« Nous sommes en train de ruiner la terre » le cri de douleur d’un humaniste

VALERIE MASSON-DELMOTTE, JEAN-PIERRE ELKABBACH, JEAN MALAURIE, HELENE VALADE ZHAO QI MENG ET JEROME BIGNON - ENREGISTREMENT DE L'EMISSION 'BIBLIOTHEQUE MEDICIS', SUR PUBLIC SENAT
Valérie Masson-Delmotte, Jean-Pierre Elkabbach, Jean Malaurie, Hélène Valade, Zhao Qi Meng et Jérome Bignon – ©Enregistrement de l’émission « Bibliothèque Médicis »sur Public Sénat

Que vaut la parole d’un Inuit face aux lobbys pétroliers ? Au moment où 170 pays sont réunis à Paris pour la Cop 21, Jean-Pierre Elkabbach reçoit dans son émission « Bibliothèque Médicis » Jean Malaurie, ethno-historien, géographe, physicien et écrivain connu pour ses nombreuses expéditions au pôle nord, premier homme au monde à avoir atteint le pôle géomagnétique Nord et établir la généalogie d’un groupe de plus de 300 Inuits.Il nous alerte, nous réveille, nous questionne sur l’ignorance dont nous faisons preuve à l’égard de ces peuples au plus proche de la nature, non représentés à la Cop 21 et qui subissent pourtant de plein fouet les effets du réchauffement climatique. 

 « Nous sommes habités depuis toujours par un esprit de supériorité qui nous fait dire que nous sommes des scientifiques, que nous sommes en avance, mais nous sommes en train de ruiner la terre. »

Jean Malaurie se définit comme contestataire, un défenseur de ces peuples non conviés aux réunions mondiales sur le climat et qui pourtant vivent au plus près des éléments, et de la nature.

Qu’ont à dire ceux qui sont en première ligne, les premiers touchés par la fonte des glaces et la montée des eaux ? A l’heure de la Cop 21 que pensent-ils ? Ce sont à ces questions que répond l’auteur de « Lettre à un Inuit de 2022 »,(éditions Fayard) ouvrage dans lequel il s’adresse à un Inuit et lui demande de se réveiller, de construire, d’incarner l’opposition au dérèglement climatique.

Le Groenland est l’endroit du monde où les effets du réchauffement climatique sont les plus visibles et s’il est un homme qui connait bien cet endroit c’est bien  Jean Malaurie, l’homme qui a donné un nom à celui qu’on appelait de façon péjorative « l’esquimau » est allé à la rencontre des Inuits qui habitent les zones glaciales et qui a vécu avec eux.

« Vivre avec les Inuits c’est vivre le changement climatique, l’inuit adapte sa vie au climat, change ses habitudes, modifie sa façon de manger, de dormir, de se reproduire […] ils avaient depuis longtemps connaissance du bouleversement que nous traversons, ce sont eux qu’il faudrait écouter. », poursuit Jean Malorie avant d’interroger « pourquoi ne sont ils pas consultés, ni même représentés ? ».

Jérôme Bignon sénateur (LR) de la Somme qui représente le Sénat à la Cop 21, reconnaît cette erreur, mais rappelle que la communauté internationale change peu à peu de paradigme et regarde les choses autrement, il souligne que la Cop 21 est probablement l’un des derniers moments de l’humanité où il est possible d’inverser la tendance.

Jean Malaurie reconnait les récents efforts et la volonté des 170 pays de se réunir pour trouver une solution commune mais regrette le traitement infligé aux Inuits depuis toujours que l’on a déculturé, auxquels on a voulu imposer notre pensée et notre progrès sans jamais s’intéresser au caractère sauvage de leur pensée, à la sagesse de leur mode de vie.

« Levis Strauss, » dit-il « nous a montré que la pensée sauvage, le savoir sauvage est une philosophie  […] Le savoir Inuit est actuel, sa sagesse est nécessaire, son chamanisme rend possible la vie sur terre, dans leur pensée profonde,  la nature a des lois imprescriptibles, les rompre provoquerait les pires des malheurs. C’est exactement ce que nous faisons. »

C’est ce progrès dont nous sommes si fiers que le géographe montre du doigt, il s’agit pour lui « progrès criminel » qui se fait au détriment de ces peuples et que c’est notre modèle de développement, source de tous nos maux, qui est à réinventer.

« Notre pensée sur le progrès n’a pas changée, il faut modifier notre attitude par rapport au progrès, il faut une révolution spirituelle […] Tous les quinze jours, une langue disparaît, et avec cette langue c’est une civilisation et notre intelligence d’homme que nous sommes en train de dilapider. »

Jean Malaurie combattant fidèle et pugnace aux côtés des Inuits dont la pensée est une « médiation contemplative », une philosophie de la nature à laquelle nous devrions nous laisser aller pour que les décisions à prendre deviennent évidentes.

S’il souhaite que la Cop21 débouche sur un accord universel et contraignant, il se méfie des décisions prises par ceux qui nous dirigent et des décisions scientifiques qui pourraient en découler.

« Je me méfie du terme scientifique car au dessus de la science, il y a la sagesse », avant de conclure que la sagesse vient  des hommes les plus simples et qu’un jour nous aurons besoin de cette intelligence.

Jonathan Benzacar

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