Cérémonie de remise des archives de Professeur Jean MALAURIE

Le 22 novembre 2017, aux Archives nationales de France, a eu lieu la cérémonie de remise des archives de l’explorateur et ethno-historien Jean MALAURIE, dont, notamment, ses archives – cataloguées sur 50 mètres linéaires – du Centre d’Études Arctiques CNRS/EHESS qu’il a dirigé à partir de 1957 .

En présence de nombreux ambassadeurs – son excellence Monsieur Rolf Einar FIFE, Ambassadeur de Norvège, particulièrement attaché aux accords d’Olso ; son excellence Monsieur Claude COTTALORDA, Ambassadeur de la Principauté de Monaco, représentant le Prince Albert II de MONACO, ami de longue date du Professeur ; son excellence Madame Ségolène ROYAL, Ambassadrice des pôles Arctique et Antarctique, manifestant publiquement son intérêt pour la pensée malaurienne ; le représentant de l’Ambassadeur de la Fédération de Russie, le conseiller scientifique Kirill BYKOV – mais également une soixantaine de personnalités – dont Monsieur Valery L MIKEEV, Recteur  de l’Université d’hydro-météorologie russe d’état de Saint-Pétersbourg – de scientifiques, chercheurs, écrivains et amis, Jean MALAURIE a prononcé un de ses discours les plus importants sur la défense et l’écoute des peuples primaires injustement considérés comme inférieurs ; sur l’urgente nécessité de réveiller les élites destructrices de notre planète et de son environnement, ainsi que sur les sciences sociales pouvant aller de l’avant qu’en respectant cette évidence selon laquelle l’homme a un passé biologique, dont les peuples premiers ont toujours eu conscience.

Professeur MALAURIE a conclue son intervention très remarquée en affirmant que le combat de  nos contemporains est de repenser le modèle de l’enseignement supérieur fabricant des exécutants et non des Penseurs !

(de gauche à droite) Françoise BANAT-BERGER, Directrice des Archives nationales de France ; Ségolène ROYAL, Ambassadrice des pôles Arctique et Antarctique ; Pierre-Cyrille HAUTCOEUR, Président de l’EHESS ; Jean MALAURIE – ©JeanMalaurie
Jean MALAURIE (à gauche) accueillant son excellence Monsieur Rolf Ernan FIFE, Ambassadeur de Norvège (à droite) ; Pierre-Cyrille HAUTCOEUR, Président de l’EHESS (au centre) – ©JeanMalaurie
(de gauche à droite) Armelle DECAULNE, chargée de recherches CNRS ; Denis MERCIER, Professeur de universités Paris Sorbonne ; Jean MALAURIE ; Samuel ETIENNE, Directeur d’études EPHE-PSL, spécialiste de  géomorphologie arctique (Islande) et Président du journal du Fonds Polaire Jean Malaurie (seule bibliothèque polaire au Muséum d’histoire naturelle)- ©JeanMalaurie

Le texte de ce discours est destiné à paraitre. Par ailleurs, dans une prochaine manifestation, Jean MALAURIE fera don de ses archives personnelles sur ses expéditions, ses recherches scientifiques et littéraires.

Palais de Soubise – Archives nationales de France

Terre Humaine – dans la mouvance des Hautes études

Par son approche inter-milieu, inter-écriture, inter-sensibilités, avec des jeux de double-vue et de regards croisés, la collection Terre Humaine a l’ambition d’être dans le droit fil de l’oeuvre révolutionnaire de Lucien Febvre, Marc Bloch, Fernand Braudel et Charles Morazé, avec la célèbre revue Les Annales, et l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales. Je souhaite, avec modestie, que Terre Humaine soit un nouveau plaidoyer pour la pensée française. Ce fut un honneur pour moi d’être appelé aux côtés de Fernand Braudel, dès 1957, à cette célèbre Ecole des Hautes Etudes en Sciences sociales, au moment même où elle se construisait.

Je tiens à rappeler l’oeuvre de Philippe Ariès, qui a approfondi ce champ essentiel d’investigations en explorant les mentalités cachées, les tabous, mes secrets. Nos pensées allaient se rejoindre, et nombre de livres de la collection allaient prouver la profondeur de la pensée d’Ariès. Il est capital de poursuivre cette histoire sincère et totale de nos pensées et passions souvent inconscientes qui nous dirigent. Telle est, peut-être, la préoccupation la plus fondamentale qui relie, par-delà l’intelligence, des structures de groupe : faire émerger cette « humble vérité » chère à Zola.

Arctica 1 : Écosystème arctique en haute latitude

Écosystème arctique en haute latitude - CNRS éditions - Jean Malaurie 2016
Écosystème arctique en haute latitude – CNRS éditions – Jean Malaurie 2016

Il est un système d’équilibre des forces, une homéostasie de la Terre : Gaïa. Elle établit un ordre dans les éboulis du Grand Nord, dont les roches datent de l’Ordovicien. C’est une découverte majeure que Jean Malaurie va faire en jeune naturaliste lors de deux expéditions glaciologiques françaises sur l’inlandsis du Groenland (1948-1949), puis en solitaire (1950-1951) à Thulé, dans le nord-ouest du Groenland. Les éboulis ordoviciens de plus de 400 millions d’années ont une « personnalité géomorphologique ». Ainsi, pour appréhender l’évolution de la Terre, les changements de climats, il convient d’en étudier les différentes étapes : ce sera l’objet de sa thèse d’État en géographie physique.

Aux côtés des Inuit, Jean Malaurie, jeune apprenti méditant, est à l’écoute de leur « pensée sauvage ». Il découvre la place centrale que tiennent la pierre et son « esprit intime » dans leurs réflexions mythiques, écho de ses propres recherches géocryologiques. Débute alors un long questionnement sur la dialectique de l’environnement et du chamanisme dont cet ouvrage présente la genèse.

Ce premier tome d’une série de quatre volumes consacrés à ses travaux scientifiques rassemble les recherches fondamentales de Jean Malaurie en géomorphologie, géocryologie et cryopédologie. En géophilosophe – selon la formule de Gilles Deleuze –, l’auteur revient sur ses propres découvertes scientifiques. On découvre les prémisses d’une pensée bachelardienne, à la recherche des énergies vitales de la pierre, au fondement de la vie sur Terre. Formé par l’esprit de raison géographique, le chercheur s’attache aux forces obscures de l’inconscient, l’irrationnel, inspiré par le socle rocheux et son énergie.

Personnalité polaire majeure, Jean Malaurie est avant tout un scientifique, géomorphologue et géocryologue de formation. Il est à l’origine du Centre d’études arctiques [CNRS-EHESS], érigeant en combat précurseur l’interdisciplinarité entre sciences humaines et sciences naturelles, une éco-ethnologie. Directeur émérite au CNRS et à l’EHESS, ambassadeur de bonne volonté pour l’Arctique à l’Unesco, il est aussi le père fondateur d’une anthropologie réflexive au sein de la collection « Terre Humaine ». En naturaliste, loin des structures et des modèles, il déploie une pratique novatrice de l’anthropogéographie, solitaire et immergée. Défenseur des minorités boréales, il fonde l’Académie polaire d’État à Saint-Pétersbourg, unique école des cadres pour les jeunes élites autochtones nord-sibériennes dont il est le président d’honneur à vie. Il vient d’être nommé président d’honneur de l’université d’hydrométéorologie arctique d’État de Saint-Pétersbourg.