Histoire d’une naissance (1/2)

_20161022_144710Je me revois, en janvier 1954, au jardin du Luxembourg à Paris, dans le Quartier latin. J’ai demandé à ma femme de m’attendre un moment afin de passer chez Plon, dans la rue Garancière, toute proche… J’aurais pu penser à un autre éditeur, à Albin Michel dont la célèbre collection L’Evolution de l’humanité m’avait fasciné. Je me disais : voilà, il faut refaire terre « Evolution » d’une autre manière, telle que je la sens. Mais Gallimard, c’est trop ambitieux… Albin Michel : ils ne tenteront pas deux fois le même effort ou ne comprendront peut-être pas la singularité et l’ambition du projet. Ce jour-là, Plon était à deux pas. Cet éditeur me tentait. Dans une maison à l’illustre passé et de tradition conservatrice, il est plus aisé d’être un marginal. Mais je n’y connaissais personne… Plon, l’éditeur de Simone Weil, de Bernanos, de Julien Green, de Foch et de tant d’autres, dont l’un des héros de ma vie : l’ethnologue danois-esquimau Knud Rasmussen. Ce souvenir m’a décidé : j’ai demandé à rencontrer le directeur littéraire. J’ai attendu… seulement un peu, dans un vieux couloir sombre, aux bas-côtés de couleur chocolat. Un modèle réduit des presses d’imprimerie Plon en 1887, quatre chaises recouvertes d’un velours rouge aux teintes passées. Le futur académicien Henri Massis, trop engagé auprès du Maréchal Pétain en 1944, un général à la retraite attendaient, eux aussi. Le temps a passé : quinze minutes, vingt minutes, puis j’ai été reçu, et j’ai vu arriver un homme que je n’ai jamais oublié, et dont je suis toujours heureux d’évoquer la mémoire qui m’est très chère : c’est Charles Orengo.

Je lui ai parlé parlé nettement ; sans doute, avec conviction et chaleur de mes projets : je voulais un contrat pour un livre… qui n’était pas écrit et un accord pour une collection… qui n’était encore qu’un concept que j’avais en tête, avec le titre qui m’était cher.

Mais, et je revois ses très grands yeux bleus, il m’a regardé longuement et écouté. Monégasque, il était aussi joueur que moi, aussi intuitif, passionné et aussi tenace. J’entends encore me répondre simplement : « Pour le livre, c’est oui ; pour la collection, dans quinze jours, je pourrai vous en dire davantage. Je dois voir mon président-directeur général qui est en voyage à Rabat. Ecrivez une note. » Je me pris alors à écrire et rêver. Orengo était convaincu mais je dus encore plaider ma cause – au moins pour la déontologie – devant le grand Conseil de la maison Plon – une veille dame tout à fait traditionnelle!…

Ce fut un des moments pittoresques de ma carrière. Je m’en souviens, c’était un vendredi après-midi. Nous étions réunis dans une très grande salle au mobilier Henri II. Le PDG Maurice Bourdel avait hâte de partir sur la Côte d’Azur, le soir même, pour le week-end ; il lissait méticuleusement ses ongles nacrés. Autour de lui : plusieurs autres membres du conseil d’administration semblaient m’écouter avec grand intérêt. J’expliquais la crise des sciences humaines, la nécessité de reprendre la tradition « Feux Croisés » inspirée par Charles du Bos, mais dans un autre esprit, de tenter une approche intellectuelle, littéraire et résolument non universitaire. Un dialogue parut s’ouvrir. Je m’aperçus soudain que certains des membres du Conseil et parmi les plus éminents – ils étaient fort âgés – avaient oublié sur la table – je ne sus jamais si ce fut par inadvertance – leurs sonotones! Fut-ce la raison du « confiant » accueil qu’ils m’accordèrent sans peine?

Oui, comme on dit du mariage : un malentendu qui se prolonge… Depuis soixante ans! Les PDG passent… la collection demeure, s’affirme. Elle est comme imposée de l’extérieur. La pensée de Terre Humaine est révolutionnaire ; mettre sur le même plan des auteurs qui ne savent ni lire ni écrire et relèvent de peuples de tradition que l’on n’ose plus dire primitive, et de grand écrivains tels que Emile Zola, Claude Levi-Strauss et Victor Segalen. Autre originalité de Terre Humaine une anthropologie réflexive : l’auteur doit dire tout de lui-même et des conditions dans lesquelles il recueille ses observations ; à cet égard, la collection n’adhère pas à cette mouvance qui veut que les sciences sociales soient « scientifiques ». En Histoire, il y a les faits qui ne sont pas discutables, mais l’essentiel   c’est l’interprétation, c’est à dire l’historien. Cette mouvance qui va à contre-courant dans les universités, de la sociologie que se veut scientifique, appelle une fidélité.

De cette fidélité, de cette continuité, sans lesquelles rien de grand ne se construit, je suis grandement redevable à Plon. Mais bien sûr, comme dans tous les couples, le nôtre n’a pas évité quelques sérieux orages qui tiennent surtout au fait que les directions, tout comme les modes, changent…

Le festival international du cerf-volant à Dieppe

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©Jean Malaurie 2016

Depuis 15 ans, Jean Malaurie réside l’été à Dieppe. Face à la mer, il poursuit son oeuvre d’écrivain.

Dieppe, ville au passé extraordinaire, capitale oubliée de l’exploration, dont les grands noms de Jehan Ango, armateur corsaire ; Jean Sauvage, premier navigateur français méconnu à ouvrir la route maritime du Nord en 1553, ouvrant la porte de la Russie à la France ; Jean Ribault, capitaine de la marine et découvreur de la Floride française en 1562 ; Jean  Cousin, cartographe célèbre et navigateur expérimenté ; Jean Parmentier, navigateur, qui, avec son frère Raoul,  seront les premiers français à doubler le cap de Bonne-Espérance en 1530 ; peinent à trouver leur place dans l’offre culturelle dieppoise.

Pourtant, Dieppe déborde d’atouts, avec notamment un festival international du cerf-volant. Cette 19ème manifestation, placée sous le signe des arts premiers, compte une quarantaine de délégations, dont des sociétés amérindiennes, nord-américaines et Inuits. Je suis allé naturellement à leur rencontre, me frayant un chemin parmi tous ces cerfs-volants dominés sur la plage par une puissante baleine du groenland de 20 mètre de long, qui arrive étonnement à remuer ses nageoires latérales et sa nageoire caudale pour flotter dans les airs. Ce n’est pas la baleine blanche de Moby Dick, mais c’est la baleine que j’ai connu dans le détroit de Béring, alors que j’étais à la tete dune mission soviéto-française en 1990 ; je me déplaçais en compagnie de chasseurs des 1 800 Yupigeat, les derniers esquimaux d’Asie.

Baleine du groenland ©Jean Malaurie

Ce 19ème festival est sous le patronage du Canada, dont tout dieppois reconnait sa dette en oubliant jamais la tentative du débarquement 19 aout 1942 qui a couté la vie à plus de 2 000 jeunes canadiens, morts sur la plage, trahis par le destin.

Les cerfs-volants ont la faculté de faire rêver. Pour cette patrie d’explorateur qu’est Dieppe, c’est retrouver un peu ce destin extraordinaire de découvreurs qui est le sien. Qui plus est, ces figures flottantes se réfèrent aux animaux fabuleux thaïlandais, cambodgiens, chinois, etc. contés dans les légendes d’exploration. Pendant 8 jours, le ciel nous a fait vivre les grands mythes qui sont fondateurs des toutes premières relations sensorielles et intellectuelles de l’homme avec l’invisible.

19e festival international du cerf-volant, Dieppe ©Jean Malaurie

Jean Malaurie est contre l’exploitation du pétrole en zone arctique préservée

Réaction de l’explorateur arctique Jean Malaurie à la publication du journal LesEchos.fr « La Norvège pourrait ouvrir une zone arctique préservée à l’exploration pétrolière » le 30 août 2016.

Le gouvernement norvégien souhaite explorer les ressources pétrolières d’une zone arctique préservée. Le pétrolier national StatOil fait pression sur les autorités d’Oslo afin que soit autorisé la recherche de gisements pétroliers dans les îles Lofoten et Vesterålen.

C’est la même attitude que le Président Georges Bush jr. a eu lorsqu’il a souhaité mettre en valeur les ressources pétrolières dans une zone écologiquement protégée au Nord ouest de l’Alaska.

En tant qu’Ambassadeur de bonne volonté pour l’arctique à l’Unesco, je ne peux que rappeler les votations exprimés lors du premier congrès arctique sur les problèmes écologiques qui s’est tenue sous l’égide du Prince Albert II de Monaco et sous ma présidence. Les actes de cette important manifestation témoignent que par delà les droit territoriaux, il est un droit écologique qui doit être éminemment respecté du fait de la fragilité des zones arctiques. C’est dans ce même esprit que beaucoup d’autorités groenlandaises se sont inquiétées par les propositions du gouvernement chinois d’exploiter le pétrole et l’uranium dans le Nord-ouest du Groenland.

Cette affaire doit être suivie de très près et dans le cadre de la COP 21, il convient, avec l’appui de forces d’opposition à Olso, notamment les défenseurs de l’environnement, d’intervenir. C’est le sens officiel de ma démarche en tant qu’Ambassadeur auprès des autorités concernées à la direction générale de l’Unesco.

Jean Malaurie

http://www.lesechos.fr/industrie-services/energie-environnement/0211240655475-la-norvege-pourrait-ouvrir-une-zone-arctique-preservee-a-lexploration-petroliere-2023656.php?bCLtCkvo8U72eE5b.99

Léon Chestov, la pensée du dehors

Hommage à Léon Chestov par Jean Malaurie

Avril 1963, j’étais en mission chez les Utkuhikhalingmiut (UTK). Ce peuple nord-canadien venait de connaître une famine ; 5% de la population était morte de faim ; Ottawa, sachant ma relation étroite avec ces peuples, m’a demandé d’intervenir, pour inciter ces derniers archaïsants à se rapprocher d’un poste officiel, où ils disposeraient d’une école et de services de secours. C’est ainsi qu’en avril-mai 1963, j’ai été l’hôte d’une poignée d’hommes, parmi les plus extraordinaires de tout l’Arctique. Ces survivants, qui étaient 25, les UTK étaient si rigoureux dans leur organisation que je les ai appelés les « Spartiates de l’Arctique ». Ils s’interdisaient de se chauffer et de s’éclairer dans leurs iglous de neige. À l’embouchure d’un des grands fleuves de l’Arctique central – la rivière Back – , ils pêchaient de magnifiques saumons qu’ils mangeaient crus toutes les quatre heures : « Nous ne chauffons pas l’air, mais l’intérieur de notre corps. C’est plein de bon sens. » Lors des migrations saisonnières de caribous, ils complétaient leurs ressources par la chasse des animaux de la toundra. Ce peuple refusa, à ma requête, de remonter 200 kilomètres au nord : « Petit Blanc de rien du tout, venu Dieu sait comment parmi nous pour nous conseiller. Quelle arrogance ! Nous sommes là depuis des siècles et nous savons mieux que toi ce qu’il nous faut : si nous voulons survivre, il faut rester près de nos morts, nos Grands Anciens et ces chers poissons qui nous visitent et nous inspirent. »

Léon Chestov, la pensée du dehors - Ramona Fotiade - Le Bruit du temps. Mars 2016
Léon Chestov, la pensée du dehors – Ramona Fotiade – Le Bruit du temps. Mars 2016

Ces hommes, vivants dans des iglous de neige les trois quarts de l’année, et d’une culture matérielle très élémentaire, vestiges d’un paléolithique supérieur boréal, témoignaient dans leur animisme de la continuité originelle de la nature à l’homme. Il est une énergie de la matière, et les peuples animistes hyper-sensorialisés en ont une vivante conscience. La préhistoire est une étape décisive de l’histoire de la pensée que nous avons trop longtemps méprisée. Dans mon intimité avec ces peuples du grand nord, je revivais la profonde réflexion de Léon Chestov. « Nous ne pouvons pas enfermer la vérité dans des principes scientifiques ; la philosophie peut être même, selon T. Smolej, analyste de la pensée de Léon Chestov, une entrave dans notre appréhension de la réalité et de Dieu » – aimait-il dire. J’ai toujours été déçu par la dimension laïque de l’anthropologie occidentale. Et en vivant l’oraison païenne du chasseur, je retrouvais toute la pensée russe qui est un commerce d’inspiration avec l’espace, les fleuves, les plantes, la vie animale, le ciel ; un hymne de gratitude pour sa vitalité et sa beauté.

Au cours de l’expédition franco-sovétique, que j’ai dirigé en Tchoukotka au nord de la Sibérie, en 1990, première expédition internationale en Tchoukotka depuis la révolution d’octobre et deuxième depuis la grande Catherine, j’ai eu à faire face à des tensions entre les Ukrainiens, qualifiés de fascistes, les biologistes Tatars, qualifiés de tchétchènes, il me suffisait, le soir venu, sur les bords du détroit de Béring, adossés à des mâchoires de baleines alignées chamaniquement, selon la loi des nombres et en interpellant le ciel sur cinq mètres, de faire un grand feu ; nous tous, les quinze, en méditation assise, en cercle autour de cette flamme, écoutions religieusement, l’un d’entre nous, récitant ses vers préférés de Pouchkine, si souvent sublimes. Mon rude voisin avait des larmes, et c’est alors que nous oublions nos misères dans des chants russes inoubliables. Oui, la pensée russe, jusque dans sa philosophie totalitaire de sa période soviétique stalinienne, a gardé souterrainement une dimension sacrée : Gaia, la terre mère, comme le disaient mes compagnons Inuit ; les Utkuhikhalingmiut. Nous sommes tous, comme ce grand philosophe Léon Chestov, en quête de vérité. Qui sait, si ce ne sont pas les peuples racines, comme me le faisaient élégamment remarquer les autorités de Moscou, qui ont la réponse pour une écologie humaine. Et nous sommes tous habité par la pensée de Léon Chestov, ce maître, ce « ascète, de solitaire, ce mystique, pour qui la vie se résume à une veille au jardin de Gethsémani, une attente continuelle de la dernière révélation ».

Ma vie dans les déserts arctiques ma fait découvrir avec des païens animistes inspirés, dans la nuit polaire, de dimension mystique, la sérénité de ces hyperboréens qui considèrent, dans leurs longues méditations en traineaux à chiens, que leur vie n’a quelque sens que dans la mesure où, en hommes naturés, ils supportent avec gaieté les mystères de cet univers impitoyable. Un jour le chaman, si respecté, aura un début de réponse. « Oui, me dit-il, il y a un ordre de la nature. Il n’est ni bon, ni mal ; Tessa ! (c’est comme ça) »

Face à l’univers, ses systèmes planétaires, nés (?) il y a 13,82 milliards d’années, qui donnent le vertige, découvrant ces milliards de planètes d’un univers en expansion, le diamètre de cet univers observable étant de 100 millards d’années lumière, le scientifique, malgré tout son orgueil, prend conscience de sa profonde ignorance.

En relisant Fiodor Dostoïevski, Léon Tolstoï, mais aussi, très particulièrement, Léon Chestov, je songe aux pères spirituels de la Sainte Russie, les Staretz. J’ai connu personnellement le grand philosophe chrétien, le paléontologue Pierre Teilhard de Chardin. Tout étant dit, m’a-t-il répété, reste une énigme : « Pourquoi l’homme dans cette longue histoire complexifiée de la nature? ; d’où vient ce privilège exceptionnel d’avoir une  conscience ? ». Résolument évolutionniste, il m’a encouragé à poursuivre ce pourquoi je suis né : « L’homme qui parle avec les pierres », tel est mon surnom chez les Inughuit de Thulé. Le désert de glace, les chamans, les écrivains inspirés, comme Léon Chestov, nous aident, nous hommes de si peu de foi, à assurer un passage de la physique à la métaphysique ; à faire le vide en nous et comme le recommandait Maître Eckhart, « sortir de soi, pour pénétrer dans l’éternité et redevenir un. »

Jean Malaurie

 

Arctica 1 : Écosystème arctique en haute latitude

Écosystème arctique en haute latitude - CNRS éditions - Jean Malaurie 2016
Écosystème arctique en haute latitude – CNRS éditions – Jean Malaurie 2016

Il est un système d’équilibre des forces, une homéostasie de la Terre : Gaïa. Elle établit un ordre dans les éboulis du Grand Nord, dont les roches datent de l’Ordovicien. C’est une découverte majeure que Jean Malaurie va faire en jeune naturaliste lors de deux expéditions glaciologiques françaises sur l’inlandsis du Groenland (1948-1949), puis en solitaire (1950-1951) à Thulé, dans le nord-ouest du Groenland. Les éboulis ordoviciens de plus de 400 millions d’années ont une « personnalité géomorphologique ». Ainsi, pour appréhender l’évolution de la Terre, les changements de climats, il convient d’en étudier les différentes étapes : ce sera l’objet de sa thèse d’État en géographie physique.

Aux côtés des Inuit, Jean Malaurie, jeune apprenti méditant, est à l’écoute de leur « pensée sauvage ». Il découvre la place centrale que tiennent la pierre et son « esprit intime » dans leurs réflexions mythiques, écho de ses propres recherches géocryologiques. Débute alors un long questionnement sur la dialectique de l’environnement et du chamanisme dont cet ouvrage présente la genèse.

Ce premier tome d’une série de quatre volumes consacrés à ses travaux scientifiques rassemble les recherches fondamentales de Jean Malaurie en géomorphologie, géocryologie et cryopédologie. En géophilosophe – selon la formule de Gilles Deleuze –, l’auteur revient sur ses propres découvertes scientifiques. On découvre les prémisses d’une pensée bachelardienne, à la recherche des énergies vitales de la pierre, au fondement de la vie sur Terre. Formé par l’esprit de raison géographique, le chercheur s’attache aux forces obscures de l’inconscient, l’irrationnel, inspiré par le socle rocheux et son énergie.

Personnalité polaire majeure, Jean Malaurie est avant tout un scientifique, géomorphologue et géocryologue de formation. Il est à l’origine du Centre d’études arctiques [CNRS-EHESS], érigeant en combat précurseur l’interdisciplinarité entre sciences humaines et sciences naturelles, une éco-ethnologie. Directeur émérite au CNRS et à l’EHESS, ambassadeur de bonne volonté pour l’Arctique à l’Unesco, il est aussi le père fondateur d’une anthropologie réflexive au sein de la collection « Terre Humaine ». En naturaliste, loin des structures et des modèles, il déploie une pratique novatrice de l’anthropogéographie, solitaire et immergée. Défenseur des minorités boréales, il fonde l’Académie polaire d’État à Saint-Pétersbourg, unique école des cadres pour les jeunes élites autochtones nord-sibériennes dont il est le président d’honneur à vie. Il vient d’être nommé président d’honneur de l’université d’hydrométéorologie arctique d’État de Saint-Pétersbourg.

Lettre à un Inuit de 2022

« Voici bientôt soixante ans que je parcours l’Arctique, du Groenland à la Sibérie, ses immenses déserts glacés habités par des sociétés ancestrales au destin héroïque. Adressée aux citoyens du grand Nord, cette lettre est un cri d’alarme : Résistez mes amis ! En n’acceptant l’exploitation des richesses pétrolières et minières de l’Arctique qu’avec votre sagesse. L’Occident est mauvais et nous avons besoin de vous. Le matérialisme nous conduit à notre perte. Puisse le citoyen inuit de 2022 voir le rêve des explorateurs se réaliser : un pôle non pollué où règnera un humanisme écologique. Il est urgent de reconnaître la prescience des peuples premiers et de prendre enfin humblement conscience que leur volonté obstinée de respecter cette nature ne fait pas d’eux des retardataires, mais des précurseurs. Telle est la force de leur pensée sauvage. »

Lettre à un Inuit de 2022 - Fayard - Oct. 2015
Lettre à un Inuit de 2022 – Fayard – Oct. 2015

Né en 1922 à Mayence, géo-ethno-historien, président et fondateur de la célèbre collection « Terre Humaine » aux éditions Plon, Jean Malaurie est le premier homme à atteindre en traîneaux à chiens le pôle géomagnétique Nord le 29 mai 1951. En 1990, il a révélé, après l’archéologue Serge Aroutiounov, l’Allée des baleines, le Stonehenge de la Sibérie, en Tchoukotka.

Ce vibrant appel est celui d’un ambassadeur de bonne volonté de l’Arctique à l’Unesco qui observe, avec un regard angoissé, la disparition d’une part de l’intelligence humaine et de ses mystères.