GERME DU NAZISME : la « société de Thulé » (Thule-gesellschaft )par Léa MOSCONA

par Léa MOSCONA - Article extrait de la revue L'Arche,  Un média Fonds Social Juif Unifié

Le Professeur JEAN MALAURIE dénonce « le viol du mythe de Thulé » par les nazis : antisémitisme et antichristianisme

LANCEUR D’ALERTE, il met en garde contre les risques de notre époque 

(le Professeur Jean Malaurie est Directeur de recherche émérite au CNRS et à l’EHESS à Paris)

Bien plus qu’un grand scientifique, le célèbre explorateur du Grand Nord, spécialiste des Inuit du Groenland et fondateur de la mythique collection TERRE HUMAINE, est un homme qui voit loin.

Fondateur du Centre d’études arctiques au CNRS et à l’EHESS à Paris (1957) et Président-fondateur de l’Académie Polaire d’Etat (1994, école des cadres des 26 peuples sibériens, 500 000 h et f) de Saint Pétersbourg (université russe de 1 600 élèves dont la première langue étrangère enseignée est le français), il a toujours bousculé le protocole, dérangé, remis en question l’ordre établi pour changer le monde. Ce monde qui ne lui convient pas, parce qu’il exclut les minorités. Jean Malaurie se bat pour le droit à la différence : « La pluralité, c’est l’intelligence du monde » dit-il.

Tout commence pour lui par le traumatisme de l’occupation allemande et la plus humiliante des défaites de l’histoire de France. Il a la haine du nazisme dans le cœur, de l’idée même d’une « race supérieure » qui veut asservir les « races voisines ».

Dans la troisième édition d’Ultima Thulé, une merveilleuse bible de plus de 400 pages parue aux éditions du Chêne, relatant l’histoire conflictuelle de la conquête du Pôle, Jean Malaurie dénonce « la tentative de viol du mythe de Thulé » par les nazis. Thulé, au Nord-Ouest du Groenland, est au cœur de la mythologie grecque apollinienne. Un haut lieu qu’il découvre en 1950, lors de sa première mission en solitaire et où il entreprend ses recherches sur les pierres, les éboulis et sur la glacio-isostasie ; mais surtout, sur une « pensée sauvage » d’un peuple arctique, les Inuit, disposant d’une organisation sociale complexe (un anarcho-communalisme) et une culture animiste.

DE PARIS A THULE : Le destin d’un jeune naturaliste inspiré devenu spécialiste de l’animisme

Toute sa vie, le Professeur Jean Malaurie l’a vécue en inspiré, conduit par une volonté acharnée de comprendre le monde qui l’entoure. Découvrir le mystère des origines, c’est bien son destin, un destin inspiré par le grand paléoanthropologue Pierre Teilhard de Chardin qui devint l’un de ses maîtres.

Une jeunesse marquée par la guerre ; il est réfractaire au STO

Très jeune, Jean Malaurie a une idée de ce qu’il attend de son éducation. Il n’a jamais aimé l’enseignement scolaire qu’on lui impose. Issu d’une famille chrétienne janséniste, bourgeoise et érudite, on attend de lui qu’il ait un poste important ; il étudie, mais sans conviction. « Je me prête, mais je ne me donne pas » dit-il. Il se donnera en effet, mais plus tard, dans le cadre d’une éducation qu’il aura choisie dans ces territoires lointains du Grand Nord avec pour maître le grand Chaman Uutaaq.

En 1943, préparant alors Normal Sup, il est rattrapé par la guerre ; le décret Sauckel impose aux classes d’âges de 1920, 1921, 1922, le dégradant STO (Service du travail obligatoire de 2 ans ; 660 000 travailleurs obligatoires l’ont accepté pour l’Allemagne nazie et sont partis outre-Rhin).

Se déclarer vaincu, se soumettre à l’Allemagne nazie, JAMAIS !

Il prend en main son destin. Le jeune homme de 20 ans, sait ce qu’il doit faire. Il a ce pressentiment, cette certitude qu’il appellera plus tard « la préscience sauvage ».

Jean Malaurie devient « réfractaire ». Après avoir manqué son départ d’un quart d’heure, avec un Réseau, pour rejoindre les troupes françaises au Maroc en mai 44, il part pour le Vercors avec de faux documents, seul, démuni, activement recherché par la police mais cet instinct primitif le guide. Les temps sont durs, la délation est un vice national et elle est encouragée au point d’être une vertu patriotique au titre de la Relève. L’arrestation est suivie d’une immédiate déportation dans des camps, « plusieurs de mes camarades y sont morts dans des conditions indignes » se souvient-il. (Carte de Réfractaire n° 3730, Office National des Anciens Combattants, Paris 1961).

Orphelin de père depuis avril 1939, il perd sa mère, une mère héroïque qui, harcelée par la police, le protègera jusqu’au bout, au bout de ses forces qui lâchent de souffrance et d’angoisse. Jean Malaurie décide alors, s’il s’en sort, de refaire son éducation ailleurs, loin de cet Occident qui s’est déshonoré ! Le plus loin possible. Ce sera le Grand Nord.

[…]

La création de « TERRE HUMAINE » : Une Terre de Liberté

La décision

Juin 1951, c’est la découverte d’une base nucléaire américaine destinée aux bombardiers nucléaires à Thulé. Les Américains, US Air Force, violent le territoire des Inuit. Qui plus est : ils les déportent durant l’hiver 1953 avec le consentement des autorités danoises. Jean Malaurie, le 18 juin 1951, accompagné par 2 chasseurs Inuit, armés sur ordre de Uutaaq, y vit un moment terrifiant.  Menacé par les militaires, il leur tient tête en contestant fermement leur présence. « Go home ! » lance-t-il au Général, au nom des Inuit dont il est l’ambassadeur ; il n’a que 28 ans. C’en est trop !

C’est à ce moment précis qu’il décide d’écrire son premier ouvrage devenu mythique « Les derniers rois de Thulé », éditions Plon. La création de TERRE HUMAINE est lancée.

L’Occident est coupable d’une offense, que Jean Malaurie appelle « une infamie », faite à un peuple qui a pour seul « crime » d’être différent, païen, d’être capable de s’autoréguler, de s’autogérer. Ces Inuit ont une conviction ; ils sont inspirés et cela leur suffit!

Et comme le dit le philosophe russe Léon Chestov dont Jean Malaurie partage la pensée «Nous ne pouvons pas enfermer la vérité dans des principes scientifiques» (« Les révélations de la mort », éditions Librairie Plon, 1923). Les Inuit ont leur vérité : cette « pensée sauvage » que Jean Malaurie et ses amis Claude Lévi-Strauss et Roger Bastide, mais aussi celui que Jean Malaurie estime être notre maître à tous, Gaston Bachelard, ont imposée comme l’égale de la raison occidentale.

« J’ai créé TERRE HUMAINE avec la haine du nazisme dans le cœur »

Pour Jean Malaurie réduire à néant le savoir ancestral d’un peuple, c’est porter atteinte à l’humanité toute entière. « Ces peuples racines sont nos pères, notre mémoire originelle, la plus proche du mystère de la création ».

TERRE HUMAINE est une «Terre de liberté » dit-il, qui donne de la sagesse, de l’intelligence à toutes les cultures. Pour Jean Malaurie, il existe différents chemins de la connaissance. Les peuples, dit-il, qu’ils soient intouchables, muets, analphabètes, voire « braqueurs de banques » ou breton bigouden : « le cheval d’orgueil », expriment, tout comme les grands philosophes, le mystère du capital sacré de l’humanité. Chaque peuple dit sa vérité mais à son heure. L’anthropologie scientifique se révèle être en accord avec le Livre des Psaumes (Psaume 117) « Les nations du monde loueront et glorifieront le nom de Dieu, car la bonté et la vérité de Dieu sera sur nous tous pour toujours ». Jean Malaurie a également publié quatre livres fondamentaux de la pensée Yiddish, notamment « Les oubliés du Shtetl » de Yitshak L. Peretz en 2007.

TERRE HUMAINE que Marie-Madeleine Fourcade, chef de l’un des plus grands réseaux de résistance « Alliance » et amie de Jean Malaurie, considérait comme la suite naturelle de son action ; elle en témoigna par écrit.

Comment la pseudo-philosophie nazie affirmant l’existence d’une race supérieure teutonne, conquérante et « pure », le mythe de la grande Allemagne d’esprit raciste, ne pouvait-elle pas bouleverser le cœur de cet homme?

Aujourd’hui, Jean Malaurie veut dénoncer cette tentative de viol du mythe de Thulé par les nazis qui avilit l’histoire de ce lieu qui lui est si cher.

LE VIOL DU MYTHE DE THULE

Les cinq Thulé

Thulé, c’est avant tout un lieu mythique issu de l’antiquité grecque, terme mystérieux qui désigne une Ile du grand Nord à l’extrémité septentrionale du monde et habité par le peuple des hyperboréens, les Parfaits ; c’est celle que l’explorateur grec Pythéas citait en 330 av JC, c’est la Thulé que les nazis manipulent avec cet art du mensonge qui leur est propre. L’origine du mot peut être aussi celtique, voire sanscrit. Il y a ensuite, la Thulé / comptoir créé en 1910 par l’explorateur danois Knud Rasmussen au Nord du Groenland et internationalisée par sept expéditions ethnologiques, les deux dernières, sur la côte Est du Groenland, en 1932 et 1933. Les archéologues ont, pour leur part, désigné « culture de Thulé », l’une des périodes Inuit, après l’épisode Inugshuk, autour de l’ère chrétienne. Goethe, quant à lui, a immortalisé ce nom en 1774 dans le poème « Der König von Thulé » puis plus tard, en 1808, pour désigner un château mythique dans « Faust ». Enfin, la Thulé contemporaine, c’est celle de Jean Malaurie, la base nucléaire aujourd’hui qu’il veut « re-groenlandiser » et démilitariser pour qu’elle reprenne vie ; c’est le pays des hyperboréaux, la terre des Inuit dont il est l’Ambassadeur de bonne volonté pour l’Arctique à L’Unesco.

La « Société de Thulé » (Thule-gesellschaft), berceau du parti nazi

La Thulé mythique, sacrée, de la mythologie grecque est une source de mystères que certains illuminés s’approprient pour justifier l’existence d’une race humaine supérieure nordique : les Aryens. Ces hommes « de race pure » auraient vu le jour dans l’hypothétique Hyperborée, centre magique des peuples germaniques. Thulé est donc devenue une sorte d’Atlantide du Nord.

C’est en 1918 à Münich que Rudolph von Sebottendorf, un aventurier turco-allemand créa un groupe ésotérique, la « Société de Thulé », basée sur cette idéologie de la « race supérieure » et sur une culture völkisch teutonne largement développée en Allemagne depuis le XIXème siècle ; elle se définit par le racisme, l’antisémitisme, l’antichristianisme etle pangermanisme. Cette pseudo-idéologie pense que le peuple allemand doit renouer avec ses lointaines racines, celles d’un peuple fort : les Aryens d’Hyperborée ; elle eut pour ambition d’imposer la religion païenne teutonne en éradiquant toutes les autres qui risquent de la « polluer ». Il existe alors en Allemagne un ésotérisme d’extrême-droite et l’idée que le nazisme cherche à répandre selon laquelle la race germanique ancestrale est menacée particulièrement par les juifs.

Rudolph Hess, l’un des plus proches compagnons d’Adolf Hitler et Heinrich Himmler, criminel nazi, Reichführer-SS, Chef-fondateur des SS sont, tous deux, avec le Maréchal Hermann Göring, convaincus du bien-fondé de ces allégations. Ce sont eux qui apporteront le support idéologique et historique ; la « Société de Thulé » constituera, alors, un réseau au service du parti nazi. Même si Hitler et la majorité des autres dignitaires nazis n’accordent pas, autant qu’on le sache, de crédibilité à ces théories des Aryens d’Hyperborée, ils partagent néanmoins, avec la « Société de Thulé », la conviction d’une « race supérieure » nordique et pure et l’idée d’un espace vital, « lebensraum », qui justifie la liquidation des Polonais et des Ukrainiens pour implanter, à l’Est, de « bons paysans aryens d’origine teutonne ». La guerre devint avec Hitler, génocidaire afin de construire la grande Allemagne.

La mission de la « Société de Thulé » (Thule-gesellschaft)

Heinrich Himmler crée en 1935 l’Ahnenerbe, centre de recherche qui a pour mission de démontrer les théories aryennes par la science. Il recherche des preuves concrètes pour asseoir sa crédibilité. C’est ainsi que la « Société de Thulé » et l’Ahnenerbe patronneront des expéditions SS anthropologiques à travers le monde, en Suède, Norvège, Finlande, Himalaya (Tibet) et Antarctique, entre autres. Fasciné par les mythologies scandinaves, le chef de la SS souhaite la chute du christianisme et un retour aux cultes païens ancestraux.

Alors que le nazisme vise en priorité à détruire les Juifs, quelle que soit leur nationalité, avec la plus grande efficacité possible en exploitant un phénoménal potentiel de destruction qui s’appuie sur des techniques massives et l’élaboration de camps de concentration et de camps de la mort, Himmler décide de déporter et persécuter des prêtres, en les rassemblant dans le camp de Dachau. Entre 1938 et 1945, 2720 y sont déportés et 1034 y laisseront leur vie (« La baraque des prêtres » de Guillaume Zeller). Selon Jean Malaurie, cet épisode méconnu de l’histoire de la déportation apporte un éclairage nouveau sur le rapport ambigu qu’entretiennent Pie XII et le nazisme, dans un esprit, est-il dit à Rome, de sauvegarde du christianisme allemand. Il s’étonne « qu’aucun pape ne soit jamais venu s’incliner sur ce haut lieu de la martyrologie chrétienne » et de « cette détestable tendance de certains milieux du Vatican d’avoir facilité, en 1945, dans un esprit d’anticommunisme soviétique, l’exfiltration de personnalités nazies en Amérique Latine, notamment en Argentine ».

Pour Jean Malaurie, Thulé et la pensée sauvage Inuit qui lui ouvrent les portes d’une nouvelle dimension de l’histoire de la pensée, ne peuvent être souillées par cette horreur nazie inspirée par une « haine quasi luciférienne de l’autre ».

« Il m’est insupportable que le nom de Thulé soit associé à cette horreur »

70 ans après la guerre, le grand explorateur qui a vécu ces évènements ne comprend toujours pas : « Comment des millions de citoyens allemands éduqués ont pu être fascinés par les discours d’Adolf Hitler? Comment une élite de grands militaires, des aristocrates prussiens protestants et catholiques, d’éminents savants, prix Nobel ou même philosophes comme Martin Heidegger, a pu soutenir ce programme nazi ? »

« Rien n’est pire qu’une volonté de puissance nationaliste s’affirmant sous couvert d’une mission religieuse. Ma génération ne peut pas oublier : le nazisme est une horreur, une pensée de haine qui veut détruire ce qui est considéré comme faible et tout ce qui peut polluer « sa race » et sa volonté d’expansion teutonne. Il y a en Allemagne alors, un sentiment de frustration quand il se compare aux grands empires britannique, français et russe. Il est grand temps de le rappeler!  Les Français ne comprenaient pas qui était Hitler, et quelle était sa pensée cachée. Londres préconisait « l’apeasement », l’entente avec Hitler au prix de l’annexion de l’Autriche et des Sudètes. Aucun intellectuel ou politique n’a diffusé et expliqué, pour la combattre cette pseudo-pensée nazie, ce qui est stupéfiant d’ailleurs ; car « Mein Kampf », traduit en français dès 1934, présente la France comme son « premier ennemi » à abattre : « L’ennemi mortel impitoyable du peuple allemand est et demeure la France » ( Mein Kampf, p 699 ; traduction à partir de l’édition allemande de 1942).  Et les élites, elles, ne disaient rien. » rappelle Jean Malaurie. « Il y a pire, dans ce silence ; la guerre étant déclarée, le silence persiste sur la pensée nazie durant « la drôle de guerre » (3 septembre 39 – 10 mai 40). On a préparé les esprits des troupes françaises par « le théâtre aux armées », des tournées de Maurice Chevalier notamment.

« Devant le risque du populisme grandissant, les élites restent muettes ! »

« Aujourd’hui, Le danger est toujours là en Occident. Nous vivons des moments dramatiques». En tant que réfractaire à toute doctrine de haine, Jean Malaurie veut réagir fermement pour alerter l’opinion du risque du populisme grandissant. A la veille d’une décision extrêmement difficile, au moment où la France s’apprête à choisir son président, Jean Malaurie veut rappeler que l’idée de l’Europe des nations dans l’esprit gaullien, une Europe « de la détente, de l’entente et de la coopération » (Charles De Gaulle dans une allocution radiotélévisée du 31 décembre 1967) est à défendre et à renforcer. « Les Elites de la nation et celles de Bruxelles sont muettes. Elles doivent se faire entendre ! Il leur appartient de parler, mais aujourd’hui encore, on ne les entend pas ! Les risques d’une dislocation de l’Europe avec des conséquences monétaires catastrophiques, ne se jouent pas sur une manipulation des peurs, des coups de dés ou des talents oratoires. L’Europe est un magnifique message de paix et de civilisation depuis 60 ans ; il nous appartient, en tant que, citoyens européens majeurs, de réformer cette assemblée des nations, dans le but de faire rayonner la culture et l’idéal occidental.» dit-il.

Jean Malaurie, à propos du nazisme qui reste sous-jacent, ici et là, dénonce cette idéologie, et veut définitivement l’extirper de l’image, de l’âme, de l’aura de Thulé dont le mythe ancien et puissant est au cœur de la sagesse première. Une sagesse, une préscience sauvage, une philosophie animiste qui respecte les lois inexorables de la nature. Une pensée première qui n’est pas sans évoquer pour Jean Malaurie les paroles prophétiques de Baruch Spinoza dans «l’Ethique» : « Deus sive natura » (Dieu c’est à dire la nature).

Léa MOSCONA (Radio Judaïca)

Greenland’s receding icecap to expose top-secret US nuclear project – The Guardian

Je souhaite publier in extenso ce document exceptionnel du journal The Guardian. Dans une note précédente, je présentais le scandale du Camp Century. Cet article vient appuyer  mon combat pour les peuples Inuit.

Je vous rappelle qu’en tant qu’Ambassadeur de bonne volonté, j’ai demandé que l’UNESCO intervienne au titre de la défense de l’environnement et de la population groenlandaise. Ma demande est en cours d’instruction.

Jean Malaurie

Camp Century – part of Project Iceworm – is an underground cold war network that was thought to have been buried forever (Tuesday 27 September by Jon Henley)
The lid of Camp Century’s unsealed nuclear fuel vessel, pictured in 1962. Photograph: W Robert Moore/National Geographic/Getty Images

A top-secret US military project from the cold war and the toxic waste it conceals, thought to have been buried forever beneath the Greenland icecap, are likely to be uncovered by rising temperatures within decades, scientists have said.

The US army engineering corps excavated Camp Century in 1959 around 200km (124 miles) from the coast of Greenland, which was then a county of Denmark.

Powered, remarkably, by the world’s first mobile nuclear generator and known as “the city under the ice”, the camp’s three-kilometre network of tunnels, eight metres beneath the ice, housed laboratories, a shop, a hospital, a cinema, a chapel and accommodation for as many as 200 soldiers.

Its personnel were officially stationed there to test Arctic construction methods and carry out research. Scientists based at the camp did, indeed, drill the first ice core samples ever used to study the earth’s climate, obtaining data still cited today, according to William Colgan, a climate and glacier scientist from the Lassonde school of engineering at Toronto’s York University, and the lead author of the study.

A crane positions Camp Century’s nuclear waste tank. Photograph: W Robert Moore/National Geographic/Getty Images

In reality, the camp served as cover for something altogether different – a project so immense and so secret that not even the Danish government was informed of its existence.

“They thought it would never be exposed,” said Colgan. “Back then, in the 60s, the term global warming had not even been coined. But the climate is changing, and the question now is whether what’s down there is going to stay down there.”

The study suggests it is not.

Project Iceworm, presented to the US chiefs of staff in 1960, aimed to use Camp Century’s frozen tunnels to test the feasibility of a huge launch site under the ice, close enough to fire nuclear missiles directly at the Soviet Union.

At the height of the cold war, as the US and the USSR were engaged in a terrifying standoff over the deployment of Soviet missiles in Cuba, the US army was considering the construction of a vast subterranean extension of Camp Century.

A system of about 4,000 kilometres of icy underground tunnels and chambers extending over an area around three times the size of Denmark were to have housed 600 ballistic missiles in clusters six kilometres apart, trained on Moscow and its satellites.

Eventually the engineers realised Iceworm would not work. The constantly moving ice was too unstable and would have deformed and perhaps even collapsed the tunnels.

From 1964 Camp Century was used only intermittently, and three years later it was abandoned altogether, the departing soldiers taking the reaction chamber of the nuclear generator with them.

They left the rest of the camp’s infrastructure – and its biological, chemical and radioactive waste – where it was, on the assumption it would be “preserved for eternity” by the perpetually accumulating snow and ice.

Thus far their assumption has proven correct. Up to 12 metres deep at the time it was abandoned, the ice covering Camp Century has since thickened to around 35 metres and will continue to deepen for a while yet.

Climate change, however, looks certain to reverse that process, Colgan and his six-strong team from Canadian, US and European universities said in their report, which was published last month in Geophysical Research Letters.

Camp Century graphic

Greenland’s temperatures broke new records this spring and summer, hitting 24C (75F) in the capital, Nuuk, in June – a figure that shocked meteorologists so much they had to recheck their measurements.

Between 2003 and 2010, the ice that covers much of the island melted twice as fast as during the whole of the 20th century. This year it began melting a month earlier than usual.

The researchers studied US army documents and drawings to work out how deep the camp and its waste – estimated to include 200,000 litres of diesel fuel, similar quantities of waste water and unknown amounts of radioactive coolant and toxic organic pollutants such as PCBs – were buried.

Then they ran regional and global climate change simulations to work out how much longer they would remain interred. Based on the “business as usual” climate change scenario, Colgan said, snowfall would continue to be greater than ice melt for a few more decades. “But after that, melt will be greater than snow. Every year, another layer of ice will be removed. Our estimate is that by 2090, the exposure will be irreversible. It could happen sooner if the magnitude of climate change accelerates.”

Once that starts to happen, the question of who is responsible for the clear-up – already the subject of discussion – will become more pressing, the report said, presenting “an entirely new form of political dispute resulting from climate change”.

With no established agreement on the question, the report says the “multinational, multi-generational” problem posed by Camp Century and its waste could become a source of tension between the US, Greenland and Denmark.

Denmark allowed the US to build Camp Century and other bases on Greenland in a 1951 agreement, but it is not clear how much it was told about the work being done there or the waste left behind. Complicating matters further, Greenland became largely self-governing in 1979.

Vittus Qujaukitsoq, Greenland’s foreign minister, said he was concerned about the camp’s future and determined to establish responsibility. His Danish counterpart, Kristian Jensen, has said the issue was being examined in close contact with Greenland.

The Pentagon has said it “acknowledges the reality of climate change and the risk it poses” for Greenland, adding that the US government has pledged to “work with the Danish government and the Greenland authorities to settle questions of mutual security”.

Jon Henley

Opération testamentaire de Barack Obama : sanctuarisation d’une partie de l’Arctique

Le président américain Barack Obama à Washington, le 16 décembre 2016 Photo ZACH GIBSON. AFP

Le Président Barack Obama vient de prendre une décision testamentaire qui honore les États-Unis. À un mois de son départ de la Maison-blanche, s’appuyant sur une loi de 1953, il assure la protection des eaux atlantiques et arctiques sous législation américaine. Elle ne sera pas seulement de 5 ans, mais permanente dans le temps. La quasi-totalité des eaux arctiques relevant du gouvernement fédéral, soit 46 millions d’hectares, sont désormais interdites de nouveaux forages : Mer des Tchouchtes ; Mer au large de l’Alaska. Le Premier-Ministre Justin Trudeau vient  d’annoncer l’interdiction de nouvelles explorations pétrolières et gazières dans les eaux arctiques canadiennes.

N’hésitant pas à s’opposer aux climato-sceptiques de l’entourage du futur Président Donald Trump, Barack Obama défie ainsi son successeur.  Ce dernier avait promis en effet, dans ses réunions publiques et ses interventions télévisées, de déréguler l’extraction pétrolière et gazière durant tout son mandat. Le Président Barack Obama peut être considéré par les peuples arctiques et par toutes les nations, suite à cette décision historique datée du mardi 20 décembre 2016, comme un bienfaiteur de l’humanité.

La conférence circumpolaire de fin 2017, qui est en préparation à Paris sous les plus hautes instances, ne pourra que se réjouir de cette décision de grandes conséquences pour l’avenir des  Inuits et des Nord-sibériens.

Jean Malaurie

This June 15, 2015 file photo shows kayakers trying to block the departure of the Shell Oil “Polar Pioneer” rig platform as it moved from Elliott Bay in Seattle, Washington. Oil giant Shell has resumed offshore drilling operations in Alaskan waters, the company said July 31, 2015, after one of its icebreakers was delayed for nearly two days by protesters dangling from a bridge. Greenpeace activists were suspended from a bridge and in kayaks in the water for more than 40 hours in an effort to block the Fennica icebreaker from traveling to the Transocean Polar Pioneer rig in the Arctic Ocean. Shell said drilling operations resumed July 30, 2015 at 5:00 pm (0100 GMT Friday) at the « Burger J » prospect in the Chukchi Sea, off the northwest coast of Alaska. AFP PHOTO / TIM EXTON

Le Gröenland, terre de fascination et de curiosité

[France Inter, émission La tête au carré présentée par Mathieu Vidard – mardi 25 octobre 2016]
Le Gröenland inspire toujours fascination et curiosité autour de sa géographie, son climat et ses tempêtes, son histoire avec les Inuits et les Vikings, sa position géopolitique dans le contexte du réchauffement climatique ainsi que « la base militaire nucléaire secrète de l’armée américaine » qui émerge progressivement à cause de la fonte des glaces…
Invité à la table du débat, Jean Malaurie, directeur et fondateur du Centre d’Etudes Arctiques (CNRS/EHESS Paris), Président de l’Académie polaire d’État de St Petersbourg, fondateur de la collection Terre Humaine et auteur de « Les derniers Rois de Thulé ». Son livre culte « Ultima Thulé », enrichi, sera dans les bonnes librairies le 3 novembre prochain. Il vient d’être nommé Président d’honneur de l’institut d’hydro-météorologie arctique à St Petersbourg.
radar thulé
Base américaine de Thulé – Radar

Jean Malaurie :
Les éditions du Chêne vont, le 3 novembre prochain, publier la troisième édition d’Ultima Thulé, De la découverte à l’invasion d’un haut lieu mythique. Ce classique qui a connu une grande diffusion, traduit en quatre langues, bénéficie d’une conclusion supplémentaire « Retour sur Thulé, haut lieu mythique (juin 2016) ». Dans ce texte, je dénonce une fois de plus, la base américaine de Thulé dans un Groenland autonome, dont je demande la fermeture très prochaine. Le Groenland ne peut acquérir l’indépendance souhaitée par le Parlement de Nuuk, et ne peut être effective que par la fermeture de cette base militaire étrangère. Ultima Thulé est d’autant plus engagé dans cette dénonciation,  qu’en début octobre, vient d’être dénoncée une seconde base secrète : au Camp century, à 240 km, à l’Est de la première base. Elle a été ouverte en 1959, en pleine Guerre froide. C’est une seconde base dite scientifique et réservée à l’étude de la glace et du climat. En fait, ultra secrète, elle comportait, à 30 mètres sous la glace, 21 tunnels de 4 000 km ; et disposait d’un réacteur nucléaire portable PM-2A. Dans cette base, étaient entreposés 600 missiles nucléaires au plus près de l’URSS. En 1967, elle a été fermée par l’US Army ; les ogives nucléaires retirées. Toutefois, ce projet, intitulé Ice Worm, n’ayant pas été suivi d’un programme de dépollution, les 55 hectares du site contiennent toujours des glaces contaminées ; 240 000 litres d’eaux usées, 200 000 litres de fuel et l’enceinte de confinement du réacteur nucléaire non-rapatriée. Tout récemment, des chercheurs canadiens ont découvert que, sous l’effet du réchauffement, les voutes des tunnels menaçaient de s’effondrer. La perte de glace n’étant pas compensée par les chutes de neige, la mise au jour des déchets contaminés est une menace pour les mers du Groenland visitées par les baleines, et d’une grande fragilité écologique. Les ruissellements générés par la fonte des glaciers entrainent les résidus chimiques, notamment les déchets d’uranium et les PCB.

Le gouvernement danois en 1968 avait donné son accord, dans une déclaration officielle du Premier ministre Hans Christian Hansen en 1957, selon laquelle ce secteur serait exempte d’armes nucléaires. Aujourd’hui, le ministre des affaires étrangères, Vittus Qujaukitsoq, se dit « préoccupé » par cette menace écologique.

À l’AFP, Kristian Hvidtfelt Nielsen, chercheur en histoire des sciences à l’université d’Aarhus au Danemark, estime que, « d’un point de vue moral, le Danemark et les États-Unis ont tous deux le devoir de nettoyer. Ce sont les Américains qui ont construit la base et ce sont les Danois qui leur ont donné l’autorisation de le faire ».

En tant qu’Ambassadeur de bonne volonté pour l’Arctique à l’UNESCO, j’ai saisi la direction de ce grand organisme pour une enquête approfondie soit conduite sous l’égide de l’UNESCO, pour que toutes dispositions soient immédiatement prises par Washington et par Copenhague, afin de protéger les autorités groenlandaises dans leur politique de protection des toundras déglacées et des mers froides. Dans Ultima Thulé, je milite activement pour que le Nord-Ouest, comme le Nord-Est du Groenland, soit sanctuarisé, ces secteurs étant hautement fragiles, particulièrement aux abords de Thulé. Un code de bonne conduite pour la défense des éco-systèmes a toujours été préconisé par mes travaux de géomorphologue. À quand, la défense de l’homme et de ces peuples autochtones aux civilisations héroïques?

C’est le sens de la nouvelle conclusion d’Ultima Thulé qui plaide pour que sous l’égide de l’UNESCO, cette région mythique habitée par 750 Inughuit, ou esquimaux polaires, en quatre villages, soit qualifiée « patrimoine immatériel de l’humanité ». Tel est le sens du combat de ma vie et de l’objet de la réédition de ce livre très largement augmenté.

Ecouter l’émission : 
https://www.franceinter.fr/emissions/la-tete-au-carre/la-tete-au-carre-25-octobre-2016