[Nouveauté] ULTIMA THULE, 3e édition augmentée

Comptoir le plus septentrional de la Terre, situé sur la côte occidentale du Groenland, Thulé, contrée la plus reculée au monde, fut pendant très longtemps une source de mystères. À la fois terrible et fantastique, Ultima Thulé revient sur l’histoire des illustres explorateurs qui, depuis le XVIIIe, ont précédé Jean Malaurie sur la route du pôle Nord. S’appuyant sur des extraits des journaux de bords des explorateurs, mais aussi sur les témoignages des Inuit, des photographies anciennes et contemporaines, gravures, objets, ou encore dessins d’esquimau, cet ouvrage constitue une galerie fabuleuse sur des hommes hors du commun.

ULTIMA THULE de Jean Malaurie – éditions Chêne – novembre 2016. Paris

« L’admirable Ultima Thulé, livre « malaurien » par excellence, comme on dit braudelien. Un texte extraordinairement vivant, de tout ce que nous savons sur les Inuit et, approche plus subtile, de tout ce qu’eux savent sur nous. Jean Malaurie a réussi le miracle qu’on attendait depuis longtemps des ethnologues : allier l’expérience irremplaçable du terrain à un savoir pluridisciplinaire. Il nous fallait une Bible sur les Esquimaux : Malaurie l’a faite ».
Pascal Dibie, Le Magazine littéraire

http://www.editionsduchene.fr/livre/jean-malaurie-ultima-thule-3238763.html

Le Gröenland, terre de fascination et de curiosité

[France Inter, émission La tête au carré présentée par Mathieu Vidard – mardi 25 octobre 2016]
Le Gröenland inspire toujours fascination et curiosité autour de sa géographie, son climat et ses tempêtes, son histoire avec les Inuits et les Vikings, sa position géopolitique dans le contexte du réchauffement climatique ainsi que « la base militaire nucléaire secrète de l’armée américaine » qui émerge progressivement à cause de la fonte des glaces…
Invité à la table du débat, Jean Malaurie, directeur et fondateur du Centre d’Etudes Arctiques (CNRS/EHESS Paris), Président de l’Académie polaire d’État de St Petersbourg, fondateur de la collection Terre Humaine et auteur de « Les derniers Rois de Thulé ». Son livre culte « Ultima Thulé », enrichi, sera dans les bonnes librairies le 3 novembre prochain. Il vient d’être nommé Président d’honneur de l’institut d’hydro-météorologie arctique à St Petersbourg.
radar thulé
Base américaine de Thulé – Radar

Jean Malaurie :
Les éditions du Chêne vont, le 3 novembre prochain, publier la troisième édition d’Ultima Thulé, De la découverte à l’invasion d’un haut lieu mythique. Ce classique qui a connu une grande diffusion, traduit en quatre langues, bénéficie d’une conclusion supplémentaire « Retour sur Thulé, haut lieu mythique (juin 2016) ». Dans ce texte, je dénonce une fois de plus, la base américaine de Thulé dans un Groenland autonome, dont je demande la fermeture très prochaine. Le Groenland ne peut acquérir l’indépendance souhaitée par le Parlement de Nuuk, et ne peut être effective que par la fermeture de cette base militaire étrangère. Ultima Thulé est d’autant plus engagé dans cette dénonciation,  qu’en début octobre, vient d’être dénoncée une seconde base secrète : au Camp century, à 240 km, à l’Est de la première base. Elle a été ouverte en 1959, en pleine Guerre froide. C’est une seconde base dite scientifique et réservée à l’étude de la glace et du climat. En fait, ultra secrète, elle comportait, à 30 mètres sous la glace, 21 tunnels de 4 000 km ; et disposait d’un réacteur nucléaire portable PM-2A. Dans cette base, étaient entreposés 600 missiles nucléaires au plus près de l’URSS. En 1967, elle a été fermée par l’US Army ; les ogives nucléaires retirées. Toutefois, ce projet, intitulé Ice Worm, n’ayant pas été suivi d’un programme de dépollution, les 55 hectares du site contiennent toujours des glaces contaminées ; 240 000 litres d’eaux usées, 200 000 litres de fuel et l’enceinte de confinement du réacteur nucléaire non-rapatriée. Tout récemment, des chercheurs canadiens ont découvert que, sous l’effet du réchauffement, les voutes des tunnels menaçaient de s’effondrer. La perte de glace n’étant pas compensée par les chutes de neige, la mise au jour des déchets contaminés est une menace pour les mers du Groenland visitées par les baleines, et d’une grande fragilité écologique. Les ruissellements générés par la fonte des glaciers entrainent les résidus chimiques, notamment les déchets d’uranium et les PCB.

Le gouvernement danois en 1968 avait donné son accord, dans une déclaration officielle du Premier ministre Hans Christian Hansen en 1957, selon laquelle ce secteur serait exempte d’armes nucléaires. Aujourd’hui, le ministre des affaires étrangères, Vittus Qujaukitsoq, se dit « préoccupé » par cette menace écologique.

À l’AFP, Kristian Hvidtfelt Nielsen, chercheur en histoire des sciences à l’université d’Aarhus au Danemark, estime que, « d’un point de vue moral, le Danemark et les États-Unis ont tous deux le devoir de nettoyer. Ce sont les Américains qui ont construit la base et ce sont les Danois qui leur ont donné l’autorisation de le faire ».

En tant qu’Ambassadeur de bonne volonté pour l’Arctique à l’UNESCO, j’ai saisi la direction de ce grand organisme pour une enquête approfondie soit conduite sous l’égide de l’UNESCO, pour que toutes dispositions soient immédiatement prises par Washington et par Copenhague, afin de protéger les autorités groenlandaises dans leur politique de protection des toundras déglacées et des mers froides. Dans Ultima Thulé, je milite activement pour que le Nord-Ouest, comme le Nord-Est du Groenland, soit sanctuarisé, ces secteurs étant hautement fragiles, particulièrement aux abords de Thulé. Un code de bonne conduite pour la défense des éco-systèmes a toujours été préconisé par mes travaux de géomorphologue. À quand, la défense de l’homme et de ces peuples autochtones aux civilisations héroïques?

C’est le sens de la nouvelle conclusion d’Ultima Thulé qui plaide pour que sous l’égide de l’UNESCO, cette région mythique habitée par 750 Inughuit, ou esquimaux polaires, en quatre villages, soit qualifiée « patrimoine immatériel de l’humanité ». Tel est le sens du combat de ma vie et de l’objet de la réédition de ce livre très largement augmenté.

Ecouter l’émission : 
https://www.franceinter.fr/emissions/la-tete-au-carre/la-tete-au-carre-25-octobre-2016

« Quand on ne respecte pas la terre, elle se venge »

Les Informations Dieppoises 10/10/2016 à 16:45 par Camille Larher
Le Dieppois Jean Malaurie, géocryptologue, naturaliste, ethnologue ou encore fervent défenseur de l’écologie, publie une partie de son travail sur le Groënland.

Arctica tome 1, écosystème arctique et haute latitude est le premier opus d’une série de quatre ouvrages, sur quel thème se concentre-t-il ?

Il faut commencer par le commencement. Cet ouvrage rassemble 750 articles de ma vie scientifique dont un tiers est inédit. Ils traitent de l’écosystème, ce à quoi j’ai voué ma vie. Alors qu’est-ce qu’un écosystème ? C’est un système qui concerne la nature. Je suis le premier homme à avoir mené une expédition au Groënland, à avoir réalisé une carte de cet espace, tout en côtoyant les Inuits, mes compagnons. Ma spécificité est la géocryologie, c’est-à-dire l’étude du gel dans la pierre. Ce qui me hante, ce sont les origines. Avec le temps, les falaises ordoviciennes, ce qui correspond à -500 millions d’années, forment des éboulis.

Ce livre montre qu’il y a un ordre dans la nature, un écosystème. La nature, elle-même, organise l’ordre. La nature a une énergie et au fil du temps, la pierre subit des éboulements. Puis les éboulis vont bouger pour donner des formes très variables. Ceux-ci ont des strates qui veulent dire des choses. Ce livre est très important car il montre qu’il y a une homéostasie, c’est-à-dire que le système s’autorégule dans un certain équilibre. C’est Gaïa, la terre.

Cet ouvrage est donc un livre d’écologie ?

Oui, c’est un grand livre d’écologie. Je suis un géophilosophe, je pense qu’il y a une pensée dans la terre. Comme James Lovelock, un des maîtres de ce courant scientifique et philosophique. J’ai vécu avec les Inuits et ils cherchent à me transformer car ils sont naturés. Ils ont une pensée sauvage. Jusqu’alors, personne n’a compris les archéo-civilisations animées par le chamanisme et l’animisme. Pourtant, les Inuits ont vécu des milliers d’années de manière isolée. La nature a sa logique.

Cet ouvrage montre comment l’humanité s’est construite. En réfutant la vision biblique d’Adam et Ève mais aussi la théorie de l’évolution de Darwin. C’est une pensée et une méthode. Ce livre est un support pour les écologistes. Il dit clairement, sachez respecter la terre ! Aujourd’hui, le nucléaire veut forcer la nature, mais un jour elle se vengera…

Pouvez-vous justement faire un lien entre ce respect de la nature et les catastrophes climatiques auxquelles nous devons faire face ?

Il y a huit jours des événements majeurs se sont produits. Quand la base militaire de Thulé s’est construite en 1951, au Groënland, j’étais contre. Pour ce faire, des populations ont été déplacées. J’avais demandé à ce qu’aucun avion n’ait de bombes nucléaires et en 1968 un bombardier s’est écrasé avec quatre bombes.

Des tunnels ont également été creusés au Camp Century pour rejoindre plus facilement Moscou et Pékin, avec à l’intérieur un petit réacteur nucléaire. Mais en 1967, cette base a été abandonnée mais il y a encore des déchets nucléaires. Et avec le réchauffement climatique, la glace fond et rejette tout cela dans la mer. Nous sommes tous concernés par cette pollution. C’est une véritable catastrophe ! Un incident mondial car les courants circulent. L’Unesco (organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture) veut faire une enquête.

Sur quel thème se portera le sujet du deuxième volume d’Artica ?

Là, dans ce premier volume, je m’intéresse à l’étude des éboulis et le prochain ouvrage parlera de la Sibérie. Notamment du district autonome de Tchoukotka où j’ai dirigé une expédition unique dans les années 90. Avec huit savants, nous présenterons nos recherches. Il faut défendre la nature et quand on défait le système, il faut faire attention. Car aujourd’hui, cette région est polluée et nous ne devons plus faire semblant.

Quel est votre avis de scientifique sur la tornade qui a touché les Antilles et une partie des États-Unis la semaine dernière ?

La nature est de plus en plus agressive et en Europe aussi les choses vont changer. La Cop 21 est vitale ! Il faut que l’homme respecte la nature. Arctica est un livre d’alerte. Arrêtons d’être irresponsables. À Thulé, il faudrait enlever 120 tonnes de neige et de gel chaque mois. En Sibérie, le CO2 sort petit à petit des zones dégelées à cause du réchauffement climatique. L’enjeu aujourd’hui est de réussir à l’enfermer mais on ne sait pas comment faire… Des gens là-bas meurent à cause d’une bactérie destructrice conduisant à des infections pulmonaires.

Aujourd’hui, que représente le peuple des Inuits ?

Ce sont des peuples qui vivent dans le Nord et qui sont venus de Sibérie il y a 10 000 ans. Ils ont franchi le détroit, et il y a 4 000 ans, ils sont arrivés au Groënland. Ce sujet sera l’objet du tome 3 d’Arctica. Leur situation est dure aujourd’hui car les jeunes boivent, se suicident. On a déraciné leur culture avec le catholicisme. Ce peuple vit une crise dramatique en profondeur. Tous les peuples autochtones ont des difficultés. Tous les quinze jours, un peuple autochtone disparaît et souvent, on a tout fait pour le détruire. Je suis pour l’écologie et la biodiversité culturelle. Il faut être fier d’avoir des racines. Comme il faut être fier d’être Dieppois sinon nous n’avons plus de culture. La science sans conscience n’est que perte de l’âme ! Le primitif a compris qu’on ne peut pas maltraiter la nature… On peut inventer un autre système de vie.

http://www.lesinformationsdieppoises.fr/2016/10/15/quand-on-ne-respecte-pas-la-terre-elle-se-venge/