Revue Reliefs – Entretien avec Jean Malaurie

Premier homme au pôle géomagnétique nord, géomorphologue ayant partagé le quotidien des populations Inuit, découvreur de l’Allée des Baleines, Jean Malaurie est ambassadeur de bonne volonté pour l’Arctique à l’Unesco, fondateur et président de l’Académie polaire d’État à Saint-Pétersbourg, Président d’honneur de l’institut d’hydro-météorologie arctique de Saint-Pétersbourg. Il revient pour Reliefs sur la longue histoire de l’exploration du pôle Nord et sur son propre parcours. Il raconte ainsi son expérience qui l’a mené de l’étude scientifique à la conscience politique et au questionnement sur le devenir des peuples polaires.

Revue RELIEF - R3 POLES - 19€ Reliefs Éditions
Revue RELIEF – R3 POLES – 19€ Reliefs Éditions

[EXTRAITS]

[…]

RELIEFS
L’avenir des peuples du nord : on connaît votre force d’engagement, pourquoi une telle énergie ?

Jean MALAURIE
Il se trouve que la vie est un destin. Pendant soixante ans, j’ai eu pour compagnons des hommes issus d’une civilisation héroïque ; hommes du froid. Je suis sans doute, un des derniers scientifiques à avoir vécu étroitement en hautes latitudes avec des hommes ayant connu la famine. Les préhistoriens spécialistes du paléolithique supérieur européen m’ont souvent dit : « Notez Tout, le moindre détail; c’est capital pour nous, archéologues qui n’avons pas le bénéfice de voir comment vivent les hommes de la préhistoire et comment fonctionne une société de période froide. » Par ailleurs, je ne vous cache pas qu’il y a une reconnaissance pour ces hommes et femmes qui m’ont aidés à faire émerger en moi, d’éducation chrétienne et rationaliste occidentale, une pensée animiste. Nous n’avons pas beaucoup de temps pour énoncer quelques détails de cette philosophie de vie. Je rappellerai que cette société a une structure politique : l’arnacho-communalisme. Elle est gérée de façon discrétionnaire par une élite de chasseurs, parmi lesquels se fait entendre le Chaman qui est un visionnaire des invisibles et des relations avec les forces de la nature. […]

RELIEFS
Quelle place restera-t-il pour les populations traditionnelles dans les temps à venir ?

Jean MALAURIE
Une place à l’image de celle qu’a réservé la COP 21 aux peuples premiers du monde entier : en dehors des discussions. Je regrette, qu’à la conférence de Paris, COP 21, l’Arctique n’est pas été à l’ordre du jour alors que c’est un foyer majeur dans le changement de climat. Les peuples autochtones circumpolaires, au nombre d’un million – Inuit, Amérindiens, Sames ou Lappons, 500 000 sibériens – n’ont pas été invités à donner leur avis sur ce changement radical de climat. Aucune population traditionnelle n’a pu simplement s’exprimer. Décidément, les hautes autorités n’ont pas compris le message de mon ami Claude Lévi-Strauss sur la complexité de la pensée sauvage, sur ces sociétés méconnues qui ne sont appréciées que dans les musées jugés « cimetière de culture. »

[…]

 

http://www.revuereliefs.fr

 

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