Arctica 1 : Écosystème arctique en haute latitude

Écosystème arctique en haute latitude - CNRS éditions - Jean Malaurie 2016
Écosystème arctique en haute latitude – CNRS éditions – Jean Malaurie 2016

Il est un système d’équilibre des forces, une homéostasie de la Terre : Gaïa. Elle établit un ordre dans les éboulis du Grand Nord, dont les roches datent de l’Ordovicien. C’est une découverte majeure que Jean Malaurie va faire en jeune naturaliste lors de deux expéditions glaciologiques françaises sur l’inlandsis du Groenland (1948-1949), puis en solitaire (1950-1951) à Thulé, dans le nord-ouest du Groenland. Les éboulis ordoviciens de plus de 400 millions d’années ont une « personnalité géomorphologique ». Ainsi, pour appréhender l’évolution de la Terre, les changements de climats, il convient d’en étudier les différentes étapes : ce sera l’objet de sa thèse d’État en géographie physique.

Aux côtés des Inuit, Jean Malaurie, jeune apprenti méditant, est à l’écoute de leur « pensée sauvage ». Il découvre la place centrale que tiennent la pierre et son « esprit intime » dans leurs réflexions mythiques, écho de ses propres recherches géocryologiques. Débute alors un long questionnement sur la dialectique de l’environnement et du chamanisme dont cet ouvrage présente la genèse.

Ce premier tome d’une série de quatre volumes consacrés à ses travaux scientifiques rassemble les recherches fondamentales de Jean Malaurie en géomorphologie, géocryologie et cryopédologie. En géophilosophe – selon la formule de Gilles Deleuze –, l’auteur revient sur ses propres découvertes scientifiques. On découvre les prémisses d’une pensée bachelardienne, à la recherche des énergies vitales de la pierre, au fondement de la vie sur Terre. Formé par l’esprit de raison géographique, le chercheur s’attache aux forces obscures de l’inconscient, l’irrationnel, inspiré par le socle rocheux et son énergie.

Personnalité polaire majeure, Jean Malaurie est avant tout un scientifique, géomorphologue et géocryologue de formation. Il est à l’origine du Centre d’études arctiques [CNRS-EHESS], érigeant en combat précurseur l’interdisciplinarité entre sciences humaines et sciences naturelles, une éco-ethnologie. Directeur émérite au CNRS et à l’EHESS, ambassadeur de bonne volonté pour l’Arctique à l’Unesco, il est aussi le père fondateur d’une anthropologie réflexive au sein de la collection « Terre Humaine ». En naturaliste, loin des structures et des modèles, il déploie une pratique novatrice de l’anthropogéographie, solitaire et immergée. Défenseur des minorités boréales, il fonde l’Académie polaire d’État à Saint-Pétersbourg, unique école des cadres pour les jeunes élites autochtones nord-sibériennes dont il est le président d’honneur à vie. Il vient d’être nommé président d’honneur de l’université d’hydrométéorologie arctique d’État de Saint-Pétersbourg.

3 réflexions au sujet de « Arctica 1 : Écosystème arctique en haute latitude »

  1. Les travaux de Jean Malaurie ne s’inscrivent-ils pas dans la filiation de l’écologie humaine pratiquée par Max Sorre ?
    Les deux géographes cultivent cette appréhension totale de l’homme, dans ses dimensions mentale et naturelle.
    Cordialement,
    Théodore Sintomer

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    1. Vous avez mille fois raison cher Théodore Sintomer. Maximilien Sorre était un grand esprit, et je l’ai rencontré à diverses reprises, il m’avait demandé de venir chez lui pour exposer ce que j’avais perçu en tant que bio-géographe dans le Nord du Groenland. Si j’ai à m’exprimer sur ce site internet, je dirai que les grands géographes que j’ai connus ou lus, sont : Emmanuel de Martonne, « traité de géographie-physique » (ce fut le maître de Julien Gracq) ; Maximilien Sorre, « traité de bio-géographie » ; Pierre Teilhard de Chardin, « l’évolution créatrice » ; Edgar Suess, « La face de la Terre » ; et enfin le grand oublié, Gaston Roupnel, « Histoire de la campagne française » (collection Terre Humaine, 1974). La géographie dans les régions de hautes latitudes et dans les déserts tropicaux,est une éco-géographie, une éco-ethnologie, c’est ainsi que je les ai comprises.

      Jean Malaurie

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  2. Jean Malaurie dès les années Thulé avait eu la « prescience » de ce qui seront certains grands thèmes de la pensée contemporaine qui redonnent le primat au corps ,retrouvent une « écologie des sens »,une vision du cosmos .une vision de l’humain aussi, qui affirme que l’humain ne l’est vraiment qu’en relation étroite avec ce qu’il n’est pas.

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