Equilibri artici. L’umanesimo ecologico di Jean Malaurie

di Giulia Bogliolo Bruna - CISU, 2016

« Equilibri artici. L’umanesimo ecologico di Jean Malaurie » ripercorre l’itinerario intellettuale dell’eclettico studioso, « monumento » della cultura francese cui hanno reso un vibrante omaggio il mondo accademico e la sfera istituzionale. Attingendo a un ricco ed inedito materiale documentario, questo saggio, traduzione italiana di « Jean Malaurie: une énergie créatrice » (Parigi, Armand Colin, 2012) ne illustra la feconda creatività che si è espressa in una pluriforme – ma organica – produzione scientifica ed editoriale.

Recensione (di René Maury): 

Già pubblicato in Francia con il titolo Jean Malaurie, une énergie créatrice, questo volume, nella versione italiana tradotta e completata dall’Autrice, offre una vasta panoramica della densa attività di un grande esperto delle aree artiche, Jean Malaurie, sebbene meno noto in Italia di un altro esploratore francese delle zone polari, l’etnologo Paul-Émile Victor, o, in altro ambiente, di Jacques-Yves Cousteau, esploratore oceanografico. Mostro sacro degli ambienti artici e instancabile ricercatore sia solitario che con spedizioni scientifiche, Malaurie, geografo di formazione ma noto come etno-storico-sociologo, comunque a cavallo tra la geomorfologia, l’antropologia, la geografia umana e l’ecologia scientifica, ha segnato un’epoca, privilegiando le ricerche sul campo, e associando sempre ad esse i popoli artici dalla Groenlandia alla Siberia, fra i quali egli si insediava per mesi, impegnato in osservazioni ed interviste.

Il denso volume, curato da Giulia Bogliolo Bruna – a sua volta etnostorica e antropologa, membro della Società Geografica Italiana e di altre società scientifiche, studiosa anche di popolazioni Inuit e impegnata in altri campi di studi americanistici – appare come un ampio percorso soggettivo nella vastissima attività di Malaurie, mettendo a disposizione del lettore una ricca documentazione basata su testi originali, citazioni di lavori pubblicati o di materiali orali, lettere e discorsi dall’archivio personale – aperto per l’occasione all’Autrice – un corredo fotografico e una densa bibliografia articolata; insomma un omaggio al poliedrico studioso, una biografia intellettuale di Malaurie.

Dai sei capitoli, che vanno dal richiamo che il Nord ha presto esercitato su Malaurie, alle prime ricerche geomorfologiche e cartografiche, alla progressiva “inuitizzazione” dell’autore e al richiamo al sacro nel frequentare le comunità nordiche, fino all’impegno militante dell’intellettuale umanista, rileviamo piuttosto agevolmente la sua formazione geografica. Dai primi approcci sul campo in Marocco e nel Sahara, per restare comunque ancorato alll’affascinante natura del deserto e nel contempo per fuggire al mondo accademico, egli si dirige verso la quasi sconosciuta Groenlandia, su consiglio del maestro della geografia Emmanuel de Martonne, prima come geografo delle Expéditions polaires françaises del noto Paul-Emile Victor, e poi spesso in solitario presso i popoli Inuit; fino a essere titolare della prima cattedra di Geografia polare all’Istituto di Geografia di Parigi.

Un lungo capitolo è dedicato alla sua attività editoriale, con la creazione della fortunata collana editoriale Terre Humaine, aperta col suo saggio Les derniers rois de Thulé (1955, sulla comunità Inuit groenlandese travolta e in parte dispersa dalla creazione della base militare nucleare americana di Thulé), seguito dal noto Tristes tropiques dell’antropologo Claude Lévi-Strauss, e tuttora attiva per la diffusione di lavori non di taglio esclusivamente universitario.

Un’altra parte del volume tratta della cura di Malaurie per l’archiviazione e la valorizzazione del materiale antropologico, anche orale, e per la costituzione – associandovi sempre collaboratori Inuit – di una struttura di ricerca col Centre d’Études Arctiques, oggetto di interesse anche in Canada, Danimarca e Russia.

Ancora da segnalare nel libro la prefazione di Anna Casella Paltrinieri e la postfazione di Luisa Faldini, co-direttrice con Elvira Stefania Tiberini della collana italiana “Etnografie americane” (nella quale è inserito questo volume). Da esse traspare ulteriormente l’impegno di militante politico-ecologico di Jean Malaurie, già dalla sua azione di partigiano durante la Seconda guerra mondiale, oggi sempre pronto a denunciare con proclami, documenti e testimonianze locali i mali interni ed esterni dei popoli marginalizzati del Grande Nord, ai quali egli resta tuttora visceralmente legato.

di Giulia Bogliolo Bruna

Présence exceptionnelle de Jean Malaurie à Blois aux 21es Rendez-vous de l’Histoire

Professeur Jean MALAURIE est invité en qualité de « Grand témoin », une place d’honneur, le dimanche 14 octobre à 10h, pour un débat d’une heure animé par le rédacteur en chef de la revue L’Elephant, à l’occasion du plus grand festival des idées en France, LES RENDEZ-VOUS DE L’HISTOIRE – La puissance des images – à Blois.

Oser, Résister – La sagesse des peuples premiers – Sciences et Avenir

Sciences et Avenir - Août 2018 - N°858
La sagesse des peuple premiers

CHAMANISME Mordant, inspiré, Jean MALAURIE […] revient sur son parcours de scientifique et de réfractaire. Le géomorphographe, qui aime à dire qu’il parle avec les pierres – « le son d’une pierre est une parole » – et a été initié au chamanisme, se bat depuis les années 1950 pour les Inuit de Thulé au Groenland, menacés notamment par une base nucléaire américaine. Il nous invite à ralentir nos destructions, à réfléchir à la sagesse des peuples premiers et moque les scientistes, les marxistes ou les Occidentaux aussi obtus qu’imbus d’eux-mêmes. Il appelle à oser, résister et s’aventurer pour « ne pas devenir un peuple de fourmis, manipulé par le verbe, l’image et l’informatique ».

R.M.

LE TEMPS D’UN BIVOUAC – Jean MALAURIE – radio France Inter

Émission "LE TEMPS D'UN BIVOUAC" sur la radio France Inter - mardi 24 juillet 2018

Jean MALAURIE et les Inuits de Thulé

Le temps d’un bivouac, Jean MALAURIE nous emmène à la rencontre d’un peuple légendaire : les Inuits de Thulé.

Contrée la plus septentrionale de la Terre, Thulé a longtemps été une terre de mystères, attirant les grands explorateurs des pôles.

C’est en 1950 que Jean MALAURIE découvre pour la première fois le peuple mythique qui l’habite. Fasciné par la vie de ces Inuits qui savent écouter la nature, le géographe partage leur quotidien : il apprend la langue, écoute les mythes sacrés et découvre la « pensée sauvage ». Mais en 1951, ce territoire fragile se retrouve menacé par l’installation d’une base nucléaire. En fervent défenseur des régions polaires, Jean Malaurie écrit Les derniers rois de Thulé et fonde la collection Terre Humaine, avec l’idée de faire s’exprimer les « populations de culture orale, dont la parole est confisquée ».

Il nous raconte ses expéditions dans le Grand Nord et nous fait part de son combat pour la défense des minorités. Jean MALAURIE rappelle que l’Arctique rentre dans une aire turbulence, une tension politique où la Chine devient une puissance polaire majeure. Elle vient d’installer une station d’études arctiques en Islande dotée de moyens financiers considérables et guettant dangereusement le Groenland.

Professeur MALAURIE profite de son passage sur les ondes de la radio France Inter pour relayer l’appel du Député au parlement groenlandais, Per ROSIN-PETERSON, personnalité autochtone, et membre de la Commission pour la rédaction d’une Constitution, qui demande à la France d’aider le Groenland à obtenir son indépendance et entrer dans l’Union Européenne.

(Ré)écouter l’émission :
https://www.franceinter.fr/emissions/le-temps-d-un-bivouac/le-temps-d-un-bivouac-24-juillet-2018-0

Appel du Député au parlement du Groenland Per ROSING-PETERSON

Dans le premier numéro – printemps 2018 – de la revue De la pierre à l’humain, bulletin du Fonds Polaire Jean MALAURIE, Per ROSIN-PETERSON (PRP), Député au parlement groenlandais, personnalité autochtone, et membre de la Commission pour la rédaction d’une Constitution, répond aux questions de Jean Michel HUCTIN (JMH), anthropologue, laboratoire CEARC, Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines.
Premier numéro de la revue « De la pierre à l’humain. Bulletin du fonds polaire Jean Malaurie ». Une revue de vulgarisation scientifique sur les recherches françaises en milieux arctiques. Une collaboration EPHE, Université PSL Paris et Muséum national d’Histoire naturelle. Printemps 2018.

[…] JMH : Tu sais que Jean MALAURIE considère les Inuit comme des « sentinelles de l’Arctique » parce qu’ils sont les héritiers d’un savoir socio-écologique ancien qui permettait aux humains de vivre de la nature en la respectant. Quel rôle pourraient-ils jouer pour sensibiliser le monde au changement climatique et à la préservation de l’environnement ?

PRP : […] Depuis quelques années, ce monde civilisé se réveille mais est-ce que, par exemple, la signature de l’accord de Paris de la COP21 va changer quelque chose en mieux ? Je l’espère car jusqu’à maintenant ce monde a été occupé à creuser sa propre tombe. Jean MALAURIE le sait et j’ai toujours vu un lien invisible mais fort entre lui et nous, inuit du Groenland. Avec lui, nous devons faire prendre conscience à ce monde civilisé que son comportement est suicidaire et destructeur pour nous tous.

[…]

JMH : Je sais que tu apprécies particulièrement la France depuis de nombreuses années. Quel lien fort peuvent développer nos deux pays entre eux ?

PRP : Je vais simplement me référer à ce que Jean MALAURIE a suggéré il y a quelques années, à savoir que la France devrait utiliser le Groenland comme la clé pour entrer dans l’Arctique et que le Groenland devrait utiliser la France comme la clé pour entrer dans l’Union Européenne. La France et le Groenland auraient tout à gagner à construire un grand partenariat basé sur un bénéfice mutuel, je sais que la France peut le comprendre. C’est un point de vue que le Danemark, par exemple, ne partage pas.

Propos recueillis, mis en forme et présentés par Jean-Michel HUCTIN, anthropologue.

Les combats de Jean MALAURIE – Les Echos

Journal Les Echos - 5 juillet 2018 - par Marianne BLIMAN
Dans « Oser, résister », le scientifique, spécialiste du Grand Nord, nous fait partager ses réflexions sur les peuples autochtones et l’enseignement supérieur et la recherche, entre autres. Il revient sur nombre des étapes de son parcours. Stimulant !

Le propos. A 95 ans, Jean Malaurie n’a rien perdu de sa verve. Dernière preuve en date : « Oser, résister ». Il y plaide – comme il l’a déjà fait à de nombreuses reprises auparavant – la cause des peuples autochtones. Evoquant, par petites touches tout au long du texte, certains moments de ses si nombreuses expéditions dans le Grand Nord, en particulier au Groenland. Par ailleurs, il ne manque pas de porter un regard (très) critique sur le système universitaire français, recherche comprise. Malgré des passages d’un égocentrisme envahissant, son dernier livre permet de se (re)plonger dans le parcours exceptionnel de cet explorateur et scientifique précurseur.

L’auteur. Jean Malaurie a consacré sa carrière à des études d’anthropogéographie arctique et de développement des populations esquimaudes et nord-sibériennes, notamment. Directeur émérite au CNRS et à l’EHESS, il a fondé la collection Terre Humaine (éditions Plon), lancée en 1955 avec son livre « Les Derniers Rois de Thulé » et « Tristes Tropiques », de Claude Lévi-Strauss.

La citation.« Homme des origines, je ne cesserai jamais ce combat en faveur des peuples autochtones, de toutes minorités et particulièrement venant du fond des âges. C’est un ethnocide intolérable. L’humanité est riche de la diversité culturelle et ethnique, et l’Unesco assiste tous les quinze jours à la disparition d’une langue. »

Marianne BLIMAN
https://www.lesechos.fr/idees-debats/livres/0301905839657-les-combats-de-jean-malaurie-2189993.php

Jean Malaurie : roi de Thulé

Géographe et ethnologue, il connaît mieux que personne les Inuits du Groenland. Il rédige aujourd’hui ses Mémoires et vient de remettre ses documents aux Archives nationales.
photo prise le 03 mai 2001 à Paris de l’anthropogéographe et écrivain français Jean Malaurie, fondateur et directeur de la collection anthropologique « Terre Humaine » (PLon). AFP PHOTO PIERRE ANDRIEU

Je vous épargne les détails… » Mon Dieu, mais qu’est-ce que ce serait dans le cas contraire ! Le fait est que l’âge n’a pas entamé chez cet homme d’un charme fou le goût irrépressible de raconter en s’autorisant toutes les digressions. Et comme il sait jouer de sa voix chaleureuse, de sa prodigieuse mémoire et de sa puissance d’évocation, on se résout à rater le rendez-vous suivant, surtout lorsqu’il prévient : « Il faut toujours garder la part des ombres et il y en a encore chez moi… »

Explorons donc le passé de l’explorateur. Famille bourgeoise de la droite catholique normande tendance janséniste (« pour tous la prière tous les soirs à genoux »), père professeur agrégé d’histoire (« malgré l’hostilité d’Albert Mathiez ! »), hypokhâgne au lycée Henri-IV dans une classe dominée par le doux magistère d’Alain, le STO qui pousse au refus et à l’entrée dans la Résistance ponctuée par une prudente injonction de sa mère (« Ne reviens jamais, tu as des frères et soeurs »).

De la guerre, il a tiré une morale après avoir vu les grandes institutions se coucher. Libre du jour où il s’est lui-même libéré, il ne tarde pas à obéir à sa passion : comprendre l’origine de l’univers, en choisissant la géographie dans un milieu où tant d’historiens l’appelaient « la géo » non sans mépris. Jean Malaurie préfère se souvenir de l’éblouissement que provoqua en lui la rencontre de Lucien Febvre, « un génie ! ». Mais sa discipline, dès le début, c’est la géographie physique dont il s’éprend rapidement. Ce qui ne l’empêche pas, aujourd’hui encore, d’être aussi présenté comme ethno-historien.

De là lui vient une certaine exigence doublée d’une puissante détermination. Deux choses essentielles lui arrivent. La première, il est investi par le CNRS en 1950 d’une mission, « en solitaire, c’est le plus important », à Thulé (Groenland). Il y établit, sur quatre générations, une généalogie inédite d’un groupe de 302 Inughuits, peuple le plus septentrional de la Terre, et met au jour une planification tendancielle afin d’éviter les risques de consanguinité. La seconde « chose essentielle » est un cadeau de la nature. Un don de prescience sauvage qui fait probablement de lui le seul directeur de recherche au CNRS à fonctionner avec des appels depuis qu’en l’accueillant à Thulé le grand chaman lui a dit : « Je t’attendais. » Cela peut aller loin puisqu’il a choisi son épouse à l’écoute du seul son de sa voix. Quand il y croit, il y croit.

En 1955, il crée « Terre Humaine » chez Plon. Rarement une collection aura à ce point mérité ses lauriers : « Une comédie humaine à l’échelle du monde ! »lance-t-il non sans fierté. Des anthropologues, des ethnologues et de grands voyageurs – mais aussi des ouvriers et des paysans fiers de leur tradition orale – osent écrire à la première personne, contre l’esprit dominant de la vieille Sorbonne, emmenés par un agitateur animé du désir que l’histoire soit « non une addition de ghettos, mais de rencontres ». Ainsi, il impose les souvenirs de paysan bigouden de Pierre-Jakez Hélias dont il maintient le titre Le Cheval d’orgueil contre la volonté du patron de la maison d’édition, Sven Nielsen, qui voulait les rebaptiser « Mémoires d’un plouc ».

La maquette du navire de Charcot

Chaque lecteur fidèle de la collection a ses titres préférés : aux uns Tristes tropiques de Lévi-Strauss et Les Derniers Rois de Thulé. Avec les Esquimaux polaires, face à leur destin de Jean Malaurie, aux autres Louons maintenant les grands hommes de James Agee, avec l’inoubliable reportage photo du grand Walker Evans, une enquête effroyable sur la misère en Alabama à travers le destin de trois familles de métayers, parue aux États-Unis en 1939 ou les Carnets d’enquêtes de Zola que tous les gens de cinéma devraient considérer comme un bréviaire du repérage… Tant de « déjà classiques » parmi eux ! Un titre manque à l’appel dans un catalogue dont Jean Malaurie peut s’enorgueillir car il est son oeuvre : Les Esprits des feuilles jaunes (1955) de Hugo Adolf Bernatzik, annoté par Georges Condominas, ethnologue spécialiste de l’Asie du Sud-Est. Le livre avait été définitivement exclu du catalogue quand Jean Malaurie avait appris le passé nazi de l’ethnographe autrichien. Longtemps après, le directeur de collection regrette encore amèrement de ne pas s’être mieux renseigné sur son auteur.

« Terre humaine », on pourrait en parler pendant des heures. D’ailleurs, le voilà qui s’empare du catalogue, s’enfonce dans son fauteuil et détaille voluptueusement chacun des titres. En 2015, l’emblématique couverture ornée d’une photo noir et blanc s’est métamorphosée au moment du passage de relais à l’académicien Jean-Christophe Rufin.

Jean Malaurie est couvert de médailles, distinctions, décorations, titres universitaires ; innombrables sont les instituts et institutions qui portent son nom. Rien n’en transparaît dans le décor de son appartement parisien : une maquette du Pourquoi pas ?, le navire explorateur du commandant Charcot, au-dessus d’une armoire ; l’affiche de l’appel du 18 Juin ; sur un mur des dessins et des masques. Les étagères de sa bibliothèque « polaire » ploient sous le poids de ses livres et de ses contributions à des revues savantes. D’autres y trouveraient matière à se reposer. Pas lui qui bouillonne d’idées, de projets et d’indignations contre ses collègues qui « partent en proclamant faire leur terrain avec une morgue coloniale ! ». Au seul mot de « mondialisation » le voilà qui bondit et s’enflamme, la mèche en bataille. A la seule évocation du nom du géographe Emmanuel de Martonne, son maître, le fil de mille et un souvenirs est tiré mais il peut très bien mener à l’éloge de Pietr-le-Letton, son Simenon préféré. Ou à celui de son ami Paul-Émile Victor, « un homme habile dans le genre de Nicolas Hulot, quelqu’un qui savait où trouver de l’argent » contrairement à lui qui, question argent, aurait plutôt pour héroïne la philosophe Simone Weil à l’usine.

Il met la dernière main à ses Mémoires à paraître en 2019. Infatigable, inarrêtable, intarissable, il ne lâche pas pour autant son combat de toujours : « Si on ne réforme pas l’enseignement supérieur, la France est infidèle à son génie créateur ! » Plaignons les ministres qu’il croisera. Tout en demeurant hors politique il ne s’est jamais empêché de murmurer à l’oreille des chefs d’État et ne se cache pas d’être manoeuvrier quand il faut l’être. Pour sonner le tocsin : le réchauffement climatique, la catastrophe écologique… Tant qu’Emmanuel Macron sera à l’Élysée, Jean Malaurie ne cessera de l’exhorter à s’appuyer là-bas dans le Grand Nord, sur les peuples autochtones dont il a lui-même formé les élites : « Je vais lui conseiller de prendre leur tête ! » Et si le président insiste, il lui parlera de sa foi animiste, de sa manière de courtiser la nature, d’être fidèle à ses lois spirituelles sans oublier qu’elle n’est pas bonne et que Lucifer n’est jamais loin. Il lui transmettra la grande leçon qu’il a tirée de ses années passées avec les Inuits : à l’intérieur de l’igloo, c’est l’exubérance, mais dehors, c’est l’inverse. Là on pense et on s’imprègne jusqu’à en être absorbé. Et de cet état-là aussi Jean Malaurie parle très bien : le silence.

Pierre Assouline dans mensuel 445 daté mars 2018

http://www.lhistoire.fr/portrait/jean-malaurie-dernier-roi-de-thulé

GERME DU NAZISME : la « société de Thulé » (Thule-gesellschaft )par Léa MOSCONA

par Léa MOSCONA - Article extrait de la revue L'Arche,  Un média Fonds Social Juif Unifié

Le Professeur JEAN MALAURIE dénonce « le viol du mythe de Thulé » par les nazis : antisémitisme et antichristianisme

LANCEUR D’ALERTE, il met en garde contre les risques de notre époque 

(le Professeur Jean Malaurie est Directeur de recherche émérite au CNRS et à l’EHESS à Paris)

Bien plus qu’un grand scientifique, le célèbre explorateur du Grand Nord, spécialiste des Inuit du Groenland et fondateur de la mythique collection TERRE HUMAINE, est un homme qui voit loin.

Fondateur du Centre d’études arctiques au CNRS et à l’EHESS à Paris (1957) et Président-fondateur de l’Académie Polaire d’Etat (1994, école des cadres des 26 peuples sibériens, 500 000 h et f) de Saint Pétersbourg (université russe de 1 600 élèves dont la première langue étrangère enseignée est le français), il a toujours bousculé le protocole, dérangé, remis en question l’ordre établi pour changer le monde. Ce monde qui ne lui convient pas, parce qu’il exclut les minorités. Jean Malaurie se bat pour le droit à la différence : « La pluralité, c’est l’intelligence du monde » dit-il.

Tout commence pour lui par le traumatisme de l’occupation allemande et la plus humiliante des défaites de l’histoire de France. Il a la haine du nazisme dans le cœur, de l’idée même d’une « race supérieure » qui veut asservir les « races voisines ».

Dans la troisième édition d’Ultima Thulé, une merveilleuse bible de plus de 400 pages parue aux éditions du Chêne, relatant l’histoire conflictuelle de la conquête du Pôle, Jean Malaurie dénonce « la tentative de viol du mythe de Thulé » par les nazis. Thulé, au Nord-Ouest du Groenland, est au cœur de la mythologie grecque apollinienne. Un haut lieu qu’il découvre en 1950, lors de sa première mission en solitaire et où il entreprend ses recherches sur les pierres, les éboulis et sur la glacio-isostasie ; mais surtout, sur une « pensée sauvage » d’un peuple arctique, les Inuit, disposant d’une organisation sociale complexe (un anarcho-communalisme) et une culture animiste.

DE PARIS A THULE : Le destin d’un jeune naturaliste inspiré devenu spécialiste de l’animisme

Toute sa vie, le Professeur Jean Malaurie l’a vécue en inspiré, conduit par une volonté acharnée de comprendre le monde qui l’entoure. Découvrir le mystère des origines, c’est bien son destin, un destin inspiré par le grand paléoanthropologue Pierre Teilhard de Chardin qui devint l’un de ses maîtres.

Une jeunesse marquée par la guerre ; il est réfractaire au STO

Très jeune, Jean Malaurie a une idée de ce qu’il attend de son éducation. Il n’a jamais aimé l’enseignement scolaire qu’on lui impose. Issu d’une famille chrétienne janséniste, bourgeoise et érudite, on attend de lui qu’il ait un poste important ; il étudie, mais sans conviction. « Je me prête, mais je ne me donne pas » dit-il. Il se donnera en effet, mais plus tard, dans le cadre d’une éducation qu’il aura choisie dans ces territoires lointains du Grand Nord avec pour maître le grand Chaman Uutaaq.

En 1943, préparant alors Normal Sup, il est rattrapé par la guerre ; le décret Sauckel impose aux classes d’âges de 1920, 1921, 1922, le dégradant STO (Service du travail obligatoire de 2 ans ; 660 000 travailleurs obligatoires l’ont accepté pour l’Allemagne nazie et sont partis outre-Rhin).

Se déclarer vaincu, se soumettre à l’Allemagne nazie, JAMAIS !

Il prend en main son destin. Le jeune homme de 20 ans, sait ce qu’il doit faire. Il a ce pressentiment, cette certitude qu’il appellera plus tard « la préscience sauvage ».

Jean Malaurie devient « réfractaire ». Après avoir manqué son départ d’un quart d’heure, avec un Réseau, pour rejoindre les troupes françaises au Maroc en mai 44, il part pour le Vercors avec de faux documents, seul, démuni, activement recherché par la police mais cet instinct primitif le guide. Les temps sont durs, la délation est un vice national et elle est encouragée au point d’être une vertu patriotique au titre de la Relève. L’arrestation est suivie d’une immédiate déportation dans des camps, « plusieurs de mes camarades y sont morts dans des conditions indignes » se souvient-il. (Carte de Réfractaire n° 3730, Office National des Anciens Combattants, Paris 1961).

Orphelin de père depuis avril 1939, il perd sa mère, une mère héroïque qui, harcelée par la police, le protègera jusqu’au bout, au bout de ses forces qui lâchent de souffrance et d’angoisse. Jean Malaurie décide alors, s’il s’en sort, de refaire son éducation ailleurs, loin de cet Occident qui s’est déshonoré ! Le plus loin possible. Ce sera le Grand Nord.

[…]

La création de « TERRE HUMAINE » : Une Terre de Liberté

La décision

Juin 1951, c’est la découverte d’une base nucléaire américaine destinée aux bombardiers nucléaires à Thulé. Les Américains, US Air Force, violent le territoire des Inuit. Qui plus est : ils les déportent durant l’hiver 1953 avec le consentement des autorités danoises. Jean Malaurie, le 18 juin 1951, accompagné par 2 chasseurs Inuit, armés sur ordre de Uutaaq, y vit un moment terrifiant.  Menacé par les militaires, il leur tient tête en contestant fermement leur présence. « Go home ! » lance-t-il au Général, au nom des Inuit dont il est l’ambassadeur ; il n’a que 28 ans. C’en est trop !

C’est à ce moment précis qu’il décide d’écrire son premier ouvrage devenu mythique « Les derniers rois de Thulé », éditions Plon. La création de TERRE HUMAINE est lancée.

L’Occident est coupable d’une offense, que Jean Malaurie appelle « une infamie », faite à un peuple qui a pour seul « crime » d’être différent, païen, d’être capable de s’autoréguler, de s’autogérer. Ces Inuit ont une conviction ; ils sont inspirés et cela leur suffit!

Et comme le dit le philosophe russe Léon Chestov dont Jean Malaurie partage la pensée «Nous ne pouvons pas enfermer la vérité dans des principes scientifiques» (« Les révélations de la mort », éditions Librairie Plon, 1923). Les Inuit ont leur vérité : cette « pensée sauvage » que Jean Malaurie et ses amis Claude Lévi-Strauss et Roger Bastide, mais aussi celui que Jean Malaurie estime être notre maître à tous, Gaston Bachelard, ont imposée comme l’égale de la raison occidentale.

« J’ai créé TERRE HUMAINE avec la haine du nazisme dans le cœur »

Pour Jean Malaurie réduire à néant le savoir ancestral d’un peuple, c’est porter atteinte à l’humanité toute entière. « Ces peuples racines sont nos pères, notre mémoire originelle, la plus proche du mystère de la création ».

TERRE HUMAINE est une «Terre de liberté » dit-il, qui donne de la sagesse, de l’intelligence à toutes les cultures. Pour Jean Malaurie, il existe différents chemins de la connaissance. Les peuples, dit-il, qu’ils soient intouchables, muets, analphabètes, voire « braqueurs de banques » ou breton bigouden : « le cheval d’orgueil », expriment, tout comme les grands philosophes, le mystère du capital sacré de l’humanité. Chaque peuple dit sa vérité mais à son heure. L’anthropologie scientifique se révèle être en accord avec le Livre des Psaumes (Psaume 117) « Les nations du monde loueront et glorifieront le nom de Dieu, car la bonté et la vérité de Dieu sera sur nous tous pour toujours ». Jean Malaurie a également publié quatre livres fondamentaux de la pensée Yiddish, notamment « Les oubliés du Shtetl » de Yitshak L. Peretz en 2007.

TERRE HUMAINE que Marie-Madeleine Fourcade, chef de l’un des plus grands réseaux de résistance « Alliance » et amie de Jean Malaurie, considérait comme la suite naturelle de son action ; elle en témoigna par écrit.

Comment la pseudo-philosophie nazie affirmant l’existence d’une race supérieure teutonne, conquérante et « pure », le mythe de la grande Allemagne d’esprit raciste, ne pouvait-elle pas bouleverser le cœur de cet homme?

Aujourd’hui, Jean Malaurie veut dénoncer cette tentative de viol du mythe de Thulé par les nazis qui avilit l’histoire de ce lieu qui lui est si cher.

LE VIOL DU MYTHE DE THULE

Les cinq Thulé

Thulé, c’est avant tout un lieu mythique issu de l’antiquité grecque, terme mystérieux qui désigne une Ile du grand Nord à l’extrémité septentrionale du monde et habité par le peuple des hyperboréens, les Parfaits ; c’est celle que l’explorateur grec Pythéas citait en 330 av JC, c’est la Thulé que les nazis manipulent avec cet art du mensonge qui leur est propre. L’origine du mot peut être aussi celtique, voire sanscrit. Il y a ensuite, la Thulé / comptoir créé en 1910 par l’explorateur danois Knud Rasmussen au Nord du Groenland et internationalisée par sept expéditions ethnologiques, les deux dernières, sur la côte Est du Groenland, en 1932 et 1933. Les archéologues ont, pour leur part, désigné « culture de Thulé », l’une des périodes Inuit, après l’épisode Inugshuk, autour de l’ère chrétienne. Goethe, quant à lui, a immortalisé ce nom en 1774 dans le poème « Der König von Thulé » puis plus tard, en 1808, pour désigner un château mythique dans « Faust ». Enfin, la Thulé contemporaine, c’est celle de Jean Malaurie, la base nucléaire aujourd’hui qu’il veut « re-groenlandiser » et démilitariser pour qu’elle reprenne vie ; c’est le pays des hyperboréaux, la terre des Inuit dont il est l’Ambassadeur de bonne volonté pour l’Arctique à L’Unesco.

La « Société de Thulé » (Thule-gesellschaft), berceau du parti nazi

La Thulé mythique, sacrée, de la mythologie grecque est une source de mystères que certains illuminés s’approprient pour justifier l’existence d’une race humaine supérieure nordique : les Aryens. Ces hommes « de race pure » auraient vu le jour dans l’hypothétique Hyperborée, centre magique des peuples germaniques. Thulé est donc devenue une sorte d’Atlantide du Nord.

C’est en 1918 à Münich que Rudolph von Sebottendorf, un aventurier turco-allemand créa un groupe ésotérique, la « Société de Thulé », basée sur cette idéologie de la « race supérieure » et sur une culture völkisch teutonne largement développée en Allemagne depuis le XIXème siècle ; elle se définit par le racisme, l’antisémitisme, l’antichristianisme etle pangermanisme. Cette pseudo-idéologie pense que le peuple allemand doit renouer avec ses lointaines racines, celles d’un peuple fort : les Aryens d’Hyperborée ; elle eut pour ambition d’imposer la religion païenne teutonne en éradiquant toutes les autres qui risquent de la « polluer ». Il existe alors en Allemagne un ésotérisme d’extrême-droite et l’idée que le nazisme cherche à répandre selon laquelle la race germanique ancestrale est menacée particulièrement par les juifs.

Rudolph Hess, l’un des plus proches compagnons d’Adolf Hitler et Heinrich Himmler, criminel nazi, Reichführer-SS, Chef-fondateur des SS sont, tous deux, avec le Maréchal Hermann Göring, convaincus du bien-fondé de ces allégations. Ce sont eux qui apporteront le support idéologique et historique ; la « Société de Thulé » constituera, alors, un réseau au service du parti nazi. Même si Hitler et la majorité des autres dignitaires nazis n’accordent pas, autant qu’on le sache, de crédibilité à ces théories des Aryens d’Hyperborée, ils partagent néanmoins, avec la « Société de Thulé », la conviction d’une « race supérieure » nordique et pure et l’idée d’un espace vital, « lebensraum », qui justifie la liquidation des Polonais et des Ukrainiens pour implanter, à l’Est, de « bons paysans aryens d’origine teutonne ». La guerre devint avec Hitler, génocidaire afin de construire la grande Allemagne.

La mission de la « Société de Thulé » (Thule-gesellschaft)

Heinrich Himmler crée en 1935 l’Ahnenerbe, centre de recherche qui a pour mission de démontrer les théories aryennes par la science. Il recherche des preuves concrètes pour asseoir sa crédibilité. C’est ainsi que la « Société de Thulé » et l’Ahnenerbe patronneront des expéditions SS anthropologiques à travers le monde, en Suède, Norvège, Finlande, Himalaya (Tibet) et Antarctique, entre autres. Fasciné par les mythologies scandinaves, le chef de la SS souhaite la chute du christianisme et un retour aux cultes païens ancestraux.

Alors que le nazisme vise en priorité à détruire les Juifs, quelle que soit leur nationalité, avec la plus grande efficacité possible en exploitant un phénoménal potentiel de destruction qui s’appuie sur des techniques massives et l’élaboration de camps de concentration et de camps de la mort, Himmler décide de déporter et persécuter des prêtres, en les rassemblant dans le camp de Dachau. Entre 1938 et 1945, 2720 y sont déportés et 1034 y laisseront leur vie (« La baraque des prêtres » de Guillaume Zeller). Selon Jean Malaurie, cet épisode méconnu de l’histoire de la déportation apporte un éclairage nouveau sur le rapport ambigu qu’entretiennent Pie XII et le nazisme, dans un esprit, est-il dit à Rome, de sauvegarde du christianisme allemand. Il s’étonne « qu’aucun pape ne soit jamais venu s’incliner sur ce haut lieu de la martyrologie chrétienne » et de « cette détestable tendance de certains milieux du Vatican d’avoir facilité, en 1945, dans un esprit d’anticommunisme soviétique, l’exfiltration de personnalités nazies en Amérique Latine, notamment en Argentine ».

Pour Jean Malaurie, Thulé et la pensée sauvage Inuit qui lui ouvrent les portes d’une nouvelle dimension de l’histoire de la pensée, ne peuvent être souillées par cette horreur nazie inspirée par une « haine quasi luciférienne de l’autre ».

« Il m’est insupportable que le nom de Thulé soit associé à cette horreur »

70 ans après la guerre, le grand explorateur qui a vécu ces évènements ne comprend toujours pas : « Comment des millions de citoyens allemands éduqués ont pu être fascinés par les discours d’Adolf Hitler? Comment une élite de grands militaires, des aristocrates prussiens protestants et catholiques, d’éminents savants, prix Nobel ou même philosophes comme Martin Heidegger, a pu soutenir ce programme nazi ? »

« Rien n’est pire qu’une volonté de puissance nationaliste s’affirmant sous couvert d’une mission religieuse. Ma génération ne peut pas oublier : le nazisme est une horreur, une pensée de haine qui veut détruire ce qui est considéré comme faible et tout ce qui peut polluer « sa race » et sa volonté d’expansion teutonne. Il y a en Allemagne alors, un sentiment de frustration quand il se compare aux grands empires britannique, français et russe. Il est grand temps de le rappeler!  Les Français ne comprenaient pas qui était Hitler, et quelle était sa pensée cachée. Londres préconisait « l’apeasement », l’entente avec Hitler au prix de l’annexion de l’Autriche et des Sudètes. Aucun intellectuel ou politique n’a diffusé et expliqué, pour la combattre cette pseudo-pensée nazie, ce qui est stupéfiant d’ailleurs ; car « Mein Kampf », traduit en français dès 1934, présente la France comme son « premier ennemi » à abattre : « L’ennemi mortel impitoyable du peuple allemand est et demeure la France » ( Mein Kampf, p 699 ; traduction à partir de l’édition allemande de 1942).  Et les élites, elles, ne disaient rien. » rappelle Jean Malaurie. « Il y a pire, dans ce silence ; la guerre étant déclarée, le silence persiste sur la pensée nazie durant « la drôle de guerre » (3 septembre 39 – 10 mai 40). On a préparé les esprits des troupes françaises par « le théâtre aux armées », des tournées de Maurice Chevalier notamment.

« Devant le risque du populisme grandissant, les élites restent muettes ! »

« Aujourd’hui, Le danger est toujours là en Occident. Nous vivons des moments dramatiques». En tant que réfractaire à toute doctrine de haine, Jean Malaurie veut réagir fermement pour alerter l’opinion du risque du populisme grandissant. A la veille d’une décision extrêmement difficile, au moment où la France s’apprête à choisir son président, Jean Malaurie veut rappeler que l’idée de l’Europe des nations dans l’esprit gaullien, une Europe « de la détente, de l’entente et de la coopération » (Charles De Gaulle dans une allocution radiotélévisée du 31 décembre 1967) est à défendre et à renforcer. « Les Elites de la nation et celles de Bruxelles sont muettes. Elles doivent se faire entendre ! Il leur appartient de parler, mais aujourd’hui encore, on ne les entend pas ! Les risques d’une dislocation de l’Europe avec des conséquences monétaires catastrophiques, ne se jouent pas sur une manipulation des peurs, des coups de dés ou des talents oratoires. L’Europe est un magnifique message de paix et de civilisation depuis 60 ans ; il nous appartient, en tant que, citoyens européens majeurs, de réformer cette assemblée des nations, dans le but de faire rayonner la culture et l’idéal occidental.» dit-il.

Jean Malaurie, à propos du nazisme qui reste sous-jacent, ici et là, dénonce cette idéologie, et veut définitivement l’extirper de l’image, de l’âme, de l’aura de Thulé dont le mythe ancien et puissant est au cœur de la sagesse première. Une sagesse, une préscience sauvage, une philosophie animiste qui respecte les lois inexorables de la nature. Une pensée première qui n’est pas sans évoquer pour Jean Malaurie les paroles prophétiques de Baruch Spinoza dans «l’Ethique» : « Deus sive natura » (Dieu c’est à dire la nature).

Léa MOSCONA (Radio Judaïca)

Greenland’s receding icecap to expose top-secret US nuclear project – The Guardian

Je souhaite publier in extenso ce document exceptionnel du journal The Guardian. Dans une note précédente, je présentais le scandale du Camp Century. Cet article vient appuyer  mon combat pour les peuples Inuit.

Je vous rappelle qu’en tant qu’Ambassadeur de bonne volonté, j’ai demandé que l’UNESCO intervienne au titre de la défense de l’environnement et de la population groenlandaise. Ma demande est en cours d’instruction.

Jean Malaurie

Camp Century – part of Project Iceworm – is an underground cold war network that was thought to have been buried forever (Tuesday 27 September by Jon Henley)
The lid of Camp Century’s unsealed nuclear fuel vessel, pictured in 1962. Photograph: W Robert Moore/National Geographic/Getty Images

A top-secret US military project from the cold war and the toxic waste it conceals, thought to have been buried forever beneath the Greenland icecap, are likely to be uncovered by rising temperatures within decades, scientists have said.

The US army engineering corps excavated Camp Century in 1959 around 200km (124 miles) from the coast of Greenland, which was then a county of Denmark.

Powered, remarkably, by the world’s first mobile nuclear generator and known as “the city under the ice”, the camp’s three-kilometre network of tunnels, eight metres beneath the ice, housed laboratories, a shop, a hospital, a cinema, a chapel and accommodation for as many as 200 soldiers.

Its personnel were officially stationed there to test Arctic construction methods and carry out research. Scientists based at the camp did, indeed, drill the first ice core samples ever used to study the earth’s climate, obtaining data still cited today, according to William Colgan, a climate and glacier scientist from the Lassonde school of engineering at Toronto’s York University, and the lead author of the study.

A crane positions Camp Century’s nuclear waste tank. Photograph: W Robert Moore/National Geographic/Getty Images

In reality, the camp served as cover for something altogether different – a project so immense and so secret that not even the Danish government was informed of its existence.

“They thought it would never be exposed,” said Colgan. “Back then, in the 60s, the term global warming had not even been coined. But the climate is changing, and the question now is whether what’s down there is going to stay down there.”

The study suggests it is not.

Project Iceworm, presented to the US chiefs of staff in 1960, aimed to use Camp Century’s frozen tunnels to test the feasibility of a huge launch site under the ice, close enough to fire nuclear missiles directly at the Soviet Union.

At the height of the cold war, as the US and the USSR were engaged in a terrifying standoff over the deployment of Soviet missiles in Cuba, the US army was considering the construction of a vast subterranean extension of Camp Century.

A system of about 4,000 kilometres of icy underground tunnels and chambers extending over an area around three times the size of Denmark were to have housed 600 ballistic missiles in clusters six kilometres apart, trained on Moscow and its satellites.

Eventually the engineers realised Iceworm would not work. The constantly moving ice was too unstable and would have deformed and perhaps even collapsed the tunnels.

From 1964 Camp Century was used only intermittently, and three years later it was abandoned altogether, the departing soldiers taking the reaction chamber of the nuclear generator with them.

They left the rest of the camp’s infrastructure – and its biological, chemical and radioactive waste – where it was, on the assumption it would be “preserved for eternity” by the perpetually accumulating snow and ice.

Thus far their assumption has proven correct. Up to 12 metres deep at the time it was abandoned, the ice covering Camp Century has since thickened to around 35 metres and will continue to deepen for a while yet.

Climate change, however, looks certain to reverse that process, Colgan and his six-strong team from Canadian, US and European universities said in their report, which was published last month in Geophysical Research Letters.

Camp Century graphic

Greenland’s temperatures broke new records this spring and summer, hitting 24C (75F) in the capital, Nuuk, in June – a figure that shocked meteorologists so much they had to recheck their measurements.

Between 2003 and 2010, the ice that covers much of the island melted twice as fast as during the whole of the 20th century. This year it began melting a month earlier than usual.

The researchers studied US army documents and drawings to work out how deep the camp and its waste – estimated to include 200,000 litres of diesel fuel, similar quantities of waste water and unknown amounts of radioactive coolant and toxic organic pollutants such as PCBs – were buried.

Then they ran regional and global climate change simulations to work out how much longer they would remain interred. Based on the “business as usual” climate change scenario, Colgan said, snowfall would continue to be greater than ice melt for a few more decades. “But after that, melt will be greater than snow. Every year, another layer of ice will be removed. Our estimate is that by 2090, the exposure will be irreversible. It could happen sooner if the magnitude of climate change accelerates.”

Once that starts to happen, the question of who is responsible for the clear-up – already the subject of discussion – will become more pressing, the report said, presenting “an entirely new form of political dispute resulting from climate change”.

With no established agreement on the question, the report says the “multinational, multi-generational” problem posed by Camp Century and its waste could become a source of tension between the US, Greenland and Denmark.

Denmark allowed the US to build Camp Century and other bases on Greenland in a 1951 agreement, but it is not clear how much it was told about the work being done there or the waste left behind. Complicating matters further, Greenland became largely self-governing in 1979.

Vittus Qujaukitsoq, Greenland’s foreign minister, said he was concerned about the camp’s future and determined to establish responsibility. His Danish counterpart, Kristian Jensen, has said the issue was being examined in close contact with Greenland.

The Pentagon has said it “acknowledges the reality of climate change and the risk it poses” for Greenland, adding that the US government has pledged to “work with the Danish government and the Greenland authorities to settle questions of mutual security”.

Jon Henley

Aujourd’hui dans les savanturiers, rencontre avec le plus célèbre explorateur de grand Nord : Jean Malaurie par Fabienne Chauvière

par Fabienne Chauvière

Sa vie est un roman. Jean Malaurie, a 94 ans, mais il a plus de souvenirs que s’il avait 1000 ans. Naturaliste, géographe, ethnologue explorateur, ethno-historien, spécialiste des pierres et des éboulis, Jean Malaurie a mené plus de 31 expéditions dans la grand Nord.
Exploration au Pôle Nord © Getty / Kommersant Photo

A l’occasion de la 3e édition revue et augmentée d’Ultima Thulé, une merveilleuse bible de plus de 400 pages consacrés aux esquimaux et aux explorateurs du grand Nord, et dont il est l’auteur, Jean Malaurie a accepté de venir se livrer.

Il adore parler de sa longue carrière à traîneau ou en igloo, par moins 40°. Sa vie d’expéditions, d’études, de coups de gueule et de livres.

Les livres occupent une grande place chez ce grand explorateur scientifique. C’est lui qui a fondé la mythique collection Terre Humaine chez Plon. Une collection qui lui ressemble, où il mettait sur le même plan des intellectuels et des hommes du peuple qui savaient à peine écrire

Jean Malaurie a une silhouette de colosse une voix tonnante, et un humour vif. Il a rencontré Thulé, le peuple le plus septentrional de la planète, au nord du Groenland en 1950. Il connaît l’Arctique comme personne. Il a partagé la vie des Inuits, appris leur langue, écouté leurs mythes, étudié les minorités boréales, et défendu leur « pensée sauvage », et Il est toujours leur plus fervent porte- parole.

Thulé est toujours au cœur de sa pensée.

Les livres

Comptoir le plus septentrional de la Terre, situé sur la côte occidentale du Groenland, Thulé, contrée la plus reculée au monde, fut pendant très longtemps une source de mystères. À la fois terrible et fantastique, Ultima Thulé revient sur l’histoire des illustres explorateurs qui, depuis le xviiie, ont précédé Jean Malaurie sur la route du pôle Nord. S’appuyant sur des extraits des journaux de bords des explorateurs, mais aussi sur les témoignages des Inuit, des photographies anciennes et contemporaines, gravures, objets, ou encore dessins d’esquimau, cet ouvrage constitue une galerie fabuleuse sur des hommes hors du commun.

700 articles de l’auteur en géocryologie, géomorphologie, ethnohistoire et géopolitique boréale seront rassemblés en quatre volumes. Le premier est consacré aux travaux sur les écosystèmes arctiques en haute latitude : résultats d’expéditions, observations, notes et réflexions publiés depuis la fin des années 1940, avec quelques inédits. Dans une préface, J. Malaurie revient sur ses découvertes.

Fabienne Chauvière

Écouter l’émission 54’49 https://www.franceinter.fr/emissions/les-savanturiers/les-savanturiers-15-janvier-2017