Nouvelle édition revue et augmentée de la Lettre à un Inuit de 2022

Le 9 mai 2019, paraitra l’édition de poche revue et augmentée de 80 pages inédites  de la « Lettre à un Inuit de 2022 » du Professeur Jean MALAURIE (éditions Hachette Pluriel Référence, 272 pages).

Le chroniqueur Mimiche, du site internet ActuLitté.com écrit à ce sujet
Jean Malaurie : Peuples du Grand Nord, résistez-nous

Cet immense spécialiste mondialement reconnu pour avoir œuvré sa vie durant dans les espaces gelés du Grand Nord (aussi bien que dans le Sahara d’ailleurs), qui a contribué à alerter le monde sur la fragilité de ces espaces extrêmes, veut lancer une nouvelle fois un cri d’alarme non pas seulement pour la sauvegarde de ces territoires fragiles mais pour celle d’une culture en risque majeur de disparition.

Comme tant d’autres peuples, les Inuits sont effectivement menacés par les agressions multiples dont ils sont les victimes.

Ils ne sont pas un peuple qui, comme les Sentinelles sur leur île isolée et sans intérêt stratégique ou économique encore identifié, serait protégé de la voracité imbécile et abominable des puissants de ce monde fou.

Car le Groenland (terre Inuit majeure en tentative d’autonomie politique notamment au regard de leur dépendance tutélaire ancienne vis-à-vis du Danemark) est un lieu de convergence des convoitises extra-nationales. Notamment du fait de l’identification d’immenses réserves d’hydrocarbures que les engagements récurrents de réduction de l’utilisation (COPs diverses) n’empêchent pas les multinationales de prospecter et d’en préparer l’exploitation.

Surtout depuis que le réchauffement climatique rend moins périlleux cette exploitation en ouvrant le « passage du Nord ».

Le Groenland est aussi au point focal des intérêts géostratégiques entre l’Est et l’Ouest même si le schéma a changé de nom depuis la chute du mur de Berlin et du bloc communiste.

Que peuvent être les résistances de moins de soixante mille groenlandais (qu’ils soient Inuits, Danois ou autres) quand les Américains installent une monstrueuse base militaire nucléarisée sur leur sol sans se préoccuper de l’aval de quiconque sauf du leur ?

D’ailleurs qui a bougé une oreille lors de la dernière crise de Crimée ?

Il a raison Jean Malaurie d’inviter la jeunesse Inuit à prendre en main son avenir politique. Et son avenir culturel qui ne doit pas tirer un trait sur des millénaires d’animisme au bénéfice d’un matérialisme mortifère monothéiste indifférencié. Sans pour autant écarter toute idée de progrès.

J’aime bien la part belle qu’il accorde à cette culture animiste (une parmi tant d’autres pourtant) en grand danger de déshérence. Elle fait écho, pour moi, au livre extraordinaire d’Eric de Rosny (Les yeux de ma chèvre, d’ailleurs paru dans la collection « Terres Humaines » créée par Jean Malaurie et qu’il avait inaugurée avec Les derniers rois de Thulé) où un missionnaire jésuite s’engageait dans une intimation par des guérisseurs africains, ceux « qui soignent dans la nuit ». La même sensibilité à fleur de peau vis-à-vis d’une relation extra-ordinaire au monde vivant dans une acceptation, une connaissance et une reconnaissance profonde de celui-ci.

Même écho, sur un autre plan, politique cette fois, avec la Lettre ouverte aux Français d’un Occitan  (Robert Laffont, 1973, Editions Albin Michel) qui dénonçait (déjà !) la machine à broyer les cultures et à fabriquer l’uniformité dans le cursus scolaire d’une France oubliant trop facilement les épisodes d’une histoire culturelle multiple qui ne lui convenait pas.

Où est l’Occitanie aujourd’hui ? Amis Inuits, il serait catastrophique que, à votre tour, dans cinquante ans, vous vous posiez la même question à propos de votre culture.

Amplifié encore aujourd’hui par les effets sans cesse plus visibles du réchauffement climatique, le cri d’alarme de Jean Malaurie doit résonner, être multiplié, démultiplié, transmis, universalisé pour toutes ces cultures en stress d’assimilation car « (…) dans nos folies dominées par des mécanismes financiers hors contrôle qui nous préparent (…) un monde vassalisé (…) nous avons besoin d’une résistance ».

Cette résistance que nous avons du mal à trouver chez nous, peut-elle encore venir de là ?

Quoi qu’il en soit, il est nécessaire de prolonger l’alerte de Jean Malaurie et de la faire prospérer pour contribuer à sauver notre avenir.

Mimiche, Chroniqueur ActuLitté

Revue de culture générale l’éléphant n°26 – LE GRAND TÉMOIN : Jean Malaurie

Explorateur, géomorphologue, anthropologue, Jean Malaurie est un homme du grand Nord. Ses premiers pas l’y ont porté en 1948 et il a réalisé pas moins de 31 missions arctiques, du Groenland à la Sibérie, notamment pour étudier la géologie, et établir une cartographie. Nous lui devons le premier témoignage de rencontres avec les Inuits. Le 29 mai 1951, il est le premier homme, avec l’Inuit Kutsikitsoq à avoir atteint le pôle géomagnétique Nord en 2 traineaux à chien. Directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales, il a fondé la collection Terre Humaine aux éditions Plon en 1955. Auteur de nombreux livres (*), son dernier ouvrage s’intitule Oser, résister (CNRS Editions).

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Vous dites, dans Les Derniers Rois de Thulé (1955), que « la banquise se forme, le groupe prend tout son sens ». Cette communauté, vous la décrivez comme vivant dans une sorte d’« anarcho-communalisme ». Pourquoi employer ce terme ?

Ce que je recherche, ce n’est pas seulement l’anarcho-communalisme. S’il n’y a pas cette structure, l’homme n’est qu’une brute dont vous n’avez pas idée (violence, sexualité). Mon grand prédécesseur, Knud Rasmussen, l’a décrit. Ce cadre, c’est ce que j’ai vécu. Rien n’est écrit, tout est dans une relation du rire, car c’est une société qui se veut joyeuse, qui oppose le rire de la dérision au drame. Il n’y a qu’une sanction : l’ostracisme. L’Inuit ressent les invisibles, il est en consonance, grâce à ses cinq sens exacerbés, avec l’air, la glace ; il ressent des forces qu’il ne distingue pas puisqu’elles sont invisibles, mais qu’il perçoit. C’est une approche ultrasensorielle, qui lui rend supportable le chaman – car le chaman, lors des séances de transe, part à la recherche des causes du mal qui va et vient. C’est un moment où tout le monde est serré dans une igloo, et soudain l’esprit du chaman s’en va par un trou du toit et va consulter les invisibles, dont le siège est la lune ; il va consulter une sorte de Nations unies des Inuits… S’il a une réponse qui s’avère utile, on continue à le suivre. S’il se trompe, on le tue.

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Quel est ce rôle que le chaman Uutaaq avait pressenti que vous alliez jouer ?

Le chaman Uutaaq ne s’est pas trompé : je vais jouer un rôle capital pour eux le 18 juin 1951. Sur son ordre, je vais à la rencontre du général américain commandant la base de Thulé pour lui dire : « Go home ! » Visiblement, les Inuits ont été trahis par Copenhague, qui a autorisé l’implantation d’une base aérienne odieuse au cœur du Groenland. Elle leur fait perdre leur indépendance sacrée sans les consulter. C’est à ce moment-là que j’ai compris le colonialisme des grandes démocraties. Je me suis isolé, et cela a été un des grands moments de ma vie. Il y a là un mystère. Moi-même, je suis là, venu un an plus tôt que ce qui était prévu par le CNRS… J’ai donc une mission. Je rentre à Paris, convaincu que je dois faire un livre pour dénoncer ce qui se passe. Ce sera Les Derniers Rois de Thulé, et c’est pour cela que j’ai créé la collectionTerre Humaine, comme un cri de ces peuples autochtones dont, tous les quinze jours, l’un d’entre eux disparaît dans l’indifférence générale.

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Propos recueillis par Jean-Paul Arif et Etienne Augris

Retrouvez l’intégralité de l’entretien en kiosque – la revue de culture générale l’éléphant n°26 – Avril 2019

 

Retrouvez une double page consacrée au Professeur Malaurie dans le journal Charlie Hebdo n°1392 – 27 mars 2019

[EXTRAIT : journal Charlie Hebdo n°1392 - 27 mars 2019]

Jean Malaurie est un monument. Explorateur du pôle Nord dans les années 1950 et fondateur de la célèbre collection Terre Humaine, il a aujourd’hui 96 ans, et vient de publier un ouvrage de plus de 700 pages sur ses recherches en Arctique. Son message pour la sauvegarde des peuples traditionnels est plus que jamais d’actualité.

On n’a pas tous les jours l’occasion d’être en face d’un homme de 96 ans qui imite le hurlement du chien dans un salon parisien. Surtout quand cet homme s’appelle Jean Malaurie : 31 expéditions (le plus souvent en solitaire) au Pôle Nord, ce n’est pas rien.

[…] retrouvez l’intégralité de l’interview dans le journal Charlie Hebdo n°1392 pages 8-9

par Antonio Fischetti

Extrait de la double-page consacrée au Professeur Jean Malaurie – 27 mars 2019 / n°1392 CHARLIE HEBDO – page 9

Prix Jean Malaurie – Festival du film canadien

Vendredi 29 mars dernier, dans le cadre du Festival du Film Canadien de Dieppe, a été organisée une Cérémonie en mon honneur en présence de Son Excellence Madame Isabelle HUDON, Ambassadrice du Canada.

Isabelle HUDON, Ambassadrice du Canada en France, et Professeur Jean MALAURIE – copyright Brice Menou

Lors de cette cérémonie, j’ai remis personnellement le nouveau « Prix Jean Malaurie » à Lucy Tulugarjuk, réalisatrice inuite originaire d’Igloolik (Nunavut), pour son très beau film « Tia and Piujuq ».

Lucy Tulugarjuk, réalisatrice, actrice canadienne inuite et chanteuse de gorge, récompensée par le Professeur Jean Malaurie – copyright Brice Menou

« Tia and Piujuq » (film) : Tia est une petite Syrienne de 10 ans, qui vient d’arriver à Montréal avec ses parents. Elle passe son premier été à donner un coup de main à son oncle, épicier d’un quartier multi-ethnique. En flânant dans la ruelle située en arrière du magasin, Tia découvre une porte magique qui la transporte immédiatement en plein coeur de la toundra arctique. Là, elle fait la connaissance de la petite Piujuq, avec qui elle devient amie et qui l’initie aux mystères de ses croyances ancestrales

Lucy Tulugarjuk recevant le Prix Jean Malaurie des mains du Professeur – copyright Brice Menou

Ce « Prix Jean Malaurie » doit, chaque année, valoriser et récompenser la pensée autochtone amérindienne ou inuit canadienne dans le cadre de leurs œuvres cinématographiques d’un réalisateur ou d’une réalisatrice de Nunavut, de Nunavik, du Yukon, du Labrador ou tout espace canadien habité par un peuple racine.

Cérémonie d’honneur Jean Malaurie en présence de Son Excellence Madame Isabelle Hudon, Ambassadrice du Canada ; Monsieur le sous-Préfet, Jehan-Eric Winckler ; Monsieur le Député, Sébastien Jumel ; Madame la Sénatrice et Présidente de la commission éducation et culture au Sénat, Catherine Morin-Désailly ; Monsieur le Vice-Président du Département de la Seine-Maritime, André Gautier ; et Monsieur le Maire de Dieppe, Nicolas Langlois – copyright Brice Menou

 

« Arctica – Oeuvres II : Tchoukotka 1990 – De Lénine à la Pérestroïka » vient de paraitre !

Ce volume, second de la série Arctica consacrée aux travaux de recherche de Jean Malaurie, se propose de réfléchir sur l’histoire et les conséquences de la mise en oeuvre d’une politique d’autonomie des peuples autochtones en Sibérie du Nord, depuis Lénine et Staline jusqu’à la Pérestroïka de Mikhaïl Gorbatchev.

Arctica – Oeuvres II Tchoukotka 1990 – De Lénine à la Pérestroïka (CNRS Editions. mars 2019)

Ce volume, second de la série Arctica consacrée aux travaux de recherche de Jean Malaurie, se propose de réfléchir sur l’histoire et les conséquences de la mise en oeuvre d’une politique d’autonomie des peuples autochtones en Sibérie du Nord, depuis Lénine et Staline jusqu’à la Pérestroïka de Mikhaïl Gorbatchev.

Il s’appuie sur les travaux de la mission historique Tchoukotka 1990 conduite sous la direction scientifique de Jean Malaurie, première expédition franco-soviétique entreprise dans ce berceau de la civilisation esquimaude.

Est ainsi dressé un état objectif de la situation en Tchoukotka en 1990, à la veille de la dissolution de l’Union soviétique, grâce à sept rapports d’expédition inédits – conditions sanitaires, diagnostic économique, bilan éducatif et psychologique (45 tests de Rorschach, Machover et Düss), politique culturelle et artistique – enrichis de compléments de recherche et d’articles thématiques : histoire, archéologie, mythologie. Le chamanisme fait l’objet d’une attention particulière avec l’exploration du site majeur de l’Allée des baleines, véritable Stonehenge sibérien du XIVe siècle.

Carte de l’entrée de Norton et du détroit de Béring, par M. Bonne, ingénieur hydrographe de la Marine, fin XVIII siècle.

L’Académie polaire d’État à Saint-Pétersbourg, unique institution visant à favoriser l’émergence d’élites boréales, est la conclusion de cette expédition. Appuyé par les présidents Boris Eltsine et Jacques Chirac, Jean Malaurie l’a fondée et en est le président d’honneur à vie. La dernière partie de cet ouvrage en retrace l’évolution, de sa genèse à nos jours, avec une nouvelle étape en cours : la création à Saint-Pétersbourg du Centre arctique franco-russe Arthur Tchilingarov – Jean Malaurie.

Leningrad, 4 août 1990. Départ de l’expédition franco-soviétique Tchoukotka 1990 avec ses quinze membres (scientifiques et techniciens) et l’équipage de l’avion spécialement affrété. Jean Malaurie est au deuxième rang, troisième personnes à partir de la gauche sur la photographie. Copyright Henri Bancaud

La Sibérie du Nord, depuis la fin de la Pérestroïka, vit une crise profonde. La culture autochtone en Tchoukotka est menacée de disparition : dislocation des structures sociales, perte de la langue, alcoolisme, violence. À ce titre, cet ouvrage collectif, qui rassemble trente-huit auteurs français, russes, belges et américains à travers cinquante-neuf articles (inédits et rééditions), constitue un chapitre essentiel pour comprendre ce qu’était l’Union soviétique, sa volonté et sa politique d’autonomie autochtone.

La défense des intérêts sacrés des peuples racine est un enjeu contemporain pour le peuple russe, comme pour l’ensemble de l’humanité.