Terre Humaine – dans la mouvance des Hautes études

Par son approche inter-milieu, inter-écriture, inter-sensibilités, avec des jeux de double-vue et de regards croisés, la collection Terre Humaine a l’ambition d’être dans le droit fil de l’oeuvre révolutionnaire de Lucien Febvre, Marc Bloch, Fernand Braudel et Charles Morazé, avec la célèbre revue Les Annales, et l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales. Je souhaite, avec modestie, que Terre Humaine soit un nouveau plaidoyer pour la pensée française. Ce fut un honneur pour moi d’être appelé aux côtés de Fernand Braudel, dès 1957, à cette célèbre Ecole des Hautes Etudes en Sciences sociales, au moment même où elle se construisait.

Je tiens à rappeler l’oeuvre de Philippe Ariès, qui a approfondi ce champ essentiel d’investigations en explorant les mentalités cachées, les tabous, mes secrets. Nos pensées allaient se rejoindre, et nombre de livres de la collection allaient prouver la profondeur de la pensée d’Ariès. Il est capital de poursuivre cette histoire sincère et totale de nos pensées et passions souvent inconscientes qui nous dirigent. Telle est, peut-être, la préoccupation la plus fondamentale qui relie, par-delà l’intelligence, des structures de groupe : faire émerger cette « humble vérité » chère à Zola.

Terre Humaine – Libération du regard

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’en 1955, ce nouveau regard qu’apportait Terre Humaine a paru osé. Il a été reçu avec un silence glacé par nombre d’universitaires. Bien rares ont été les revues spécialisées qui ont étudié Terre Humaine en tant que collection. Mais pour les jeunes chercheurs, cet élargissement du regard universitaire, cette libération ont été compris comme un événement. Terre Humaine a incontestablement joué un rôle décisif dans l’oxygénation de notre pensée. Cette querelle apparaîtra au lecteur de 2017 comme d’un autre âge. qui ne reconnaît aujourd’hui que Braudel ou Duby n’ont jamais été grands historiens que quand leurs idées engagées exprimaient, en dehors de leurs travaux universitaires, toute leur personnalité. Et de surcroît, querelle surannée ! Ce courant n’est-il pas dans la ligne de nos grands anciens : Tacite, Hérodote, Montaigne, et plus récemment Michelet. Oh ! je le sais bien. Cette volonté positiviste de l’Université est une réaction contre les excès de géopoètes du XIXe siècle et des dérives d’une science humaine encore mal assise. Mais la volonté du « scientisme », relayée par le marxisme est sans nul doute une perversion de la recherche en sciences sociales, l’expression de récents complexes, et que l’on retrouve jusque dans l’impasse qu’a été le nouveau roman. J’en parlais avec Roland Barthes, qui est mort trop tôt pour achever ce livre pour Terre Humaine auquel il songeait.

Terre d’Ellesmere, Nord-Est Canada. 19 août 1995. Jean Malaurie visite un de ses Cairns construits lors de son expédition cartographique et géo-morphologique en trois traineaux à 42 chiens en 3 juin 1951. Il est à bord du brise-glace Kapitan Klebnikov et dépose un nouveau message.

Avec plus d’une centaine de livres publiés, Terre Humaine se veut être un carrefour universel de la pensée contemporaine sur les sociétés et les civilisations, dans leur confrontation le plus souvent malheureuse avec le progrès et le développement. 

Terre Humaine – Des courants multiples et convergents

Très vite, de grands courants, qui s’interpénètrent, se font jour. Mais dès les années soixante-dix, on a pu distinguer quelques orientations majeurs dans la collection Terre Humaine. Avec Claude Lévi-Strauss, Jacques Soustelle, Margaret Mead, Georges Balandier, Jean Duvignaud, Pierre Clastres : le courant ethnologique et philosophique. Avec Victor Segalen, James Agee, le courant littéraire. Avec Talayesva, Yanoama, Tahca Ushte, Anta, mais aussi Dominique Sewane et Barbara Glowczewski : le courant autochtone. Avec Ishi, René Dumont et Eduardo Galeano : les cris d’indignation. Avec Wilfred Thesiger et Jean Malaurie : le courant des grandes explorations.

Josiane Racine est l’épouse d’un érudit spécialiste géo-historien de l’Inde traditionnelle. Son épouse (à droite de Jean Malaurie) est une Tamoule de Pondichéry. Par delà sa différence de haute caste et de milieu, cette ethnomusicologue a recueilli patiemment le récit d’une intouchable (à gauche de Jean Malaurie), très modeste ouvrière agricole, d’un rare esprit et d’une force visionnaire. © Photo Jean Malaurie Tous droits réservés.

Dans un projet délibéré d’anthropologie narrative, Terre Humaine a eu très tôt l’audace, dans une dialectique du je-il, de retrouver la littérature du réel qu’illustrent les pères du naturalisme, Balsac, Flaubert, Zola et Maupassant. Sans a priori, pierre à pierre, Terre Humaine, peu à peu, a construit une expérience vécue.

Pourquoi cette volonté ? Parce que les règles universitaires, sous couvert de rigueur scientifique et d’exclusion de l’appréhension sensible, sont, sans nul doute, réductrices et castratrices. La part de sensibilité dans une réflexion globale, avec ce qu’elle présuppose de vie intérieure, devrait être tout au contraire un « plus » scientifique. Elle ne devrait pas être systématiquement radiée comme une faiblesse intellectuelle, être considérée comme un handicap à la recherche créative. J’en ai fait moi-même la triste expérience : si j’avais osé prendre la liberté, dans mes travaux de géomorphologie et de géodynamique des processus lors de ma thèse sur la Terre d’Inglefield (nord du Groenland), de me laisser aller à exprimer ma curiosité bachelardienne pour les labyrinthes à l’intérieur des pierres d’éboulis ou la géométrie cubiste d’un paysage, j’ai la conviction que j’aurais ajouté une intelligence compréhensive aux problématiques géocryologiques posées.

C’est la raison pour laquelle j’ai demandé à des collègues s’ils étaient disposés à écrire ce qu’ils n’avaient pu exprimer dans leur oeuvre universitaire, et dans une langue accessible à tous, en gardant leur rigueur de pensée. Je rends hommage à ces pionniers, à cette élite de l’Université, qui, sans hésiter, a accepté ce risque.

Terre Humaine – Les quatre livres créateurs

Remontons le temps : Je fonde Terre Humaine à la Librairie Plon avec Les Derniers Rois de Thulé, livre de résistance et de réflexion. Au retour d’une mission géomorphologique au nord du Groenland, je veux témoigner dans les délais les plus brefs contre la création d’une base américaine monstrueuse, ultra-secrète, au coeur du territoire des Esquimaux polaires, peuple le plus septentrional de la terre. L’Occident s’affirme dans un défi shakespearien, n’hésitant pas, en pleine guerre froide, à placer des ethnies primitives en sentinelles avancées de srs stratégies de puissance. L’écho des Derniers Rois de Thulé sera d’autant plus grand dans le monde entier qu’il pose symboliquement, au faîte du monde, un problème universel.

Jean Malaurie 1954

C’est Claude Lévy-Strausse que j’allai demander de bien vouloir écrire le second livre de la collection. Tristes Tropiques apporte un éclat exceptionnel. Le célèbre anthropologue témoigne, dans la tradition du « voyage philosophique », de son expédition chez les Tupi-kawahib, Nambikwara  et Caduveo de l’Amazonie. Il nous fait part, avec une force extraordinaire, de ses réflexions concernant l’avenir de peuples en marge de l’histoire. Claude Lévy-Strauss, en véritable Aventurier, n’a pas hésité à jouer gagnant cette collection naissante. Ce livre est une approche résolument nouvelle de la relation anthropologique ; la connaissance de l’autre appelle une réflexion sur soi, sans complaisance. Personnalisant son regard avec la hauteur que l’on sait, Lévi-Strauss nous fait prendre une conscience toujours plus exigeante de nos responsabilités.

Les Immémoriaux de Victor Segalen est le troisième livre de la collection Terre Humaine. Je dois dire que ce livre était pratiquement oublié de la Librairie Plon, et que, le rééditant Terre Humaine lui donnait, avec les annexes qui l’accompagnaient, une nouvelle jeunesse. « Tout sérum est globulicide pour les hématies des autres espèces », écrit Victor Segalen dans son Journal, aux îles Gambier, le 27 décembre 1903. « Ainsi, toute civilisation (et la religion qui en est une forte quintessence) est meurtrière pour les autres races. Le Iesu sémite transformé par les Latins fut mortel aux Anstua (divinités) maoris et à leurs sectateurs. » Le Breton Victor Segalen, élève des jésuites, s’est ainsi élevé avec force contre ces politiques d’évangélisation, expression d’une colonisation. Segalen, avec une vision très moderne, s’inscrit dans la mouvance de son compatriote Paul Gauguin, dont il devait du reste recueillir et sauver les souvenirs mis aux enchères, étant arrivé à Papeete trois mois après sa mort. On ne peut manquer d’observer que les artistes, les peintres et les poètes ont précédé bien souvent les ethnologues dans cette découverte de l’autre, de l’exotisme, frayant ainsi la voie.

Témoigner en faveur des minorités, de toutes les minorités ethniques, sociales, religieuses, intellectuelles – le un pour cent qui fait basculer l’histoire – va devenir une des toutes premières préoccupations de la collection. Dès les premières années de sa fondation, Terre Humaine va aussi se singulariser en mettant résolument sur le même plan des livres d’intellectuels et des témoignages d’autochtones. « Donner conscience aux hommes de la grandeur qu’ils ignorent en eux » (André Malraux). Le temps du pouvoir exclusif des professeurs et de ceux qui, par définition, savent mieux est révolu. Une civilisation se construit aussi bien par son intelligentsia que par ses acteurs obscurs qu’est le peuple. C’est l’évidence. Une nation assurément doit être tirée vers le haut ; encore faut-il qu’elle soit poussée par le bas. Terre Humaine ne cessera de lutter contre cette funeste opposition de classe. Autochtone, paysan, ouvrier, marin, instituteur, prêtre, prisonnier, déporté sont sur le même plan que les plus grands écrivains ; ils collaborent pour la première fois à une interrogation sur les grands faits de société.

Dans le cadre d’une même collection, on donne enfin à la littérature orale un statut égal à celui de la littérature écrite. J’ai senti combien l’auteur de La Pensée sauvage semblait heureux et même honoré que la publication de son livre soit suivie de celle de Soleil Hopi de Don C. Talayesva, autobiographie exceptionnelle qu’il a préfacée.

Jean Malaurie

Terre Humaine – Histoire d’une naissance (2/2)

Fleuron de l’édition française – on le dit -, Terre Humaine a connu à la librairie Plon onze présidents-directeurs généraux. La fidélité à cette vieille et illustre maison est d’abord l’expression d’une confiance, bien que j’aie eu à diverses reprises à en convaincre ses autorités. Ce sont les oeuvres majeures qui constituent le fonds d’un groupe d’édition. Et c’est dans la rigueur qu’une vie éditoriale doit se dérouler. Un éditeur – noblesse oblige – doit investir dans le long terme. Plon, au fil des années et des vicissitudes de sa propre histoire, a reconnu, parfois spontanément, que Terre Humaine constituait un des atouts de son avenir.

Témoin d’une naissance, Michel Tournier, le célèbre auteur de Vendredi ou les Limbes du Pacifique, le rappelle dans une courte note écrite en 1978 : << C’était il y a vingt ans. Je hantais la maison Plon en qualité de lecteur et traducteur. Un titre inscrit au programme des nouveautés me frappa très vivement : Soleil Hopi de Don C. Talayesva. C’est que je venais de faire deux années d’anthropologie et d’ethnologie amérindienne ne soit pas édité en français où j’avais découvert ce grand témoignage d’un Indien Hopi, Sun Chief. Ce livre n’était pas édité en français. Grace à mon ami Jean Malaurie, c’était donc chose faite maintenant. Ce qui était mieux encore, c’était que la collection Terre Humaine venait de naître.
Terre Humaine avait un inventeur, un animateur, un inspirateur : Jean Malaurie. Je dirai presque : un inspiré.  « Il a un certain génie, murmuraient les gens raisonnables de la maison, mais il est fou. Sa collection est invendable. » Le fait est que, constamment attaquée et critiquée sous l’angle commercial, elle n’était défendue avec acharnement que par une certaine presse et un petit noyau de lecteurs indéfectibles.
Terre Humaine, qu’est-ce que c’est? C’est d’abord une direction, une ligne suivie par Jean Malaurie avec une rigueur inflexible. Comment définir cette ligne? Deux caractéristiques dans ses titres. D’abord l’authenticité. En est absente toute oeuvre dont l’auteur a voulu consciemment faire oeuvre littéraire. Si la beauté (
littéraire) y est présente en plus d’une page de chaque livre, c’est toujours involontairement, naïvement, spontanément. Ce n’est pas la beauté étudiée de la ballerine, c’est celle, sauvage, de la gazelle bondissante. Ensuite, une certaine façon pour laquelle les auteurs acceptent de se compromettre dans un livre…
Est-ce tout? Certes pas. A peine ces critères formulés, je vois bien qu’ils laissent échapper l’essentiel. Quel est donc l’essentiel? Impossible de le dire. Un air de famille… >>

terre-humaine

Je veux rendre tout à la fois hommage à Charles Orengo, directeur littéraire visionnaire aux éditions Plon qui a eu l’audace, malgré des résistances de son groupe d’édition, d’introduire Charles de Gaulle, auteur des Mémoires de guerre, chez Plon, alors qu’il continuait sa traversée du désert – on doutait de son avenir politique -, et qui m’a permis, en 1954, la création de Terre Humaine. Je rends hommage à Bernard de Fallois, qui a si intelligemment soutenu l’esprit singulier de la collection, dans les années 1975-1980.

Terre Humaine – Histoire d’une naissance (1/2)

_20161022_144710Je me revois, en janvier 1954, au jardin du Luxembourg à Paris, dans le Quartier latin. J’ai demandé à ma femme de m’attendre un moment afin de passer chez Plon, dans la rue Garancière, toute proche… J’aurais pu penser à un autre éditeur, à Albin Michel dont la célèbre collection L’Evolution de l’humanité m’avait fasciné. Je me disais : voilà, il faut refaire terre « Evolution » d’une autre manière, telle que je la sens. Mais Gallimard, c’est trop ambitieux… Albin Michel : ils ne tenteront pas deux fois le même effort ou ne comprendront peut-être pas la singularité et l’ambition du projet. Ce jour-là, Plon était à deux pas. Cet éditeur me tentait. Dans une maison à l’illustre passé et de tradition conservatrice, il est plus aisé d’être un marginal. Mais je n’y connaissais personne… Plon, l’éditeur de Simone Weil, de Bernanos, de Julien Green, de Foch et de tant d’autres, dont l’un des héros de ma vie : l’ethnologue danois-esquimau Knud Rasmussen. Ce souvenir m’a décidé : j’ai demandé à rencontrer le directeur littéraire. J’ai attendu… seulement un peu, dans un vieux couloir sombre, aux bas-côtés de couleur chocolat. Un modèle réduit des presses d’imprimerie Plon en 1887, quatre chaises recouvertes d’un velours rouge aux teintes passées. Le futur académicien Henri Massis, trop engagé auprès du Maréchal Pétain en 1944, un général à la retraite attendaient, eux aussi. Le temps a passé : quinze minutes, vingt minutes, puis j’ai été reçu, et j’ai vu arriver un homme que je n’ai jamais oublié, et dont je suis toujours heureux d’évoquer la mémoire qui m’est très chère : c’est Charles Orengo.

Je lui ai parlé parlé nettement ; sans doute, avec conviction et chaleur de mes projets : je voulais un contrat pour un livre… qui n’était pas écrit et un accord pour une collection… qui n’était encore qu’un concept que j’avais en tête, avec le titre qui m’était cher.

Mais, et je revois ses très grands yeux bleus, il m’a regardé longuement et écouté. Monégasque, il était aussi joueur que moi, aussi intuitif, passionné et aussi tenace. J’entends encore me répondre simplement : « Pour le livre, c’est oui ; pour la collection, dans quinze jours, je pourrai vous en dire davantage. Je dois voir mon président-directeur général qui est en voyage à Rabat. Ecrivez une note. » Je me pris alors à écrire et rêver. Orengo était convaincu mais je dus encore plaider ma cause – au moins pour la déontologie – devant le grand Conseil de la maison Plon – une veille dame tout à fait traditionnelle!…

Ce fut un des moments pittoresques de ma carrière. Je m’en souviens, c’était un vendredi après-midi. Nous étions réunis dans une très grande salle au mobilier Henri II. Le PDG Maurice Bourdel avait hâte de partir sur la Côte d’Azur, le soir même, pour le week-end ; il lissait méticuleusement ses ongles nacrés. Autour de lui : plusieurs autres membres du conseil d’administration semblaient m’écouter avec grand intérêt. J’expliquais la crise des sciences humaines, la nécessité de reprendre la tradition « Feux Croisés » inspirée par Charles du Bos, mais dans un autre esprit, de tenter une approche intellectuelle, littéraire et résolument non universitaire. Un dialogue parut s’ouvrir. Je m’aperçus soudain que certains des membres du Conseil et parmi les plus éminents – ils étaient fort âgés – avaient oublié sur la table – je ne sus jamais si ce fut par inadvertance – leurs sonotones! Fut-ce la raison du « confiant » accueil qu’ils m’accordèrent sans peine?

Oui, comme on dit du mariage : un malentendu qui se prolonge… Depuis soixante ans! Les PDG passent… la collection demeure, s’affirme. Elle est comme imposée de l’extérieur. La pensée de Terre Humaine est révolutionnaire ; mettre sur le même plan des auteurs qui ne savent ni lire ni écrire et relèvent de peuples de tradition que l’on n’ose plus dire primitive, et de grand écrivains tels que Emile Zola, Claude Levi-Strauss et Victor Segalen. Autre originalité de Terre Humaine une anthropologie réflexive : l’auteur doit dire tout de lui-même et des conditions dans lesquelles il recueille ses observations ; à cet égard, la collection n’adhère pas à cette mouvance qui veut que les sciences sociales soient « scientifiques ». En Histoire, il y a les faits qui ne sont pas discutables, mais l’essentiel   c’est l’interprétation, c’est à dire l’historien. Cette mouvance qui va à contre-courant dans les universités, de la sociologie que se veut scientifique, appelle une fidélité.

De cette fidélité, de cette continuité, sans lesquelles rien de grand ne se construit, je suis grandement redevable à Plon. Mais bien sûr, comme dans tous les couples, le nôtre n’a pas évité quelques sérieux orages qui tiennent surtout au fait que les directions, tout comme les modes, changent…