Histoire d’une naissance (2/2)

Fleuron de l’édition française – on le dit -, Terre Humaine a connu à la librairie Plon onze présidents-directeurs généraux. La fidélité à cette vieille et illustre maison est d’abord l’expression d’une confiance, bien que j’aie eu à diverses reprises à en convaincre ses autorités. Ce sont les oeuvres majeures qui constituent le fonds d’un groupe d’édition. Et c’est dans la rigueur qu’une vie éditoriale doit se dérouler. Un éditeur – noblesse oblige – doit investir dans le long terme. Plon, au fil des années et des vicissitudes de sa propre histoire, a reconnu, parfois spontanément, que Terre Humaine constituait un des atouts de son avenir.

Témoin d’une naissance, Michel Tournier, le célèbre auteur de Vendredi ou les Limbes du Pacifique, le rappelle dans une courte note écrite en 1978 : << C’était il y a vingt ans. Je hantais la maison Plon en qualité de lecteur et traducteur. Un titre inscrit au programme des nouveautés me frappa très vivement : Soleil Hopi de Don C. Talayesva. C’est que je venais de faire deux années d’anthropologie et d’ethnologie amérindienne ne soit pas édité en français où j’avais découvert ce grand témoignage d’un Indien Hopi, Sun Chief. Ce livre n’était pas édité en français. Grace à mon ami Jean Malaurie, c’était donc chose faite maintenant. Ce qui était mieux encore, c’était que la collection Terre Humaine venait de naître.
Terre Humaine avait un inventeur, un animateur, un inspirateur : Jean Malaurie. Je dirai presque : un inspiré.  « Il a un certain génie, murmuraient les gens raisonnables de la maison, mais il est fou. Sa collection est invendable. » Le fait est que, constamment attaquée et critiquée sous l’angle commercial, elle n’était défendue avec acharnement que par une certaine presse et un petit noyau de lecteurs indéfectibles.
Terre Humaine, qu’est-ce que c’est? C’est d’abord une direction, une ligne suivie par Jean Malaurie avec une rigueur inflexible. Comment définir cette ligne? Deux caractéristiques dans ses titres. D’abord l’authenticité. En est absente toute oeuvre dont l’auteur a voulu consciemment faire oeuvre littéraire. Si la beauté (
littéraire) y est présente en plus d’une page de chaque livre, c’est toujours involontairement, naïvement, spontanément. Ce n’est pas la beauté étudiée de la ballerine, c’est celle, sauvage, de la gazelle bondissante. Ensuite, une certaine façon pour laquelle les auteurs acceptent de se compromettre dans un livre…
Est-ce tout? Certes pas. A peine ces critères formulés, je vois bien qu’ils laissent échapper l’essentiel. Quel est donc l’essentiel? Impossible de le dire. Un air de famille… >>

terre-humaine

Je veux rendre tout à la fois hommage à Charles Orengo, directeur littéraire visionnaire aux éditions Plon qui a eu l’audace, malgré des résistances de son groupe d’édition, d’introduire Charles de Gaulle, auteur des Mémoires de guerre, chez Plon, alors qu’il continuait sa traversée du désert – on doutait de son avenir politique -, et qui m’a permis, en 1954, la création de Terre Humaine. Je rends hommage à Bernard de Fallois, qui a si intelligemment soutenu l’esprit singulier de la collection, dans les années 1975-1980.

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