LE TEMPS D’UN BIVOUAC – Jean MALAURIE – radio France Inter

Émission "LE TEMPS D'UN BIVOUAC" sur la radio France Inter - mardi 24 juillet 2018

Jean MALAURIE et les Inuits de Thulé

Le temps d’un bivouac, Jean MALAURIE nous emmène à la rencontre d’un peuple légendaire : les Inuits de Thulé.

Contrée la plus septentrionale de la Terre, Thulé a longtemps été une terre de mystères, attirant les grands explorateurs des pôles.

C’est en 1950 que Jean MALAURIE découvre pour la première fois le peuple mythique qui l’habite. Fasciné par la vie de ces Inuits qui savent écouter la nature, le géographe partage leur quotidien : il apprend la langue, écoute les mythes sacrés et découvre la « pensée sauvage ». Mais en 1951, ce territoire fragile se retrouve menacé par l’installation d’une base nucléaire. En fervent défenseur des régions polaires, Jean Malaurie écrit Les derniers rois de Thulé et fonde la collection Terre Humaine, avec l’idée de faire s’exprimer les « populations de culture orale, dont la parole est confisquée ».

Il nous raconte ses expéditions dans le Grand Nord et nous fait part de son combat pour la défense des minorités. Jean MALAURIE rappelle que l’Arctique rentre dans une aire turbulence, une tension politique où la Chine devient une puissance polaire majeure. Elle vient d’installer une station d’études arctiques en Islande dotée de moyens financiers considérables et guettant dangereusement le Groenland.

Professeur MALAURIE profite de son passage sur les ondes de la radio France Inter pour relayer l’appel du Député au parlement groenlandais, Per ROSIN-PETERSON, personnalité autochtone, et membre de la Commission pour la rédaction d’une Constitution, qui demande à la France d’aider le Groenland à obtenir son indépendance et entrer dans l’Union Européenne.

(Ré)écouter l’émission :
https://www.franceinter.fr/emissions/le-temps-d-un-bivouac/le-temps-d-un-bivouac-24-juillet-2018-0

Appel du Député au parlement du Groenland Per ROSING-PETERSON

Dans le premier numéro – printemps 2018 – de la revue De la pierre à l’humain, bulletin du Fonds Polaire Jean MALAURIE, Per ROSIN-PETERSON (PRP), Député au parlement groenlandais, personnalité autochtone, et membre de la Commission pour la rédaction d’une Constitution, répond aux questions de Jean Michel HUCTIN (JMH), anthropologue, laboratoire CEARC, Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines.
Premier numéro de la revue « De la pierre à l’humain. Bulletin du fonds polaire Jean Malaurie ». Une revue de vulgarisation scientifique sur les recherches françaises en milieux arctiques. Une collaboration EPHE, Université PSL Paris et Muséum national d’Histoire naturelle. Printemps 2018.

[…] JMH : Tu sais que Jean MALAURIE considère les Inuit comme des « sentinelles de l’Arctique » parce qu’ils sont les héritiers d’un savoir socio-écologique ancien qui permettait aux humains de vivre de la nature en la respectant. Quel rôle pourraient-ils jouer pour sensibiliser le monde au changement climatique et à la préservation de l’environnement ?

PRP : […] Depuis quelques années, ce monde civilisé se réveille mais est-ce que, par exemple, la signature de l’accord de Paris de la COP21 va changer quelque chose en mieux ? Je l’espère car jusqu’à maintenant ce monde a été occupé à creuser sa propre tombe. Jean MALAURIE le sait et j’ai toujours vu un lien invisible mais fort entre lui et nous, inuit du Groenland. Avec lui, nous devons faire prendre conscience à ce monde civilisé que son comportement est suicidaire et destructeur pour nous tous.

[…]

JMH : Je sais que tu apprécies particulièrement la France depuis de nombreuses années. Quel lien fort peuvent développer nos deux pays entre eux ?

PRP : Je vais simplement me référer à ce que Jean MALAURIE a suggéré il y a quelques années, à savoir que la France devrait utiliser le Groenland comme la clé pour entrer dans l’Arctique et que le Groenland devrait utiliser la France comme la clé pour entrer dans l’Union Européenne. La France et le Groenland auraient tout à gagner à construire un grand partenariat basé sur un bénéfice mutuel, je sais que la France peut le comprendre. C’est un point de vue que le Danemark, par exemple, ne partage pas.

Propos recueillis, mis en forme et présentés par Jean-Michel HUCTIN, anthropologue.

Les combats de Jean MALAURIE – Les Echos

Journal Les Echos - 5 juillet 2018 - par Marianne BLIMAN
Dans « Oser, résister », le scientifique, spécialiste du Grand Nord, nous fait partager ses réflexions sur les peuples autochtones et l’enseignement supérieur et la recherche, entre autres. Il revient sur nombre des étapes de son parcours. Stimulant !

Le propos. A 95 ans, Jean Malaurie n’a rien perdu de sa verve. Dernière preuve en date : « Oser, résister ». Il y plaide – comme il l’a déjà fait à de nombreuses reprises auparavant – la cause des peuples autochtones. Evoquant, par petites touches tout au long du texte, certains moments de ses si nombreuses expéditions dans le Grand Nord, en particulier au Groenland. Par ailleurs, il ne manque pas de porter un regard (très) critique sur le système universitaire français, recherche comprise. Malgré des passages d’un égocentrisme envahissant, son dernier livre permet de se (re)plonger dans le parcours exceptionnel de cet explorateur et scientifique précurseur.

L’auteur. Jean Malaurie a consacré sa carrière à des études d’anthropogéographie arctique et de développement des populations esquimaudes et nord-sibériennes, notamment. Directeur émérite au CNRS et à l’EHESS, il a fondé la collection Terre Humaine (éditions Plon), lancée en 1955 avec son livre « Les Derniers Rois de Thulé » et « Tristes Tropiques », de Claude Lévi-Strauss.

La citation.« Homme des origines, je ne cesserai jamais ce combat en faveur des peuples autochtones, de toutes minorités et particulièrement venant du fond des âges. C’est un ethnocide intolérable. L’humanité est riche de la diversité culturelle et ethnique, et l’Unesco assiste tous les quinze jours à la disparition d’une langue. »

Marianne BLIMAN
https://www.lesechos.fr/idees-debats/livres/0301905839657-les-combats-de-jean-malaurie-2189993.php

L’INVITÉ D’ALI BADOU – Jean MALAURIE – radio France Inter

Émission "L'invité d'Ali BADOU" sur la radio France Inter - vendredi 22 juin 2018

Jean MALAURIE : « J’ai été happé par le taoïsme, champ de connaissance qu’on n’enseigne pas en faculté »

Géographe, ethnologue, défenseur des minorités du Grand Nord et fondateur de la collection « Terre Humaine » chez Plon, il est le premier Européen à avoir atteint le pôle géomagnétique nord et à avoir partagé la vie des derniers esquimaux polaires : Jean Malaurie est l’invité d’Ali Baddou.

Jean Malaurie explique comment, à l’âge de 27 ans, il découvre le taoïsme, « un immense champ de connaissances du monde, initié quatre siècles avant Jésus-Christ par Lao Tseu, un sage chinois qui a une perception de la respiration embryonnaire de la nature ».

Il faut savoir ce que l’on veut faire de sa vie, car on est entre la vie et la mort.

Et de le recommander à Nicolas HULOT : « Il faut qu »il reste silencieux devant les monts d’Arrée, les mers déchaînées et qu’il respire la nature. »

« Je me suis attachée aux pierres. La géocryologie m’a fait comprendre qu’il y a là une homéostasie. Les Inuits m’ont enseigné l’animisme, pas simplement de l’agitation, des idées de païens écervelés, mais toute une pensée. »

 

 

 

 

 

 

(Ré)écouter l’émission :
https://www.franceinter.fr/emissions/l-invite-d-ali-baddou/l-invite-d-ali-baddou-22-juin-2018

Le réveil de Terre Humaine dans la Presse

Terre Humaine, les 120 livres de la collection dont douze classiques sont publiés dans la collection Bibliothèque Terre Humaine PLON – CNRS éditions, ont le grand mérite de mettre au même niveau les écrivains et les « oraliens » ; la dite élite et ce que l’on appelle plus communément le peuple. « Le Cheval d’orgueil, mémoire d’un paysan bigouden » de Pierre-Jakez HELIAS, et son million d’exemplaires, a rappelé à la France politique et universitaire que le peuple réfléchit, souffre et poursuit une vie secrète. N’oublions pas que la Révolution française ne vient pas d’en haut, mais d’en bas. Le peuple pense autrement en parlant sa langue, nous rappelant ainsi le clivage entre les Jacobins de Paris et les Girondins de la Province.

Terre Humaine publie des personnalités méconnues de nos campagnes et nos usines, mais aussi de notre vie citadine. Je tiens à vous partager ces quelques titres :

Les clochards ! Nous les côtoyons tous les jours. Souvent ils sont soûls et peinent à mendier. Ils sentent mauvais, vocifèrent et font un peu peur. Nos regards se détournent. Qui sont ces marginaux aux visages ravagés ? Ce sont les clochards. Fous d’exclusion. Fous de pauvreté. Fous d’alcool. Et victimes surtout. De la société et de ses lois. Du marché du travail et de ses contraintes. Mais au-delà, c’est contre la vie même qu’ils se révoltent. Hallucinés, ivres, malades, c’est un autre et impossible ailleurs dont ils s’obstinent à rêver furieusement. Ce livre montre toute l’ambiguïté de ces hommes écrasés, qui avec une sombre dignité, se détourne de la société, pour mieux se détruire sous nos yeux.

Le grand métier est d’abord la mémoire d’une des professions les plus dures dans les mers les plus cruelles celles de l’Arctique : Terre-Neuve, Groenland, île aux Ours, mer de Barents. Terre Humaine donne la parole à des hommes obscurs qui n’osent — ou ne peuvent — la prendre. Le mérite extrême de Jean Recher, Capitaine de pêche à Fécamp de père en fils est d’avoir voulu écrire lui-même, coûte que coûte. 

« En ce temps-là, la France était le plus riche pays de la terre. Elle produisait trop de vin, trop de blé. Par milliards, les banques « pompaient » un excédent de ressources qu’elles dispersaient dans toute l’Europe et par-delà les océans. » En ce temps-là, quelque part dans le Livradois, en Auvergne, le Jean, métayer, et la Marie, nourrice à Lyon, lièrent une existence « que la nécessité d’acheter le pain et de se vêtir tant bien que mal empoisonna jusqu’à la mort ». C’est la fin du XIX° siècle, « la belle époque ». Toinou. va naître parmi les plus pauvres de la campagne puis grandir dans le « prolétariat insolvable » de la Ville. Ce cri d’enfant, – « un enfant de curé » —, très rare, Sinon exceptionnel dans l’histoire rurale française, et dont l’écho se poursuit jusqu’au cœur de la Légion, est digne des plus grands : Hugo, Zola. Il en a la force de conviction et l’émouvante pudeur.

Des livres que chacun devraient lire et méditer.

Jean MALAURIE

OSER,RESISTER – le nouveau livre de Jean MALAURIE

 

A PARAITRE le 14 juin 2018 aux CNRS éditions

Ne pas devenir un peuple de fourmis, manipulé par le verbe, l’image et l’informatique.

Oser, résister et s’aventurer ! C’est la philosophie de vie que Jean MALAURIE poursuit depuis les années 1950 et son inoubliable combat pour les légendaires Inuit de Thulé, menacés par une scandaleuse base nucléaire au coeur de son territoire.

Réfractaire-résistant à l’ordre nazi, Jean MALAURIE est un grand scientifique, géomorphologue devenu géophilosophe, et un  défenseur résolu de l’alliance des sciences humaines et naturelles.

Le père fondateur de la collection Terre Humaine réunit ici des réflexions rares et précieuses sur son parcours intellectuel, sur l’écologie humaine ou l’enseignement supérieur. Il nous découvre aussi des pans plus intimes de sa personnalité singulière.

Directeur émérite  au CNRS et à l’EHESS, Ambassadeur de bonne volonté pour l’Arctique à l’UNESCO, défenseur des minorités boréales, Jean MALAURIE a fondé l’Académie polaire d’Etat de Saint-Pétersbourg, unique école des cadres pour les jeunes élites autochtones nord sibériennes dont il est le Président d’honneur.

 

Uutaaq, le grand chaman nord-groenlandais, maître en animisme de Jean Malaurie.  Face à la base américaine de Thulé, juillet 1951. la Trahison, selon Uutaaq, les explorateurs américains qu’il avait aidé au pôle nord, ont trompé les Inuit.
Novo-Chaplino (Tchoukotka), au cours de la première expédition internationale franco-sociétique que dirige Jean Malaurie. Avec l’ancien chaman, commissaire politique  dans les années staliniennes, et un de mes élèves favoris, août 1990.

 

Réunion de travail entre l’Ambassadrice des pôles, Ségolène ROYAL, et son excellence l’Ambassadeur de Russie en France, Alexeï MECHKOV

Suite à la première mission internationale dans ces régions éloignées dans la Tchoukotka (Sibérie nord-orientale), en aout-septembre 1990, sous la direction du Professeur Jean MALAURIE, une expédition franco-soviétique qualifiée par les spécialistes russes « d’historique » (notamment, analyse animiste de l’Allée des Baleines dans un esprit Yi-king, et études ethno-sociologique des esquimaux d’Asie), a été créée l’Académie Polaire d’Etat (1994) actée par le Président Boris ELTSINE et avec accord écrit du Président Jacques CHIRAC lors de sa visite officielle en Russie (Septembre 1997). Cette Académie Polaire d’Etat, école des cadres des 26 peuples autochtones, sous contrat avec l’EHESS, est une des premières universités francophones de Russie. Elle vise à mieux préparer les forces culturelles et ethniques de ces peuples, face à l’industrialisation et la crise écologique. Elle est  soutenue par l’esprit fédératif de l’état russe. L’Académie Polaire d’Etat est unique dans le monde circumpolaire. Vingt années ont passé et cet organisme puissant forme 1600 élèves au sein d’un complexe de 25 000m2. J’en suis le Président d’honneur à vie, Fondateur.

St Pétersbourg, voyage officiel du Président de la République, Jacques Chirac, en Russie. Signature à l’Académie Polaire d’État, du premier accord de coopération franco-russe avec l’Académie. Le Français est la première langue étrangère obligatoire. À Gauche du Professeur Jean Malaurie, le Ministre de la recherche de la Fédération de Russie. Septembre 1997.

Aussi, il est apparu nécessaire aux autorités russes, qu’au bénéfice de ces générations d’élèves autochtones diplômés de Masters d’écologie, de l’administration, de droit, etc., qu’il y ait une autre structure les confortant dans leur culture, leur pensée traditionnelle, et leur avenir ; les préparant à ce 3ème millénaire dont ils seront les acteurs dans l’Arctique.

C’est pourquoi, le Gouverneur de Saint-Péterbourg, Georgui POLTAVTCHENKO, m’a offert personnellement un très beau bâtiment en bordure de la Fontanka ; les Champs Élysées (canal maritime) de St.Pétersbourg. L’Académie Polaire d’Etat aura donc un deuxième souffle grâce à cette donation et c’est la raison pour laquelle la structure de tutelle, l’Université d’hydrométéorologie russe de Saint-Pétersbourg, dont j’ai été nommé Président d’honneur (2016), a décidé la création d’un nouveau Centre de Recherches Arctiques qu’ils m’ont proposé de nommer Centre Arctique franco-russe Arthur TCHILINGAROV – Jean MALAURIE. J’ai donné mon accord, ainsi que mon ami le Professeur TCHILINGAROV, éminent Océanographe polaire russe et Conseiller scientifique du Président.

Le Professeur Jan BORM, a été désigné par moi, comme mon successeur, en tant que Directeur du Centre d’Études Arctiques de l’Université de Versailles (Yvelines). Je l’ai nommé Directeur de la revue INTERNORD, seule revue arctique française publiée par le CNRS, que j’ai fondé avec le Président BRAUDEL, en 1959.  Jan BORM est un éminent spécialiste de l’histoire de l’exploration et des idées dans le Nord.

Je suis en rapport avec les autorités académiques afin de définir les programmes de recherche qui y seront poursuivis. Les propositions en cours de discussion sont les suivantes :
-> Premier programme : Sibérie septentrionale contemporaine. Géographie physique et COP 21 / Histoire et explorations sibériennes ;
-> Second programme : ethnologie, art et mythologie, tradition d’art et de danse / bibliothèque et cinémathèque arctiques ;
-> Troisième programme : préparation du premier congrès arctique international, changement de climat, conséquences sur les glaces de l’océan arctique, effets biologiques sur la Toundra (notamment anthrax)
-> Quatrième programme : archéologie franco-russe avec des programmes de fouilles ; la formation de jeunes élites nord-sibériennes à ce programme.

A ces quatre programmes, participeront des personnalités de premier plan qui m’ont déjà donné leur accord. Le Professeur Jan BORM est chargé des négociations avec le recteur Valériy L. MIKHEEV.

Compte Twitter de Madame Ségolène ROYAL – 7 mai 2018

Le 7 mai dernier (2018), Madame Ségolène ROYAL, Ambassadrice française des pôles Arctique et Antarctique a rencontré son Excellence l’Ambassadeur de Russie en France, Alexeï MECHKOV, pour échanger et travailler sur ce beau projet.

Projet Centre Arctique franco-russe Arthur TCHILINGAROV – Jean MALAURIE dans ce palais de Saint-Péterbourg en cours de réfection.

En tant que Président d’honneur de cette université, je suis en constante relation avec le recteur Valériy L. MIKHEEV, qui je le rappelle a autorité sur ce futur projet. Il est envisagé avec mon ami le recteur, la signature officielle du premier article du lancement du Centre Arctique franco-russe Arthur TCHILINGAROV – Jean MALAURIE à l’Univervité de Versailles (Yvelines) en juin ou septembre 2018.

Jean MALAURIE

Jean Malaurie : roi de Thulé

Géographe et ethnologue, il connaît mieux que personne les Inuits du Groenland. Il rédige aujourd’hui ses Mémoires et vient de remettre ses documents aux Archives nationales.
photo prise le 03 mai 2001 à Paris de l’anthropogéographe et écrivain français Jean Malaurie, fondateur et directeur de la collection anthropologique « Terre Humaine » (PLon). AFP PHOTO PIERRE ANDRIEU

Je vous épargne les détails… » Mon Dieu, mais qu’est-ce que ce serait dans le cas contraire ! Le fait est que l’âge n’a pas entamé chez cet homme d’un charme fou le goût irrépressible de raconter en s’autorisant toutes les digressions. Et comme il sait jouer de sa voix chaleureuse, de sa prodigieuse mémoire et de sa puissance d’évocation, on se résout à rater le rendez-vous suivant, surtout lorsqu’il prévient : « Il faut toujours garder la part des ombres et il y en a encore chez moi… »

Explorons donc le passé de l’explorateur. Famille bourgeoise de la droite catholique normande tendance janséniste (« pour tous la prière tous les soirs à genoux »), père professeur agrégé d’histoire (« malgré l’hostilité d’Albert Mathiez ! »), hypokhâgne au lycée Henri-IV dans une classe dominée par le doux magistère d’Alain, le STO qui pousse au refus et à l’entrée dans la Résistance ponctuée par une prudente injonction de sa mère (« Ne reviens jamais, tu as des frères et soeurs »).

De la guerre, il a tiré une morale après avoir vu les grandes institutions se coucher. Libre du jour où il s’est lui-même libéré, il ne tarde pas à obéir à sa passion : comprendre l’origine de l’univers, en choisissant la géographie dans un milieu où tant d’historiens l’appelaient « la géo » non sans mépris. Jean Malaurie préfère se souvenir de l’éblouissement que provoqua en lui la rencontre de Lucien Febvre, « un génie ! ». Mais sa discipline, dès le début, c’est la géographie physique dont il s’éprend rapidement. Ce qui ne l’empêche pas, aujourd’hui encore, d’être aussi présenté comme ethno-historien.

De là lui vient une certaine exigence doublée d’une puissante détermination. Deux choses essentielles lui arrivent. La première, il est investi par le CNRS en 1950 d’une mission, « en solitaire, c’est le plus important », à Thulé (Groenland). Il y établit, sur quatre générations, une généalogie inédite d’un groupe de 302 Inughuits, peuple le plus septentrional de la Terre, et met au jour une planification tendancielle afin d’éviter les risques de consanguinité. La seconde « chose essentielle » est un cadeau de la nature. Un don de prescience sauvage qui fait probablement de lui le seul directeur de recherche au CNRS à fonctionner avec des appels depuis qu’en l’accueillant à Thulé le grand chaman lui a dit : « Je t’attendais. » Cela peut aller loin puisqu’il a choisi son épouse à l’écoute du seul son de sa voix. Quand il y croit, il y croit.

En 1955, il crée « Terre Humaine » chez Plon. Rarement une collection aura à ce point mérité ses lauriers : « Une comédie humaine à l’échelle du monde ! »lance-t-il non sans fierté. Des anthropologues, des ethnologues et de grands voyageurs – mais aussi des ouvriers et des paysans fiers de leur tradition orale – osent écrire à la première personne, contre l’esprit dominant de la vieille Sorbonne, emmenés par un agitateur animé du désir que l’histoire soit « non une addition de ghettos, mais de rencontres ». Ainsi, il impose les souvenirs de paysan bigouden de Pierre-Jakez Hélias dont il maintient le titre Le Cheval d’orgueil contre la volonté du patron de la maison d’édition, Sven Nielsen, qui voulait les rebaptiser « Mémoires d’un plouc ».

La maquette du navire de Charcot

Chaque lecteur fidèle de la collection a ses titres préférés : aux uns Tristes tropiques de Lévi-Strauss et Les Derniers Rois de Thulé. Avec les Esquimaux polaires, face à leur destin de Jean Malaurie, aux autres Louons maintenant les grands hommes de James Agee, avec l’inoubliable reportage photo du grand Walker Evans, une enquête effroyable sur la misère en Alabama à travers le destin de trois familles de métayers, parue aux États-Unis en 1939 ou les Carnets d’enquêtes de Zola que tous les gens de cinéma devraient considérer comme un bréviaire du repérage… Tant de « déjà classiques » parmi eux ! Un titre manque à l’appel dans un catalogue dont Jean Malaurie peut s’enorgueillir car il est son oeuvre : Les Esprits des feuilles jaunes (1955) de Hugo Adolf Bernatzik, annoté par Georges Condominas, ethnologue spécialiste de l’Asie du Sud-Est. Le livre avait été définitivement exclu du catalogue quand Jean Malaurie avait appris le passé nazi de l’ethnographe autrichien. Longtemps après, le directeur de collection regrette encore amèrement de ne pas s’être mieux renseigné sur son auteur.

« Terre humaine », on pourrait en parler pendant des heures. D’ailleurs, le voilà qui s’empare du catalogue, s’enfonce dans son fauteuil et détaille voluptueusement chacun des titres. En 2015, l’emblématique couverture ornée d’une photo noir et blanc s’est métamorphosée au moment du passage de relais à l’académicien Jean-Christophe Rufin.

Jean Malaurie est couvert de médailles, distinctions, décorations, titres universitaires ; innombrables sont les instituts et institutions qui portent son nom. Rien n’en transparaît dans le décor de son appartement parisien : une maquette du Pourquoi pas ?, le navire explorateur du commandant Charcot, au-dessus d’une armoire ; l’affiche de l’appel du 18 Juin ; sur un mur des dessins et des masques. Les étagères de sa bibliothèque « polaire » ploient sous le poids de ses livres et de ses contributions à des revues savantes. D’autres y trouveraient matière à se reposer. Pas lui qui bouillonne d’idées, de projets et d’indignations contre ses collègues qui « partent en proclamant faire leur terrain avec une morgue coloniale ! ». Au seul mot de « mondialisation » le voilà qui bondit et s’enflamme, la mèche en bataille. A la seule évocation du nom du géographe Emmanuel de Martonne, son maître, le fil de mille et un souvenirs est tiré mais il peut très bien mener à l’éloge de Pietr-le-Letton, son Simenon préféré. Ou à celui de son ami Paul-Émile Victor, « un homme habile dans le genre de Nicolas Hulot, quelqu’un qui savait où trouver de l’argent » contrairement à lui qui, question argent, aurait plutôt pour héroïne la philosophe Simone Weil à l’usine.

Il met la dernière main à ses Mémoires à paraître en 2019. Infatigable, inarrêtable, intarissable, il ne lâche pas pour autant son combat de toujours : « Si on ne réforme pas l’enseignement supérieur, la France est infidèle à son génie créateur ! » Plaignons les ministres qu’il croisera. Tout en demeurant hors politique il ne s’est jamais empêché de murmurer à l’oreille des chefs d’État et ne se cache pas d’être manoeuvrier quand il faut l’être. Pour sonner le tocsin : le réchauffement climatique, la catastrophe écologique… Tant qu’Emmanuel Macron sera à l’Élysée, Jean Malaurie ne cessera de l’exhorter à s’appuyer là-bas dans le Grand Nord, sur les peuples autochtones dont il a lui-même formé les élites : « Je vais lui conseiller de prendre leur tête ! » Et si le président insiste, il lui parlera de sa foi animiste, de sa manière de courtiser la nature, d’être fidèle à ses lois spirituelles sans oublier qu’elle n’est pas bonne et que Lucifer n’est jamais loin. Il lui transmettra la grande leçon qu’il a tirée de ses années passées avec les Inuits : à l’intérieur de l’igloo, c’est l’exubérance, mais dehors, c’est l’inverse. Là on pense et on s’imprègne jusqu’à en être absorbé. Et de cet état-là aussi Jean Malaurie parle très bien : le silence.

Pierre Assouline dans mensuel 445 daté mars 2018

http://www.lhistoire.fr/portrait/jean-malaurie-dernier-roi-de-thulé

Terre Humaine – La voix du peuple

Parmi les courants privilégiés de la collection, il en est un qui constitue une des composantes essentielles. Terre Humaine a tenté de sortir l’ethnologie du ghetto des structures muséologiques et classificatoires.

Au-delà des classiques (Pierre Clastres, Robert Jaulin, Georges Condominas, Laurence Caillet, Philippe Descola), j’ai souhaité, dès les années de fondation, faire entendre, ainsi que je l’ai déjà dit, la voix sourde du peuple dont la parole, trop souvent dans l’histoire, a été comme confisquée ou étouffée dans des collections de folklore. Je me suis, à cet égard, voulu explorateur de terres inconnues qui ont inspiré les plus humbles, les accompagnant avec respect et patience pendant parfois plus de dix ans. Le passage de l’oral à l’écrit est malaisé… Et j’ai eu le bonheur d’y entendre certains cris et voix exceptionnels, qui en entrant dans Terre  Humaine, ont boulversé l’opinion. Il en a été ainsi des témoignages de Margit Gari, la paysanne hongroise d’une si grande ferveur chrétienne, de Jean Recher, le capitaine de pêche morutière dans les mers froides, de Toinou, le fils d’un paysan auvergnat, de Bernard Alexandre, curé de campagne normand, d’Adélaïde Blasquez (la vie d’un artisan serrurier), d’Augustin Viseux, mineur de fond, de l’industrielle japonaise, fille de cultivateurs, Madame Yamazaki ; la voix d’une paria tamoul et les Mémoires d’un meunier du Languedoc. Tous ces livres sont les amers d’une histoire patrimoniale, particulièrement de la France, et ils seront à jamais des classiques. Parmi ceux-ci, Pierre Jakez Hélias a écrit, c’est ma conviction, un livre précurseur de l’ethnologie française. Pierre Jakez Hélias est le miracle rare. Tapi dans son lit clos de Breton bigouden, il a entendu son grand-père Alain Le Goff, le conteur des brumes et rêves celtiques. Un pied dans les deux cultures, bretonne et française, Hélias a écrit, en 1975, à ma requête, cette autobiographie inoubliable, Le Cheval d’orgueil, qui a remué toute la France, celle-ci retrouvant ses racines dans un éveil régionaliste.

Hélias symbolise ce que tout ethnologue souhaite ou devrait souhaiter : qu’il soit remplacé ou accompagné par le peuple lui-même, devenu ethnographe de sa propre histoire, et au moment même, temps très court, où il vit les deux cultures vivantes en interfaces.

Jean Malaurie

95ème anniversaire de Jean MALAURIE

Aujourd’hui, le grand géo-philosophe français, explorateur arctique et écrivain Jean MALAURIE fête son 95ème anniversaire ! Il est né sur les bords du Rhin englacés à Mayence. 22/12/1922-2017

Jean MALAURIE – Décembre 2017

BON ANNIVERSAIRE « ASASSARA » MALAURIE !

L’équipe d’assistants d’édition et de son oeuvre scientifique, ainsi que les amis de Jean Malaurie