano, Ishi de Kroeber, Fanshen de Hinton, Les Derniers Rois de Thulé de vous-même, l’admirable Louons maintenant les grands hommes d’Agee, et à tant d’autres qui sont des instruments de combat pour la défense des minorités contre le mépris et l’injustice.
C’est par l’esprit, en particulier par le livre, que la volonté de résistance à l’oppression s’avive et se perpétue. Les écrivains de Terre Humaine sont, à mon sens, en Europe parmi ceux qui en assurent le mieux l’émergence. La pensée écrite fraie, partout où elle est entendue, les chemins de la vérité. Celle-ci finit toujours par s’imposer. Reste à nous d’en rapprocher le temps.

J.M. : Vous avez été le chef d’un des réseaux les plus redoutés par la Gestapo. Considérez-vous que le fait de résister autorise n’importe quelle action ? Je songe à certains combats récents de guérilleros et à des actions désespérées d’éternelles victimes d’armées régulières au service d’ordres souvent inacceptables.

M.-M.F. : La résistance ne s’honore que si elle procède à des exécutions légales. En tant que chef de mouvement, j’ai toujours refusé d’employer des moyens déloyaux pour faire parler d’adversaire. Je me suis opposée à faire assassiner par nos agents des traîtres tel Darlan. J’en ai eu pourtant, à plusieurs reprises, les moyens. Je suis convaincue qu’il est , dans l’histoire d’une nation, une justice immanente. Le résistant ne doit pas être un assassin. On ne peut se battre contre un ennemi en se conformant à l’indignité de ses moyens. Ce serait pervertir l’idée pour laquelle on se mobilise. Les tortures, l’enlèvement d’otages, le détournement d’avions, sont des procédés avilissants. A agir selon la loi du milieu, je ne verrai plus de différence entre le sens de notre combat et celui de ceux auxquels on s’oppose. Je préfère perdre l’efficacité à court terme que d’oublier le sens de ce qui nous anime contre des dévoyés de l’esprit. Dans une guerre idéologique, il n’est pas de pire attitude que de faire perdre leur honneur à cette poignée d’hommes – les éternels cinq pour cent de l’histoire  – qui fait basculer le destin.

Terre Humaine – Terre de liberté

« Une exceptionnelle entreprise libertaire », souligne Michel Ragon. Cette Terre Humaine, indépendante de tout pouvoir, s’est tenue à l’écart des idéologies quelles qu’elles fussent ; leur intolérance les a conduites à des impasses ou à des folies. A quoi sert l’intelligence ? On peut raisonnablement se poser la question. Pendant la dernière guerre, si obligatoire, contre le nazisme, certains des esprits les plus brillants de notre génération ont été des compagnons de route du fascisme, à un titre ou à un autre : Martin Heidegger, le Prix Nobel norvégien Knut Hamsun, le grand explorateur suédois Sven Hedin, le si secret Drieu La Rochelle, le grand physicien Georges Claude. J’ai vécu l’immédiat après-guerre alors que j’étais étudiant à la Sorbonne. J’ai pris en horreur les violences des intellectuels staliniens. Comment oublier les compagnons de route d’idées, totalitaires dont les horreurs si longtemps niées, voire masquées, bien que dénoncées depuis 1920 par Boris Souvarine, Panaït Istrati, Victor Serge, n’ont été révélées au monde que par le rapport Khrouchtchev. En créant Terre Humaine, j’avais dans le cœur la haine du nazisme, combattu pendant la guerre ; mais je n’ai jamais beaucoup apprécié la prudence de certains intellectuels vis-à-vis du stalinisme, tout en étant convaincu que beaucoup ont été entraînés dans cette utopie meurtrière par une générosité naturelle. Il n’est que de relire les documents du près Kravchenko, auteur de J’ai choisi la liberté. Kravchenko, assisté de maître Georges Izard, était vraiment bien seul face à la meute : le silence des intellectuels français était assourdissant. Or l’affaire Kravchenko annonce Soljenitsyne ; elle entrouvre les premières failles du système. L’esprit démocratique ? Il devrait toujours se traduire par le respect absolu de toute expression de pensée. Ecouter l’autre. Il est si difficile à vivre dans notre pays de castes, de passions et de guerres civiles. Noam Chomsky, le grand linguiste américain, rappelle avec courage ce devoir élémentaire dans la patrie des droits de l’homme. Mais le terrorisme intellectuel est de toutes les époques. Et il n’a pas cessé ; le plus souvent moralisateurs, les petits maîtres cherchent à tétaniser les consciences. en recouvrant aux voies habituelles : admonestation , criminalisation de l’adversaire, comme dans les procès d’inquisition, puis exclusion, mise à l’index. « Il est deux monstres qui désolent la terre : l’intolérance et la calomnie. Je les combattrai jusqu’à la mort », rappelait Voltaire.

Dans une période de notre histoire nationale où les violences verbales et physiques restent extrêmes, il paraît extraordinaire de penser à l’autorité que s’est acquise Terre Humaine. Pour ou contre l’URSS et le parti communiste ! pour ou contre l’existentialisme et le structuralisme ! Algérie française ou indépendance ! Maoïsme, Mai 68, intégrisme, pour l’Europe ou la patrie, la mosquée ou non dans la ville ! Terre Humaine, dans un respect unanime, a poursuivi sa route comme un vaisseau de haut bord. A l’occasion des 40 ans de la collection (1994), tous les partis et leurs organes de presse, de Rouge et de L’Humanité, d’Alain Krivine et Roland Leroy, à Pierre Chaunu et au Figaro-Magazine, les éditorialistes ont salué l’indépendance et la hauteur de ce mouvement de pensée. Aujourd’hui encore, c’est réellement réconfortant que les hommes les plus engagés respectent cet îlot de liberté que représente Terre Humaine.

Résolument libre, j’ai choisi de publier en pleine guerre d’Algérie le témoignage de mon collègue américaniste Jacques Soustelle. Parce qu’il était attaqué – un intellectuel choisissant une cause perdue, c’est si rare – et bien que je n’aie jamais partagé ses idées sur l’avenir de l’Algérie. Mais il était alors pourchassé par la police française de De Gaulle, honni par toute la gauche, menacé d’ostracisme à l’université. J’étais présent à ce Conseil aux Hautes Etudes, où Fernand Braudel, président harcelé par certains collègues, s’est livré avec violence contre cet esprit d’exclusion, ce tribunal populaire, risquant de ruiner à jamais notre institution. Soustelle – peut-être l’a-t-on oublié – est un des fondateurs du Musée de l’Homme, et un des premiers Français à avoir rompu, de par sa volonté de « faire du terrain », de vivre avec l’indigène, avec cette tradition française du XIXème et du début du XXème de la sociologie en chambre. N’étaient pas si nombreux ceux qui, àl’époque, par-delà les combats politiques, ont rendu hommage au maître des civilisations aztèques et mayas, à l’ethnologue des Lacandons.

Pour d’autres raisons, qui ont un rapport étroit avec la liberté de penser et de témoigner, je n’ai pas hésité à publier Les Iks, de Colin Turnbull, si bassement attaqué par ses pairs ; Turnbull, je ne l’ai jamais rencontré ; je suis fier d’avoir assuré sa défense en le publiant. Si la cruauté du rapport du Turnbull sur ce peuple affamé peut choquer, il n’empêche qu’il faut lui rendre grâces d’avoir osé regarder la vérité en face – la mort lente, physique, d’un peuple – et d’avoir osé la rapporter dans son atroce nudité. 

Eduardo Galeano, mystérieusement oublié par l’édition française, alors même que Les Veines ouvertes de l’Amérique latine est « le » dossier pour comprendre l’histoire si malheureuse de l’Amérique du Sud, livre superbe par sa précision, sa passion et la générosité de son style.

Dans le même esprit, fut publié Fanshen, du maoïste William Hinton ; le seul ouvrage permettant de saisir de l’intérieur la savante et systématique prise de pouvoir d’un village chinois par le Parti. C’est sans doute cette liberté d’esprit qui a encouragé la province de France des dominicains de demander à Terre Humaine de publier en coédition avec les éditions du Cerf un des réquisitoires les plus sévères sur la Curie romaine, dossier établi par un de nos grands ordres monastiques : Quand Rome condamne, c’est l’affaire des prêtres-ouvriers. L’interdiction par Pie XII de cette mission ouvrière est l’expression de la crise profonde que vit l’Eglise, dans un Occident si déchristianisé qu’il en a perdu conscience. Le mouvement des prêtres-ouvriers avec cette condamnation romaine est, comme l’écrivait avant Vatican II le Père Chenu, le célèbre théologien : « L’événement religieux le plus important depuis la Révolution française. »

René Dumont, un des auteurs phares de la collection. Tel Zola, armé de ses écrits, il interpelle la Banque Mondiale et le FMI ; il dénonce l’injustice des faux progrès qui enfoncent le Tiers Monde dans le malheur, pour le bénéfice des nations industrielles.

Terre Humaine, en vérité, oasis de liberté où des personnalités de tous bords peuvent s’exprimer dans le respect de chacun. Je profite de ces quelques lignes pour dire combien je rends grâces aux auteurs – Dieu sait s’ils sont de tendance diverses – pour n’avoir jamais émis, malgré des engagements opposés, le regret de côtoyer dans un même combat tel ou tel auteur, collègue ou écrivain.

Jean Malaurie

Voeux 2018

J’adresse tous mes vœux à celles et ceux qui me font l’amitié et l’honneur de suivre mon blog internet toujours plus fréquenté. Ces vœux sont de vigilance intellectuelle et spirituelle dans les temps de crise technique et morale que nous affrontons. Avec un esprit animiste que nous ont enseigné les Inuits, soyons ambitieux et prudents.

Je salue particulièrement trois organismes avec qui je coopère régulièrement :

  • L’Académie Polaire d’État dont je suis le fondateur à Saint Pétersbourg qui a l’ambition de former,  par des Master d’écologie, l’élite des 26 peuples nord-sibériens ;
  • La prestigieuse Université d’Hydrométéorologie de Saint Pétersbourg qui m’a nommé en 2017 Président d’honneur, et qui dans un futur grand bâtiment – Centre arctique franco-russe sous le patronage des Pr. Tchilingarov et Malaurie – formera une nouvelle « génération numérique autochtone » de l’Arctique ;
  • Et l’Uummannaq Polar Institut fondé sur la côte ouest du Groenland avec le Prince Albert II de Monaco, ainsi que le célèbre explorateur géographe russe, mon ami le Pr. Arthur Nikolaïevitch Tchilingarov.

Bonne année !

Et j’oserai vous dire en langue inuit de Thulé : JUTDLIMI PIVDLUARIT !

Inuits 1951 – Photo de Jean Malaurie

Jean MALAURIE