Le grand Jean Malaurie est au cœur d’une somptueuse BD de Makyo et Bihel : « Malaurie, l’appel de Thulé »

De sa rencontre à la fin des années 40 avec les Inuits, naît un profond respect pour leur culture et leur approche de la spiritualité. Avec cette biographie dessinée, les auteurs expriment avec force le plaidoyer de Malaurie pour la sauvegarde d’un peuple dont la disparition pourrait préfigurer la notre.

https://www.franceinter.fr/emissions/l-humeur-vagabonde/l-humeur-vagabonde-22-fevrier-2020

Jean Malaurie, ethno-historien, géographe spécialisé en géomorphologie et écrivain. © AFP / PHILIPPE MATSAS / OPALE / LEEMAGE

À 98 ans le géographe Jean Malaurie est loin d’avoir baissé les bras, infatigable lanceur d’alerte sur l’état de la planète et la nécessité de préserver le Groenland et les pôles de l’avidité des hommes blancs, cet explorateur intrépide est un trésor national comme dirait les Japonais.

En 1955 , la parution de son premier livre sur les Derniers rois de Thulé a marqué la création de la magnifique collection Terre humaine qu’il voulait ouverte aux  minorités et aux récits  de vie du monde entier et dans laquelle depuis, les plus grands savants et intellectuels s’honorent  d’être publiés

Aujourd’hui Malaurie est le héros d’une  passionnante bande dessinée signée  Pierre Makyo et Frédéric Bihel  publiée chez Delcourt, c’est le récit précisément documenté par l’explorateur lui-même de son premier séjour chez les populations du Nord Groenland durant une année en 1950 et  1951;  Malaurie n’a alors que 28 ans ,il est seul sans matériel et ne parle pas la langue des Inuits.

Durant ce long et terrible premier hiver on le suit pas à pas dans ce qui apparaît comme une épreuve initiatique aboutissant à la renaissance d’un homme

Ce livre  Malaurie, l’appel de Thulé, par delà  les histoires incroyables d’un exploit hors norme , nous rappelle l’enjeu vital qui se joue dans cette terre, hélas, de moins en moins de glacée…

Hommage à Michel RAGON – auteur dans Terre Humaine

Salon du livre de Paris 2011

La grâce des Dieux Inuit m’a permis d’atteindre presque le centenaire dans cette longue marche vers ce haut lieu obscur de mon histoire. Hélas, j’ai à déplorer la disparition de nombre de mes amis et compagnons, tous combattant. Michel RAGON est décédé le 14 février dernier.

Né le 24 juin 1924 à Marseille, Michel RAGON est un écrivain attaché à la littérature prolétarienne et à l’histoire de l’anarchisme. Terre Humaine a perdu un de ses militants les plus proches, les plus brillants et aussi les plus fraternels. À l’occasion du 50ème anniversaire de la collection Terre Humaine à la Bibliothèque Nationale, et à l’Élysée lors de la réception du Président de la République Jacques CHIRAC, Michel RAGON a rappelé que Terre Humaine poursuivait le même combat que Charles PÉGUY n’a cessé de poursuivre avec les Cahiers de la Quinzaine contre l’Université et sa morgue dans la recherche de la pensée vraie, de la vérité en s’enfermant dans des structures et des modèles laïcs.

Né pauvre dans une famille vendéenne, Michel RAGON a connu la misère et a cherché à émerger grâce à la lecture. C’est en tant que bibliothécaire sur les quais de le Seine que je l’ai découvert. J’ai publié L’accent de ma mère (1989) dans la collection Terre Humaine. Mais à la vérité, j’aurais tant aimé publier la voix des humbles ou la mémoire des vaincus.

Paix à ce grand esprit indépendant ! Une des personnalités qui a marqué la génération de Mai 1968 ; mon ami Michel RAGON méritait les plus hautes distinctions et notamment les dignités les plus élevées dans l’ordre de la Légion d’honneur.

J’ai perdu un de mes frères.

Paix à son âme en recherche… comme pour chacun de nous.

Jean MALAURIE