OSHIMA IKAO, un japonais inspiré

Histoire fantastique d’Ikao Oshima, qui est arrivé à Siorapaluk (au Groeanland) dans les années 70 après avoir lu « les Derniers Rois de Thulé » de Jean Malaurie. En publiant deux missives de ce japonais, devenu son ami, dans le livre Ultima Thulé aux éditions du Chêne, Jean Malaurie a voulu mettre en avant ce personnage unique qui a parcouru plus de 8 000 km pour fonder une famille et vivre de la chasse et de la pêche.

Lettre Oshima Ikao à Jean Malaurie
Cela se passa voici quatorze ans, je crois. J’appartenais alors au groupe d’alpinisme de l’université Nippon (à Tokyo). Nous portions un vif intérêt aux régions arctiques et nous cherchions des documents concernant le nord du Groenland ; pour l’essentiel, nous disposions de vieux comptes rendus du National Geographic Magazine et par extraordinaire  j’ai découvert à Tokyo un livre d’occasion, publié en japonais dans les années 57, « les Derniers Rois de Thulé », de Jean Malaurie ; ce livre nous apporta des informations capitales et nouvelles.  Il parlait éloquemment des hommes qui peuplaient cette terre et éveilla en moi un attachement profond pour la région septentrionale de Thulé… Dix années ont passé depuis que je suis venu à Siorapaluk – le village du livre – et la lecture des « (Les) Derniers Rois de Thulé » demeurera pour moi un souvenir inoubliable.
Oshima Ikao, le 25 août 1982 à Qaanaaq.

Fax d’Oshima Ikao à Jean Malaurie
(adressée de Siorapaluk au Centre d’Études Arctiques)
Cher Professeur,
Aujourd’hui, nous commençons à avoir l’électricité, le téléphone, des voitures, des bateaux à moteur etc… Mais la vie dépend toujours de la chasse pour manger et avoir un revenu. Depuis que le marché de la peau de phoque s’est effondré, le revenu principal des Inuit change. Ils commencent à vendre viande et poisson dans le sud et à gagner de l’argent par le tourisme (métier de guide en traîneau à chiens, voyages en bateau…). […]
Pour aller à Qaanaaq, nous ne passerons plus par la base et ce contact du peuple inuit avec la base aura son terme. Mais maintenant les Inuit connaissent le danger de cette base. La pollution du plutonium se répand et les Inuit de Moriussaq sont dans une situation périlleuse. C’est ainsi. Nous aimons ce pays beaucoup, beaucoup et aimons notre vie de chasse dans cet environnement fantastique.
Avec les meilleures pensées de tous les Inuit de Siorapaluk.
Oshima Ikao, le 7 juillet 2000 à Siorapaluk.