Terre Humaine, les rendez-vous d’un témoignage, d’une pensée !

« Chaque parution de Terre Humaine est un évènement » (Pierre NORA – 1993)

Est-il, comme on l’a parfois dit, une unité de ton, un style Terre Humaine ? S’il en est ainsi, ce serait, d’abord, une hauteur, une volonté d’élargissement du regard, qui se retrouvent dans une qualité d’écriture, et obligent les auteurs à ne pas laisser aller à la complaisance.

Parlant au nom d’ethnies en péril de mort ou soumises à des spoliations répétées, ces livres, empreints de gravité, sont le plus souvent marqués du sceau de la douleur ou de l’indignation. Sans doute, le style correspond-il aux couvertures que j’ai souhaitées : sur fond noir, un regard qui interpelle. Les titres sont éloquents : Tristes Tropiques ; Les Derniers Rois de Thulé ; Afrique ambiguë ; Le Vinaigre et le fiel ; Vivre à corps perdu ; Le Quartier de la mort ; Liban déraciné ; Le Horsain ; Les Barrières de la solitude ; Ishi, testament du dernier Indien sauvage. Les auteurs sont personnellement concernés; voilà bien l’air de famille que relevait Michel Tournier : « Les auteurs acceptent de se compromettre avec leurs livres. »

« Je hais les voyages et les explorateurs », première phrase de Tristes Tropiques. Pour l’Afrique, j’accuse (René DUMONT). « La division internationale du travail : quelques pays se consacrent à gagner, d’autres à perdre… Pour que l’Amérique latine puisse renaître, il faudra qu’elle comme par renverser ses maîtres, pays par pays » (Eduardo GALEANO). Avec le curé ALEXANDRE (survivre en pays de Caux), Tewfik EL HAKIM  l’Egyptien, cette douleur est exprimée différemment, avec pudeur et humour. En écrivant pour Terre  Humaine l’admirable, Eté grec, Jacques LACARRIERE dit y avoir « éprouvé le sentiment d’être entré dans une grande famille, où le souci d’apprendre, écouter, témoigner, est la plus grande des exigences ».

« Terre Humaine, rien que des livres rares qui laissent dans la mémoire et la conscience une trace semblable à une coulée de lave », rappelle Bruno de CESSOLE. « La bouche d’ombre que la classe technocratique ou docte ignore », ajoute Jean-Maurice de MONTREMY.

En vérité, Terre Humaine n’est pas une collection comme les autres : ce n’est pas une « série » au sens anglo-saxon, mais une volonté collective une pensée engagée et multiple.

La critique des idées a déjà reconnu à cette collection la part évidente qu’elle a jouée et continue à jouer dans la vie intellectuelle française en sciences sociales. Des thèses sur ce courant d’idées ont été publiées dans les universités françaises et étrangères. A sa manière, sans théories affichées, en méandrisant titre après titre sur la banquise des idées, Terre Humaine a contourné les icebergs des idéologies intolérantes et des modes.

L’Europe peine à consolider ses fondations. On le dit. Mais sur le plan culturel, tout reste à faire. Le Channel qui nous sépare de nos amis Britanniques reste un Océan. Aux Etats-Unis, la vie intellectuelle très intense connaît l’Europe que des échos ou des auteurs stars. Dans l’édition nord-américaine (USA), les traductions du français ne constituent que 0,8% de la production.

Terre Humaine est une approche si originale et pionnière en sciences sociales que je souhaite ardemment que les plus grands titres de la collection puissent paraître à l’étranger dan une même série cohérente. Déjà Terra Umana est née à Milan. Dispersés, ces livre seraient quelque peu perdus. Cette tentative collective de prise de conscience pour construire un autre avenir perdrait singulièrement de sa cohérence.

Jean MALAURIE

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